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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 28 Mai - 9:01
Je suis réveillé par la pluie tapant contre le toit de tôle, frappant ma peau blafarde des larmes célestes et glacées; j'ai beaucoup de mal a retenir les miennes, amassées derrière mes paupières, par l'accumulation de malheurs quotidiens. Avec un goût salé au fond de la gorge, je ravalai mes pleurs, au vu du lever d'Alice. Elle s'étire, redresse son dos hors de la paille, et, ses longs cheveux noirs en bataille, passe ses bras au dessus de sa tête pour s'étirer dans un bâillement; je pourrais ressentir à sa place le frémissement de sa chevelure sur ses bras de part et d'autre de sa tête tant je la connais bien. Elle me voit, me transperce de ses yeux rouges et envoûtants - eux-mêmes qui n'ont pas fini de me fasciner, huit ans après -, et, me salue, dans un petit sourire. Aujourd'hui, c'est dimanche, jour du marché, alors j'enfile de beaux habits, ceux de mon père. Je crois qu'ils sont a mon père, en tout cas. La petiote me fait un signe de la main, et me promets qu'elle va venir me rejoindre sous peu, pour tenir son stand. Et puis après, le noir. J'ai tout oublié. Dans mes souvenirs, j'arrive directement sur le lit, sanglé et séquestré. Peut-être ais-je été au marché... Je me remémore vaguement ma rouste et l'arrivée de mon "père"... Et je me souviens on ne peut plus distinctement du massacre final. Je ne sais pas si mon esprit a tenté d'éradiquer les parts les plus sombres de ma mémoire ou si je la perds tout simplement. Je ne me sens plus très sain d'esprit, ces derniers temps.

Allongé dans un lit grinçant et un peu miteux, plongé dans une obscurité totale, j'observe fixement le plafond, sans bouger d'une once a peine mon corps; c'est ma manière de profiter de l'instant, de jouir d'un confort relatif pour la dernière fois avant quelques semaines au moins. Je sens le sang battre dans me tempes, bruyamment, avec brutalité, et ils heurtent mon crâne comme la pluie frappe des tôles puis des joues de petites filles, comme des souvenirs trop enfouis démolissent la sainteté mentale d'un adolescent. Je me trouvais dans un état de somnolence chronique depuis plusieurs heures; je m'étais plongé dans un véritable rêve semi-lucide, en revivant purement et simplement tout mes souvenirs encore présents sans pouvoir réagir. Une paralysie du sommeil, en quelque sorte. C'était immonde; j'avais eu l'impression qu'une puissance divine et sadique - dans laquelle je ne croyais plus depuis bien longtemps - m'avait forcé à revivre les pires instants de ma courte existence, comme pour m'intimer d'affronter la vie en face, de mettre ma lâcheté de côté.

Je dois me secouer, sinon je vais perdre la raison; un petit tour au bidonville et au laboratoire s'impose. Je me dois de cesser de tourner le dos aux difficultés, d'accepter de vivre avec des lacunes dans ma mémoire. Je saute de mon lit et ouvre les volets; un rayon de soleil éclatant m'agresse soudain les pupilles de la même couleur que la lumière ambiante qui a inondé la pièce, mais je n'en fais rien et enfile mes uniques vêtements - je sais désormais qu'ils n'appartenaient pas à mon père à proprement parler - ainsi que ma cape blanche, empoigne mes derniers biens éparpillés dans ma chambre d'hôtel payée d'avance et sors de l'établissement; à cette heure-ci, le soleil venant de se lever, la taverne est vide. Je salue le tavernier, et décline son offre de petit déjeuner; directement, je me dirige vers le marché, dernière étape avant mon escapade au plus profond de mon passé. J’y repère vite le stand devant lequel j’ai tant salivé, et présente fièrement au marchand mon pécule – économies tirées de mon travail de mineur ainsi que des quelques joyaux que Lyne m’a offert – en échange de l’objet tant convoité, d’un archet et de quelques cordes de rechange, ainsi qu’un endroit pour le ranger. J’ai enfin mon propre violon ; j’ai appris le solfège dans les livres, et acheté quelques livres la dessus hier matin, et je ne peux attendre d’en jouer. Mais ce n’est pas vraiment le moment, alors je me dirige vers les murailles au loin qui, derrière le soleil en pleine ascension, dévoilent leurs silhouettes dentelées au monde, projetant sur les badauds leurs ombres hachées.

A l’ instant où je redécouvre le bidonville derrière les portes nord, je soupire un instant, les yeux fermés, et je fais craquer bruyamment mon cou ainsi que mes doigts. C’est parti.

Quelques heures plus tard, j’ai retrouvé l’endroit où j’ai vécu jusqu’il y a quelques mois ; contrairement à ce que l’on pourrait croire, je me sens un peu plus au-dessus de tout cela que ce à quoi je m’étais attendu… J’ai vécu pas mal de choses entre ces temps passés et maintenant ; mais chaque détail m’enfonce la poitrine d’un coup de bélier, de plus en plus, alors je noie mon chagrin dans l’apprentissage. Délicatement, je sors mon divin instrument, et esquisse quelques notes, le cœur battant… Au moins, elles sonnent correctement. Sans plus attendre, j’ouvre un de mes deux manuscrits – un recueil de morceaux – et tente d’en esquisser les premières notes… Je ne vois plus le temps passer.


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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 3 Juin - 4:12
Lumïa, mon premier détour après ma quête à Hagor. La longueur du trajet était encore viable, j’avais déjà bien plus marché que cela ; il me sembla même que les deux villes se trouvaient à la frontière l’une de l’autre. Un avantage non-négligeable, vu que je cherchais encore des sources de savoir, de connaissances nouvelles, de quoi me redonner envie de continuer à vivre sur cette terre. J’avais un rêve, désormais, si je puis l’appeler comme cela. Mon désir d’apprendre s’était réveillé il y a peu, comme jamais je ne l’aurais imaginé. Peut-être un jour conterai-je le récit de mes propres aventures en ce vaste monde. La lecture me passionnait, mais il ne m’avait jamais traversé l’esprit d’écrire moi-même. Rassembler toutes mes connaissances était enfin un but décent qui convenait à mon existence jusqu’ici si futile. Rien que celles que j’avais pu récolter sur Skad Tepes, c’était sans doute inouï. Je n’avais jamais même entendu parler d’eux, et rien que le fait de rassembler ce que je savais dans un livre me passionnait. Puis, un ouvrage ne sert jamais à rien. Une boule dans mon cœur me convainquait qu’il ne resterait pas dans les abysses, qu’il serait un jour lu par quelqu’un. Peu m’importait de la personne qui frôlerait ses pages en premier, mais je savais profondément que ces informations ne seraient pas inutiles pour au moins une personne, pas forcément ici, ni maintenant. Puis, si même n’étaient-elles pas utiles au sens propre, quand je pense au plaisir que j’ai pu tirer des livres durant mon enfance, je ne pourrais renoncer à mon rêve, désormais. Les jours et les heures qui passaient ne faisaient que renforcer mes convictions, ne faisaient que m’encourager encore plus quand j’imaginais ceux qui pourraient revivre ma vie d’après moi, comme s’ils l’avaient vécue au fil de mes mots : mes bonheurs, mes craintes, mes nombreuses rencontres, ... Ainsi resteraient-ils aussi dans l’histoire, d’une certaine façon, à leur manière. L’idée germait dans ma tête.

La première auberge était entrée subitement dans mon champ de vision, alors que je marchais encore, après avoir déjà passé les portes de la ville. Mes pas étaient poussés par mon impatience grandissante. J’avais poussé la porte de l’établissement comme jamais, ne pensant plus qu’à commencer déjà à écrire mes premières lignes. Lorsque j’eus fini de parler avec l’aubergiste de mes attentes, j’escaladai les marches guidant aux chambres comme une enfant, trois par trois, le cœur battant comme jamais. Je me jetai sur la poignée, fis volte-face, enfonçai la clef dans la serrure et tournai avec entrain. Jetant mon sac sur le lit, je fouillai à l’intérieur pour retrouver ma plume et mon encre, en profitant alors pour ressortir le journal aux pages encore blanches que j’avais acheté il y a peu. Remplir une quête m’avait enfin donné la possibilité de me payer une chambre, de l’encre et du papier, les bases. Je m’assis alors sur la chaise posée contre le bureau, croisant les jambes sous la table pour que la pose me soit plus confortable. Je ne savais combien de temps cela allait me prendre, rien que de conter ma vie jusqu’à maintenant. Je me fixai sur mon enfance, pour cette nuit, me laissant l’occasion d’écrire le reste plus tard.
Lorsque ma plume frôla le papier, ce fut parti : les mots s’enchaînèrent seuls, comme si je n’avais besoin de réfléchir pour qu’ils se retranscrivent, laissant apparaître des lettres foncées soigneusement calligraphiées. Quand je commençai, le crépuscule tombait à peine sur la ville, mais petit à petit, mes yeux fatiguaient : je restai bien cinq à six heures face à mes feuilles, ne m’arrêtant à aucun instant, luttant contre la fatigue alors que la pièce n’était plus éclairée qu’à la lueur de ma bougie. La flamme illuminait la chambre de manière inégale, laissant danser les formes sur les murs au fil des courants d’air. Même si mon passé était déjà écrit à l’intérieur, je n’arrivai à m’arrêter, et il devait avoir dépassé minuit lorsque je me retins de continuer. La lune n’était déjà plus aussi haute dans le ciel étoilé. Quand le sommeil me gagna vraiment, je n’en pris réellement conscience que quand le soleil tapant sur mon visage me fit me réveiller en sursaut. Je passai quelques minutes devant le piètre miroir de la pièce, contrainte à effacer tant bien que mal la tache sombre sur mon visage. Note à moi-même : éviter de dormir au-dessus d’un pot d’encre et privilégier le lit, la prochaine fois.

Je rassemblai mes affaires, bayant aux corneilles, forcée de constater que cinq heures de sommeil, ce n’était pas assez. Descendant les escaliers que j’avais arpentés la veille, je payai mon dû à la propriétaire de l’établissement et me décidai à faire un détour vers le laboratoire. On disait là-bas que le premier étage était ouvert aux visiteurs, de quoi me suffire pour me donner l’envie d’aller y faire un tour. Je fermai la porte derrière moi, encore une fois enthousiaste pour un rien. Mon pas était rapide, mais pas pressé : je comptais bien profiter de cette journée comme il le fallait. J’étais passionnée par le lieu avant d’avoir même aperçu les murs de la bâtisse au loin.
Arrivée à un embranchement, je tournai la tête un instant. Séparé du reste de la ville, le quartier aux frontières duquel je me trouvais semblait tellement grand… Et si triste… L’atmosphère qui se dégageait de cet endroit ne me donnait envie de m’y aventurer. Les maisons étaient détériorées à tel point que je n’aurais pu appeler cela des maisons, si bien que de simples tôles servaient de toits à ces foyers de quelques mètres carrés confinés les uns contre les autres. La pauvreté y régnait, ça se voyait. Menée à contre cœur par ma curiosité, je fis quelques pas incertains, avançant avec prudence dans ce secteur plutôt délabré. Une petite fille croisa mon regard, dans ses habit déchirés et noirs de suies et autre crasse, et je m’approchai d’elle en lui souriant, tendant la main grande vers elle ; elle rentra en courant à l’intérieur d’une des chaumes, visiblement apeurée. La pitié était le sentiment qui prédominait chez moi, avec la fascination, également. Moi qui avais vécu toute mon enfance dans une famille noble, je ne pouvais arriver à m’imaginer la vie de ces pauvres gosses.

Une musique douce se fit alors entendre, sans que je ne puisse rien y comprendre. Les notes harmonieuses résonnaient à mes oreilles, m’emplissant d’une chaleur étrange et agréable, rassurante. Un violon. J’étais guidée par ce son comme l’aurait été un chien affamé par une odeur de nourriture. Ma démarche était lente : je me concentrais sur la mélodie pour en profiter un maximum. Je ne pouvais résister à un son aussi beau… Mais malgré tout, une question trottait dans ma tête… Qui, dans un endroit aussi pauvre qu’on bidonville, pouvait bien posséder un instrument d’une telle valeur ?
Je m’approchai petit à petit de l’endroit d’où cela provenait, et me cachai derrière une habitation pour observer le jeune musicien. Très jeune musicien, même. Il me parut si jeune que j’en fus surprise au point de me demander si je ne rêvais pas. Je lui aurais mis une douzaine d’année tout au plus. Son visage me rappela le mien lorsque je pouvais encore me regarder en face dans les miroirs du manoir des Bellford. J’étais mélancolique, portée par les notes qui parcouraient l’air. Quand la dernière sonna, je sortis de ma « cachette » et m’approchai du jeune prodige en applaudissant.

« C’était vraiment magnifique ! » m’exclamai-je, le sourire aux lèvres.
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 3 Juin - 5:11
La certitude que d'autres sons existaient encore en ce bas monde, ces bruits si familiers, comme le cri espiègle des enfants, les mères qui, d'un timbre fatigué, les rappelait a l'ordre, traînant de force les bambins vers un repas frugal, et les voix éraillées des hommes qui, le dimanche, se rassemblaient pour se détendre, avait disparue, à l'image de la plupart de mes autres sens, qui s'étaient évaporés dans les airs tièdes tels les notes qui s'échappaient de mon instrument; mes derniers contacts avec le monde réel demeuraient la sensation légèrement douloureuse pour mes doigts peu habitués des fines cordes sur ma peau, ainsi que mon regard qui, s'autorisant de temps en temps un coup d’œil sur le manche sans frettes du violon, ou vers ses clés, vérifiant l'accordage, restait toujours au second plan. La dernière chose qui comptait désormais, c'était mon outil, dans mes mains et calé sur mon torse, toujours plutôt luisant au vu de son état neuf; entre mes doigts se trouvait mon archet, tout droit sorti du luthier lui aussi, qui, par un procédé qui me semblait magique, m'offrait l'immense opportunité de créer, d'exprimer mes sentiments par ma musique. Sans vouloir tomber dans la vantardise, il semblait que je possédais un don plutôt prononcé pour cet art, étant passé, en… - je levai les yeux, un instant seulement - en quelques heures, au vu de la position du soleil, et, non seulement, mes notes parcouraient les airs - ce qui n'était pas une chose facile - mais je parvenais a composer quelques mélodies joyeuses, malgré l'ambiance morbide qui m'entourait. J'évitais de la contempler, non pas par pitié, mais afin de ne pas replonger une nouvelle fois dans les sévices de la folie; en effet, j'en avais subi l'expérience maintes fois, mais je tentais désormais de me forcer à affronter mon passé, à savoir la mort d'Alice, et, par la même occasion celle de mon père biologique, pire tortionnaire que j'aie eu la chance de connaître, et malgré qu'il m'aie séquestré, il restait le dernier membre de ma famille.

Mes compétences musicales pouvaient aisément s'expliquer au vu de mes centaines d'heures de lecture passées à la bibliothèque, le dimanche, lorsque je pouvais y entrer, mon sujet préféré et principal étant le solfège et tout ce qui s'y rapportait; par moult instruments, j'avais été attiré, comme le piano ou la harpe, mais le violon, malgré son prix déjà élevé, était le moins onéreux et le plus pratique de tous. Je savais même, avec quelques outils en poche, créer un instrument basique, une sorte de banjo mais totalement fait de bois... J'avais oublié la façon dont on le nommait. Avant d’entamer cette intarissable mélopée, enchaînement infini de notes et de tonalités d'octaves changeants, j'avais un peu fouillé le lieu qui m'avait jadis servi d'habitation, à la petite mélanique et moi, dans la misère; pourtant, la présence de notre chèvre Mathilde - qui avait, je ne sais nullement ou, disparu - nous privilégiait, sans pour autant dépasser un quelconque seuil de pauvreté. C'était dire les conditions de vie des autochtones…


Les heures avaient passées, sans en avoir l'air, lorsque soudain, je distinguai de mon ouïe perfectionniste et perfectionnée, une légère dissonance, lorsque je comparai les notes des différentes cordes; la quinte ne correspondait plus à la tonique, ni à l'octave, sans parler de la tierce… Un désaccord total se faisait entendre, et il me fallait régler cela au plus vite. Cependant, à l'instant ou je levai les yeux, je vis soudain qu'une jeune femme m'observait, tentant de se camoufler derrière une demeure; je ne puis dire si elle avait remarqué que je l'avais vue, mais elle s'approcha de moi, sans gêne ni peur aucune. Je reportai mon regard sur mes clés afin d'éradiquer cette imperfection, et j'y passerait des heures si il le faudrait; malheureusement, elle semblait décidée à m'adresser la parole, et je reportai mon attention sur l'inconnue. Elle ne semblait pas d'ici - ou plutôt du bidonville -, au vu de la teinte neigeuse prédominante dans ses vêtements. Ici, personne ne restait blanc bien longtemps. Dans ses iris, je vis Alice, malgré le contraste étonnant entre la petiote et la jeune femme, et ses yeux, comme ceux de ma soeur, semblaient la partie la plus belle de son corps et happait votre regard. Elle semblait m'avoir écouté, concept auquel je n'avais pas songé ne serais-ce qu'un seul instant; je jouais pour moi même avant tout, pour l'instant, et non pas pour les autres.


« C’était vraiment magnifique ! »

Elle me souriait, ses lèvres fines et rosées formant un admirable binôme avec sa peau de porcelaine.

" J'étais désaccordé..."

Il me vint à l'esprit les quelques règles de politesse de base soudain, un brin trop tard malheureusement.

"Ah, euh merci, je suppose..."

J'esquissai un demi sourire poli avant de reporter mon attention sur l'instrument, mais elle était restée la, apparemment peu décidée à s'en aller. J'engageais alors la conversation, afin de briser le silence gêné.

"Tu n'as pas l'air d'ici..."
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Sam 15 Juin - 1:57
« J'étais désaccordé… »
 
Les paroles qui venaient de sortir de sa bouche me laissèrent un instant sur place, faisant retomber mon sourire dans un visage quelque peu désemparé. Comme si je m’attendais à ça… Cette maturité confrontée à son âge me faisait étrangement ressentir une sensation de déjà-vu.
 
« Ah, euh merci, je suppose… »
 
C'était bien comme cela, dans un même ton, que j'aurais prononcé cette phrase à un inconnu il y a encore sept ans, avec une telle indifférence que je ne pouvais regretter d'avoir ainsi grandi. Je n’avais dit encore qu’une phrase à cet enfant, mais avec la même vision de lui que celle que j’aurais eue d’un bambin de six ans - dans le sens où une jeune femme ne peut considérer un gamin que comme un être inférieur objet à la pitié et à l’amour. Ici, il avait un esprit critique de lui-même, une faculté à apprendre de cet instrument plus qu’impressionnante, et une manière de raisonner qui me stupéfia. J’arrêtai un moment de le prendre ainsi et me convainquis dans ma façon de faire d’avoir un adolescent en face de moi. Il avait beau n’avoir prononcé que quelques mots, ma conception de lui avait plus que radicalement changé, me laissant un peu bouche bée.
Son visage presque blême était malgré tout éclairé d’un léger sourire, ne me permettant de douter de la simple politesse qui devait ressortir de ce geste. Le silence pesant ne laissait qu’ouïr au loin les bruits de la ville dans un écho qui semblait arriver à nous d’un courant d’air, apportant avec lui des senteurs diverses par vague, alors qu’ici ne semblait flotter que l’odeur des poubelles et de la sueur. Je ne savais que répondre à ça, alors que mon esprit divaguait de l’attitude qu’il avait pu adopter.
 
Soudain, sa voix troubla ce silence, d’une parole simple qui ne laissait transparaître que le désir de ne pas laisser notre conversation dans ce qu’il m’avait annoncé plus tôt.
 
« Non, non… Je ne suis pas vraiment d’ici… Mais je n’ai pas de véritable maison, alors c’est sans réelle importance… »
 
Je ne savais que rajouter à cela. Si je pouvais éviter de lancer le sujet sur mon passé à Lotheican, je le faisais. Ne me vint à l’idée que celle de lui retourner la question après quelques secondes de réflexion. Je le fixai enfin dans son regard d’or et repris mon souffle un instant, revenant à un sourire que je voulus plus rassurant, sans que je ne le souhaite également un peu gêné.
 

« Et toi, donc… ? Vis-tu ici avec tes parents… ? »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Sam 15 Juin - 9:35
La terrible dissonance emplissait encore mon crâne losque l'albinos s'était approchée de moi, ses fins vêtements blancs dansant dans le vent au gré de ses pas à l'image même de sa chevelure blanche qui s'accordait admirablement avec son teint pâle, contrastant avec ses yeux écarlates, et les similitudes physiques que nous comportions étaient troublantes; à l'entente de ma voix, son sourire se perdit je ne savais dans quelle limbe, ne savant si il s'agissait de mon timbre ou du même sens qui s'en découlait. Peut-être s'était-elle rendue compte soudain de la justesse de ses dires, ravisant son jugement précédent. Elle demeura un instent pensive et, oubliant mon violon toujours dans mes mains, mon regard se perdit au loin, dans l'horizon vert et bleuté, au loin, de l'horizon des plaines mélangé au royaume céleste, et les sons si familiers qui peuplaient ces lieux m'attaquaient la conscience comme des coups de béliers dans une porte, ranimant au passage des images glauques peuplant mon esprit, omettant les moments de bonheur avec Alice, sélectionnant minutieusement les souvenirs comme un meurtier choisit ses lâches flèches. 

Revenant à moi à peu près au même instant qu'elle, occupant mes doigts par des harmoniques sur l'instrument tandis que mes yeux étaient posés sur la jeune femme. Le silence, par mon humeur taciturne s'était installée, mais elle avait l'air décidée à me parler, et, par les règles de base de la politesse, je me devais de le briser en ranimant la conversation comme on ranime un feu mourrant d'un coup de soufflet.

"Tu n'as pas l'air d'ici..."

Elle, qui avait laissé dériver son regard tandis que je parlais, revint à elle lorsque j'eus fini, secouant très légèrement la tête de gauche à droite, comme pour reprendre ses esprits.

« Non, non… Je ne suis pas vraiment d’ici… Mais je n’ai pas de véritable maison, alors c’est sans réelle importance… »

Tiens, quelle coïncidence… Tout deux vagabonds, nous nous rencontrons dans la misère...

« Et toi, donc… ? Vis-tu ici avec tes parents… ? »

"- … "

 Avais-je l'air d'un habitant du bidonville? Par mon expérience ici, je pouvais déterminer que non, au vu de mes vêtements simplement, et également de mon poids qui n'était pas trop bas comme la plupart des habitants ici. Cette jeune fille était, sans nul doute, pleine de bonnes intentions, simplement intriguée par un jeune garçon jouant du violon, et s'était approchée... Mais cela pouvait être une espionne du laboratoire, venue pour m'enlever, me reprendre dans cet asile sordide. Ou bien je devenais paranoïaque, et j'avais du mal à croire qu'une frêle jeune femme comme celle la aie pu être l'employée d'Adam... Elle devait cacher de terribles pouvoirs magiques. Je restai sur mes gardes, tentant de garder l'esprit clair, mais lui répondis cependant honnêtement.

- Il... Il fut un temps ou j'ai vécu ici, avec ma soeur, mais elle a rejoint mes parents, désormais.

Je tentais, en fermant les yeux le plus fort possible pendant une seconde, tel un enfant jouant à cache cache, de repousser le flot d'images glauques dans mon crâne; c'est elle qui me retenait à la réalité, par les paroles floues qu'elle prononçait.
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Sam 15 Juin - 22:58
Le silence retomba à nouveau durant un long instant, laissant mes pommettes rougir de la gêne qui m'habita soudain. Visiblement, j'avais fait une remarque un peu déplacée... Il était vrai qu'encore une fois, je n'avais pas tourné ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler... Une attitude regrettable pour une jeune fille connaissant pourtant les moindres codes de la politesse. Alors soit n'habitait-il vraiment pas ici, soit n'aurait-il pas su y être avec ses parents. Qu'il s'agisse d'une ou l'autre situation, je venais de faire un faux pas, et pas un petit. Il semblait méfiant envers moi, cette inconnue qui commençait déjà à lui poser des questions plutôt privée et donc d'une attitude un peu incorrecte de sa part. Peut-être était-ce juste cela, aussi, qui avait pu le mettre aussi mal à l'aise à la simple ouïe de ma question. S'il paraissait comme reparti dans ses pensées, songeant à de lointains souvenirs dont je ne pouvais même imaginer la provenance, il ne me sembla que peu plus absent que ce qu'il ne l'était déjà dés mes premières paroles.
Mais lorsque j'ouvrai la bouche pour m'excuser de mon comportement passé, il me répondit, me laissant à nouveau sur place. La froideur de sa voix, la tristesse lisible dans ses yeux mais camouflée de cet air indifférent, que d'éléments qui m'intriguaient chez lui. Mais était-ce vraiment ma curiosité qui me donnait envie de continuer à lui parler, ou cette étrange attirance que j'avais pour lui ? Bien plus forte encore que la pitié, ce fut la compassion qui sembla dominer mon esprit confus.

« Il... Il fut un temps ou j'ai vécu ici, avec ma soeur, mais elle a rejoint mes parents, désormais », m'avait-il dit, de sa voix   qui me sembla plus faible qu'auparavant. Peut-être n'était-ce que mon esprit qui me jouait des tours, mais je crus bien avoir touché un point sensible.

Le sens de ses paroles paraissait évident, bien que j'espérais pour lui qu'il ne s'agisse pas de celui que j'avais compris. D'un seul mouvement et en un seul instant, je le pris dans mes bras d'un geste que je voulu rassurant. Je ne compris pas de suite pourquoi je me sentais si concernée par ce qu'il venait de dire, mais mon côté émotive du ressortir plus que jamais. C'était comme si mon instinct me disait de faire cela. Peut-être était-ce juste le fait que je sois une jeune femme qui faisait ressortir cette sensibilité envers un enfant fragile... Je n'en savais rien.

« Je... Pardonne-moi de cette remarque... C'était un peu indiscret de ma part... Je regrette... »

Je le lâchai un instant, en profitant pour plonger mon regard rubis dans le sien, un genoux encore posé sur le sol aux pavés poisseux et mes mains tenant ses épaules.

« Raconte-moi, je souhaiterais savoir... Et si tu ne préférerais pas m'en parler, je peux comprendre, ce serait normal... » Je marquai une pause. « Si je peux t'aider, je suis là... Je n'ai pas d'endroit auquel m'accrocher... Je... suis prête à faire un détour si tu à besoin de quelqu'un auprès de toi... Même si tu ne veux pas, sache que la solitude me pèse et que je souhaiterais avoir quelqu'un à qui parler... S'il te plait... »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mer 19 Juin - 1:20
Le silence s'était installé tel une couche de neige recouvrant une ville en une nuit, dans sa pureté, et me permit de jouir avec une pointe de mélancolie de ces sons ambiants qui m'étaient si familiers, me replongeant dans ma plus tendre enfance, dans ces parties d'échecs avec Alice... La petite était d'une intelligence rare, et outre sa maîtrise des échecs - elle me battait toujours - et sa mémoire remarquable, son art des arcanes demeurait inégalable, surpassant ma mère, d'après ce que j'en savais... Cependant, elle n'en abusait jamais, s'en servant pour servir des causes nobles; sauf lors de cette tragique après-midi ou sa colère avait explosé comme jamais, elle qui restait toujours si calme. Je chassai ces sombres images de mon crâne afin de me reporter à la situation présente, ou mon humeur taciturne n'arrangeais rien à la chose; je me décidai enfin à briser ce vide, combattant ma paranoïa qui me soufflait que c'était une employée du laboratoire.

- Il... Il fut un temps ou j'ai vécu ici, avec ma soeur, mais elle a rejoint mes parents, désormais.

Ma voix rauque et trop grave pour un enfant de mon âge s'était élevée alors que je fermais les yeux, les paumes sur les paupières, pour me couper un instant du monde qui m'entourait, comme réfugié au fond de mon esprit tourmenté pour ne plus jamais affronter la réalité; demeurer pour toujours dans cette indifférence nihiliste et calme, et vivre de l'infini…Mais c'était impossible, alors je relevais le regard, ébloui par le soleil, à l'extérieur, qui me brûlait les rétines. J'avalai ma salive, indifférent à la chaleur qui m'attaquait le front de ses rayons forts, impassible, gardant mon masque dénudé d'expression; démontrer ses émotions n'avait jamais été une bonne chose, de tout temps et à tout âges, et la faiblesse de se montrer émotif m'avait quitté il y a bien longtemps de cela, remplacée par la morosité indissociable à ma personne. La jeune albinos, emplie de pitié, me prit dans ses bras comme une soeur, et je ne bougeai pas; je n'en avais pas vraiment besoin, mais cela semblait lui faire plaisir, alors...

« Je... Pardonne-moi de cette remarque... C'était un peu indiscret de ma part... Je regrette... »

Je niai de la tête, les paupières closes, mais elle ne me laissa pas enchaîner sur mes dires; s'agenouillant devant moi, sa robe blanche sur le pavé crasseux, les deux mains sur les épaules tel une mère qui fait promettre d'être prudent à son fils partant à l'aventure, elle plongea ses yeux de rubis dans les miens d'or.

« Raconte-moi, je souhaiterais savoir... Et si tu ne préférerais pas m'en parler, je peux comprendre, ce serait normal... Si je peux t'aider, je suis là... Je n'ai pas d'endroit auquel m'accrocher... Je... suis prête à faire un détour si tu à besoin de quelqu'un auprès de toi... Même si tu ne veux pas, sache que la solitude me pèse et que je souhaiterais avoir quelqu'un à qui parler... S'il te plait... »

Je ne pus m'empêcher de remarquer qu'elle semblait vraiment désespérée, et avait besoin de quelqu'un tout comme j'avais besoin de parler; j'espérais qu'à force de raconter mon histoire à des inconnus, ce maléfice moral et mental finirait par être exorcisé.

"Si tu le désires, je peux tenter de te conter le début de mon histoire..."

Je pouvais au moins essayer. Le violon toujours en main, faisant des harmoniques avec, je commencai à parler.

"Mon père, Adam Michaelis, était le chef de l'étage -5 du Laboratoire de Lumïa, le plus sombre de tous, et malgré qu'il fut un notable, j'ai vécu dans la misère, croyant à un statut d'orphelin, avec ma petite soeur. En clair, il me séquestrait en ces lieux, subsistant à mes besoin au début, sans que je ne me rendre compte de sa présence; j'ai appris la magie grâce à un livre qu'il a fait en sorte que je trouve, pour développer mes pouvoirs."

Mes yeux se perdirent un instant au loin, jouant quelques notes, machinalement. Jusqu'ici, cela n'allait pas trop mal...
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 25 Juin - 9:56
Les deux yeux grands ouverts, je n’attendais que sa proposition de me raconter tout pour lui ouvrir mon cœur en plus. La solitude qui me pesait en permanence semblait également lui être imposée sans qu’on ne lui ait posé la question. Puis même, qui aurait accepté l’isolement si on lui proposait un foyer ? S’il vivait dans une petite maison tranquille avec son frère et sa sœur alors que leurs parents pouvaient s’occuper de lui, son visage n’aurait peut-être pas pris cette expression, et il n’aurait peut-être pas non plus commencé ainsi à vouloir me raconter les moindres détails de son existence. Piètre existence, à ce que je pus ouïr. J’avais mal pour lui. Était-ce parce que je m’identifiais d’une certaine manière en le gamin qu’il était ? Ce manque de présence rassurante, c’était ça qui rapprochait nos deux enfances. S’il me présentait, sans que je ne lui ai rien dit, une porte si grande ouverte sur sa mémoire, je me devais de faire de même et de lui en ouvrir une sur la mienne. Et ce, que ce soit parce que je m’en sentais proche et étais cible à l’empathie ou simplement en tant qu’humaine.
 
« Mon père, Adam Michaelis, était le chef de l'étage -5 du Laboratoire de Lumïa, le plus sombre de tous, et malgré qu'il fut un notable, j'ai vécu dans la misère, croyant à un statut d'orphelin, avec ma petite sœur. En clair, il me séquestrait en ces lieux, subsistant à mes besoin au début, sans que je ne me rendre compte de sa présence ; j'ai appris la magie grâce à un livre qu'il a fait en sorte que je trouve, pour développer mes pouvoirs », m’avait-il soufflé sans arrêter les douces notes qu’il jouait sur son violon au rythme de ses paroles.
 
J’étais un peu sidérée sur place. Le pauvre, je ne cessai d’éprouver une certaine pitié envers lui. Mais c’était plus qu’une bête pitié comme on l’éprouverait pour un animal blessé au bord du chemin. Je me sentais proche de lui, même si cela faisait quelques minutes que nous nous connaissions, j’avais envie de lui en dire plus sur moi, comme il s’en était confié à ma personne. Mais il n’était pas un hors-la-loi, il n’avait pas commis de crime ; moi, c’était différent… Il en jouait peut-être de mon avenir d’avouer ainsi mes peines à de simples inconnus. Les gardes ne me recherchaient pas, je le savais, ce que j’avais accomplis n’était pas de la gravité à m’en faire couper la tête… Mais il en allait de mon honneur, de ma confiance en moi. Je n’osais encore vivre avec ce crime horrible sur la conscience… Il me fallait encore attendre un peu. Quand je l’accepterais, peut-être un jour me rendrais-je aux autorités… En attendant ce jour funeste, j’avais peur de me balader librement à Lotheican. La moindre personne encore en vie qui avait vécu proche de ma famille et capable de em reconnaitre découverte mettait mon statut en péril. Je n’étais pas du genre à payer un assassin pour les exécuter, bien que l’idée m’eut déjà effleuré l’esprit… Je ne voulais pas tuer plus. Jamais. Je voulais rester cette inconnue que l’on croise sur le chemin, pas cette femme recherchée ou trouvée et déshonorée. C’était sûr, je ne remettrais pas un pied dans la ville des mages avant longtemps. Très longtemps. Aussi longtemps que mon cœur me bloquerait et me laisserait sur place face à la muraille qui entourait chaque ville. Aussi longtemps que j’arriverais à me tenir loin de cette bibliothèque qui rassemblait les archives de centaines d’années. J’avais envie d’y retourner, certes, mais je n’en avais pas la force. Ce jour viendrait. Dans des semaines ? Des mois ? Des années alors ? Je n’en savais rien. Ce jour viendrait, c’est tout ce dont j’étais sûre.
Je sortis de mes pensées qui m’avaient enveloppée peu après que le jeune garçon eut terminé sa dernière phrase. Ce délit que j’avais commis envers la société tournait, se retournait dans ma tête, encore et encore. Ôter la vie d’un être sans défense, c’était le travail des dieux, pas le mien. Je n’étais pas comparable aux dieux. J’étais fautive.
 
« Tu… Tu es un mage, toi aussi… ? », avais-je soufflé, des débuts de larmes ruisselant sur mes joues. « Je… Je n’ai jamais pu voir une seule fois mes vrais parents… Je suis si heureuse de connaître quelqu’un qui peut un peu me comprendre… C’est cette présence qu’il me manque… Je n’ai pas de famille… »
 
Même si c’était un air d’indifférence qui trônait sur son visage, j’avais envie de passer outre cela, d’aller vers son cœur, ses émotions enfuies… L’indifférence n’est pas le remède… Elle ensevelit les maux… Mais ils ne disparaissent pas…
Je saisis sa petite main, me remettant à nouveau accroupie sur le sol. Sa peau était douce… La peau d’un enfant, comme je n’en avais plus touché depuis des années. Certes lui donnais-je douze ans, il gardait encore des traits assez juvéniles, enfantins... Il était  vraiment si mignon… J’aurais voulu le garder avec moi pour toujours… Je le regardais profond, si profondément, dans ses iris d’or. J’aurais pu lire dans son âme, à m’en être autant approchée.
 

« Ne t’en fais pas, je suis là pour te protéger aussi longtemps que tu le souhaiteras… » Ma voix s’arrêta un instant, objet à de nombreuses interrogations à son sujet… Mais où allait-il, alors ? Et que faisait-il dans un si insipide bidonville ? Revenait-il simplement sur les traces de son passé ?
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 25 Juin - 23:00
« Mon père, Adam Michaelis, était le chef de l'étage -5 du Laboratoire de Lumïa, le plus sombre de tous, et malgré qu'il fut un notable, j'ai vécu dans la misère, croyant à un statut d'orphelin, avec ma petite sœur. En clair, il me séquestrait en ces lieux, subsistant à mes besoin au début, sans que je ne me rendre compte de sa présence ; j'ai appris la magie grâce à un livre qu'il a fait en sorte que je trouve, pour développer mes pouvoirs »

Les débuts de mon récit allaient toujours bien, et je me répétais inlassablement que la suite allait suivre, comme lorsqu'on a dénoué une partie du nœud et que le reste se défait seul; je savais pourtant que cela n'allait pas être le cas. Je n'avais même pas envie de continuer, de faire face inutilement, mais plutôt de rejoindre l'océan et son indifférence intemporelle, de trouver un coin tranquille et sombre, et de tout oublier, même de se nourrir. S'ouvrir au monde était inutile, futile et la seule solution était l'indifférence, infinie, paisible. Tel était les principes de l'univers, et tous devraient l'accepter tôt ou tard. Nul besoin de prêcher cette parole nihiliste, elle les rattrapera bien assez tôt. J'ouvris enfin les yeux, ébloui par le soleil ambiant, presque surpris par ma situation actuelle et mon apparence, comme si je les avais oublié entre temps; la jeune femme était toujours la, devant moi, m'observant de ses grands iris écarlates, inquiétants, sanglants dans cet océan de pureté qu'était son pâle visage de porcelaine. Tous ces cris d'enfants et ces pleurs autour de moi me donnaient mal au crâne, et je secouai un instant ma tête de gauche à droite, faisant danser mes cheveux aussi blancs que les siens en tous sens, pour faire partir cette migraine.

Il me fallut un instant pour retrouver ce que je faisais ici, et ce que cette demoiselle me voulait; et à y réfléchir, je ne le savais toujours pas, elle qui s'était approchée sans aucune raison. Cependant, je m'étais malheureusement senti obligé de relancer la conversation, et désormais, elle me parlait, alors que je n'avais pas vraiment envie de communiquer... Je me frottai les yeux de mes paumes, tel un enfant fatigué - je remarquai que c'était ce que j'étais - et respirai profondément. Heureusement, elle semblait perdue dans ses pensées pour un instant, ce qui me permit de souffler un peu.

« Tu… Tu es un mage, toi aussi… ? Je… Je n’ai jamais pu voir une seule fois mes vrais parents… Je suis si heureuse de connaître quelqu’un qui peut un peu me comprendre… C’est cette présence qu’il me manque… Je n’ai pas de famille… »

Elle s'était tout à coup mise a pleurer, et j'en vins à me demander si c'était moi ou elle qui avait besoin de me confesser; de plus, il n'avait nul réel besoin de se lamenter: si j'en croyais ses dires, elle avait eu des parents adoptifs.

"Tu sais, j'aurais préféré ne jamais connaître mon père et avoir vécu toute ma vie dans la misère avec ma soeur..."


Elle s'était agenouillée à nouveau, tel un chevalier prêtant serment à un suzerain, me prenant la main sans réelle raison; je ne tressaillis pas, remarquant simplement l'étrangeté de cette rencontre.

« Ne t’en fais pas, je suis là pour te protéger aussi longtemps que tu le souhaiteras… »

Elle même ne semblait sûre si elle me demandait d'en faire autant pour elle ou si elle allait réellement le faire; quoi qu'il en était, j'avais les modestes capacités de me défendre, avec mon épée, mon golem, et toute l'inventivité dont je pouvais faire preuve lors des combats. Comme pour répondre à sa précédente interrogation je dégainai mon épée de silex, noire comme la nuit pour la faire flotter devant moi avant de la faire rejoindre ses mains, pour qu'elle en évalue le matériau. Je souris un instant, chose rare chez moi.

" Et toi?"

Cela arrivait souvent. Je posais une question, au premier abord simple pour moi, qui s'avérait incompréhensible, tout simplement car ils ne suivaient pas le fil de mes pensées.

" Et toi, quelle est le domaine de tes arts des arcanes?"
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Ven 28 Juin - 10:00
Tout s’était enchaîné si vite. A peine ma phrase terminée, qu’une épée, d’une lame aussi noire que la nuit, fut sortie de son noble fourreau par le jeune garçon et l’instant d’après, elle se retrouvait à voler vers moi, silencieusement, comme portée par le vent. Oui, elle volait bien, comme j’aurais pu faire s’élever en l’air n’importe quel liquide. Il ne semblait avoir aucune difficulté à faire flotter l’objet entre terre et ciel. Malgré son jeune âge, son degré de maîtrise de la magie semblait aussi élevé que le mien. Et encore, ce simple petit tour ne me témoignait peut-être que d’une petite partie de ses capacités. J’avais les yeux rivé sur l’arme, dont il me sembla que la matière première était le silex, dans l’obscurité du matériau sans équivoque.
 
« Et toi ? »
 
Je relevai la tête un instant, pour le regarder à nouveau dans ses yeux d’or. Son visage d’ange était illuminé d’une expression chaleureuse qui donnait une franche envie de faire de même et de sécher mes larmes. Je tentai au mieux de lui rendre le sourire qu’il m’avait adressé.
 
« Et toi, quelle est le domaine de tes arts des arcanes ? »
 
Je pris un instant à réfléchir avant de lui répondre. Ainsi, le petit était bien un mage, lui aussi. Les dieux semblaient lui avoir fait don d’un contrôle de la pierre, je supposai donc également des autres minéraux. C’était fascinant. Comparé à moi, pour qui l’élément était si léger, j’avais du mal à m’imaginer soulever un poids aussi lourd par la seule aide de la magie qui m’était conférée. Je savais déplacer certains petits objets avec ma pensée, mais ne serait-ce qu’une épée, j’avais du mal à pouvoir penser la soulever. Après un court moment dans mes pensées, j’en élaborai ma réponse. C’était à mon tour de lui montrer mon art, comme il m’avait montré le sien. Il me parut normal de faire de même. Je posai son épée, sortis ma gourde de cuir de ma sacoche et fis s’en échapper un maigre filet du liquide qui la remplissait vers le haut. Une fois ce dernier en suspension, je fis prendre à ce flot difforme les traits d’une minuscule mésange ; on aurait pu croire à une vraie si elle en avait eu les couleurs, or, ici, je pouvais voir à travers comme à travers une vitre. Elle battit des ailes, et avec la grâce d’un véritable oiseau, vint atterrir dans les mains du jeune garçon à la chevelure d’argent.
 
« J’ai reçu de pouvoir maîtriser l’eau sous tous ses états… lui donner la forme que je souhaite, mais aussi l’empoisonner, lui donner des vertus médicales… »
 
L’étrange volatile cristallin approcha les doigts fins du garçonnet et, à peine à quelques centimètre de toucher sa peau, le liquide devint solide. Il resta figé dans sa position : l’oiseau d’eau était devenu glace.
 
« … Ou la geler comme n’importe quel autre liquide… »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Sam 29 Juin - 23:24
Comme pour inverser sa précédente affirmation – à savoir qu’elle serait là pour me protéger -, je dégainai doucement mon épée, qui se mit doucement à flotter dans les airs, devant la jeune fille, et, depuis mon point d’observation, la lame noire par son tranchant séparait en deux parties le pâle visage de l’inconnue, dont les deux yeux rouges gonflés par les quelques larmes me fixaient ; doucement, elle alla se poser entre ses mains pour qu’elle en évalue le matériau, dont la sombre teinte réduisait fortement les possibilités. C’était le sieur Thoragrim, le forgeron prodige, qui me l’avait forgée en échange de quelques pierres précieuses de mes maigres économies, additionnant à la gracieuseté de l’arme un atout sans égal pour le pas être contrait à supporter son poids une fois rengainée ; une poche de vide, un mécanisme complexe avait été intégré au fourreau, faisant ainsi qu’elle n’apparaisse dedans uniquement lorsque j’en évoquai tacitement le désir.
 
« Et toi, quelle est le domaine de tes arts des arcanes ? »
 
Elle releva le regard à l’entente de ma voix rauque, séchant ses larmes en voyant mon sourire qui se voulait chaleureux – j’avais beau être froid comme le marbre, nul ne pouvait laisser une demoiselle pleurer toutes les larmes de son corps sans raison -, et elle tenta de me le rendre, tout aussi heureux ; elle ne semblait pas douée pour forcer ses sentiments. Avec précaution, elle déposa mon épée noire au sol – que je m’empressai de récupérer pour la rengainer – afin d’exercer elle-même son art que je devinai noble ; un instant, elle demeura dans ses pensées, et je pus admirer les rayons du chaud soleil de midi faire briller ses blancs cheveux qui dansaient contre ses épaules, poussés par le vent. Ainsi donc, elle s’empara de sa petite sacoche qui jusqu’ici avait demeuré au sol pour en extraire une gourde, qui ne pouvait que m’orienter vers la nature de ses dons ; elle en extrait alors un court filet d’eau qui s’était mis à flotter dans les airs, comme en apesanteur, défiant la gravité. Je n’avais encore rien vu.
 
Une minuscule mésange toute de liquide faite s’était formée dans les airs, battant des ailes frénétiquement – même si elle n’en avait nul besoin – et elle me faisait penser aux minuscules colibris, ces oiseaux mouches des îles pirates du sud, qui se nourrissaient du nectar des fleurs et pouvaient voler en tous sens ; avec un peu d’encre, elle aurait pu la colorer, malgré que l’eau, à ce niveau, était instable, cependant, actuellement, on pouvait voir à travers comme dans une vitre. L’animal factice projetait de splendides reflets sur le sol, qui ne pouvaient que m’inculquer une leçon : lorsque je me servais des dons qui m’avaient été offerts pour me défendre, d’autres s’en servaient pour créer des choses magnifiques. Avec toute la grâce d’un réel animal, il s’approcha de mes fins doigts pour s’y cristalliser instantanément à l’approche de ma peau : le fluide était devenu solide, soudain, et s’était posé sur mes deux doigts, ou il tenait en équilibre.
 
« J’ai reçu de pouvoir maîtriser l’eau sous tous ses états… lui donner la forme que je souhaite, mais aussi l’empoisonner, lui donner des vertus médicales… »
 
Elle marqua une petite pause avant de continuer.


 « … Ou la geler comme n’importe quel autre liquide… »
 
Mon esprit malsain de guerrier revint à l’attaque : si elle avait la possibilité de manipuler l’eau et de la faire changer d’état, avec un peu de concentration, elle aurait pu geler mon sang, ou le changer en vapeur, et ainsi couper tout accès d’oxygène et de vie à mes cellules… Cette jeune femme n’était peut-être pas si inoffensive qu’il y paraissait au premier abord, et elle semblait bien cacher son jeu ; et c’était là une raison de plus qui m’incitait à prendre connaissance de son nom, qu’elle ne m’avait toujours pas divulgué, par simple précaution ou pour d’autres raisons.  Avant de m’adresser à elle à ce sujet, je me défis de ma veste pour me retrouver dans ma fine chemise blanche tant les accablants rayons du chaud soleil m’accablaient, pour lui tourner le dos afin de me débarrasser.
 

« Au fait, comment dois-je t’appeler ? »

 
HRP:
 
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 2 Juil - 2:01
« Au fait, comment dois-je t’appeler ? »
 
« Oh, oui, c’est vrai ! Excuse-moi… Quelle étourdie je fais ! », m’expliquai-je, un peu embarrassée pendant que mon regard était tourné vers le jeune garçon qui se débarrassait de sa lourde veste. Le soleil devait l’ennuyer, de par la chaleur de l’air autour de nous. Cela restait agréable, mais le cuir qui semblait l’habiller devait lui faire avoir chaud, malgré que moi, dans ma fine robe blanche qui dénudait mes épaules et mes genoux, je ne pouvais l’imaginer. J’utilisais ma main pour ne pas être trop éblouie par la luminosité qui se dégageait en ce début d’après-midi. Certes le lieu n’était pas resplendissant, rien que la personne en face de moi pouvait me donner une horrible envie de fermer mes paupières de manière à ne plus être embêtée par le jour et sa clarté.
 
« Je n’ai pas de nom de famille que je souhaite donner, mais tu peux me nommer Aa-… » 
 
Un court moment de silence retomba entre lui et moi. Je ne trouvais plus mes mots…
Un flash. Il me fallut tant de temps pour réaliser que la fin de ma phrase en fut totalement désarticulée. J’en bégayais. J’avais les yeux rivés sur le dos du petit mage de pierre et je n’en revenais pas. Était-ce possible ? Une tache de naissance semblait ressortir à la hauteur de ses omoplates. Je ne pouvais être sûre qu’il en ait conscience : s’il avait vécu avec sa sœur durant son enfance et seul jusqu’à maintenant, je doutais qu’il ait pu connaître la nature du signe foncé nettement distinguable en dessous de sa chemise claire. Un croissant de lune. Un magnifique croissant de lune comme on aurait pu en distinguer un un soir d’été, alors que le ciel ne comptait aucun nuage pour nous empêcher de l’observer.
 
« … Ku… »
 
Comment aurais-je du réagir à ça ? Je soulevai ma robe de quelques centimètres, laissant ce même signe visible sur ma peau pâle. Ils correspondaient, ils étaient vraiment les même… Mais voyais-je vraiment bien ? Une simple tache sur sa blouse pouvait m’induire en erreur. Je ne devais rien déduire de ce dont je n'étais pas sûre, mais dans ma tête, tout se mélangeait. Je me rappelais encore mes années à l’orphelinat, puis les domestiques des Bellford frotter ma cuisse encore et encore pour la faire disparaître, même si une tâche de naissance est indélébile. A l’instar du pentacle qui ornait mon poignet sous mon bracelet de perles nacrées. Pouvais-je vraiment y croire ? Les traits de son fin visage et la couleur singulière de sa chevelure… Ce garçonnet sorti de nulle part aurait-il pu être mon frère ?
 
« Pardonne-moi pour cela, ça peut te paraître soudain… Mais saurais-tu retirer ta chemise, juste quelques secondes… ? »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 2 Juil - 6:24
L'anonymat se répandait autour de moi, comme si je générais la méfiance chez les individus que je rencontrais, ou alors que je les fascinais tant qu'ils en oubliaient de se présenter; ce n'était pas faute d'un geste de ma part car, malgré toute ma méfiance, je ne manquais jamais de me présenter, rarement avec mon nom complet à moins qu’il soit possible que la personne concernée soit apparentée d’une quelconque manière ce soit au laboratoire de Lumïa, chose non exclue pour la jeune femme ici présente. J’ignorais si c’était un manque de politesse, de la timidité, ou des intentions malsaines ; en effet, je n’avais eu aucun risque à lui conter mon histoire, car si elle était là pour me capturer, elle connaissait ce récit, et c’est pourquoi  j’étais toujours prêt à dégainer mon épée ou mes lames minérales, et une brique pourrait, au moindre geste hostile de sa part, aller s’égarer à l’arrière de sa tête.

 
Tandis que je me débarrassais de ma veste qui m’encombrait, je pris mon fourreau vide à première vue, dont la blancheur se confondait sur l’arrière de la chemise, ainsi qu’à l’avant pour la bretelle, je m’adressai à elle pour son nom, si possible complet ; je ne lui avais pas réellement accordé de confiance, mais je lui au moins offert une manière de me nommer, autre que « le fantôme » - quoi que vu sa propre apparence similaire à la mienne, je doutais qu’elle ait envie de se moquer de moi avec un quelconque sobriquet physique –et elle se devait d’en faire de même, question de moindre politesse. Elle me répondit, se cachant de sa main du soleil se reflétant sur ma blancheur immaculée.
 
« Oh, oui, c’est vrai ! Excuse-moi… Quelle étourdie je fais ! »
 
Le silence s’installa, relatif, car il demeurait toujours le monde sonore de mon enfance dans le fond de mon ouïe, les enfants criants, de jeu parfois, de faim surtout, ou de désespoir ; les mères, ayant perdu tout espoir de bonheur retrouvé, s’affairaient à noyer de vieux légumes miteux dans beaucoup d’eau, pour donner une impression de quantité. Je lui tournais toujours le dos, roulant un peu des épaules pour me détendre, le visage tourné vers le ciel ; le soleil était brûlant et aveuglant, trop pour que j’ouvre les yeux, mais je jouissais cependant de mon obscurité rougeoyante, et je me fis la réflexion que le soleil était presque aussi indifférent et intemporel que l’océan et son incessant ressac. J’inspirai un instant, pour expirer plus profondément encore l’air chaud de ce début d’après-midi par mes narines.
 
« Je n’ai pas de nom de famille que je souhaite donner, mais tu peux me nommer Aa-… » 
 
Elle s’était stoppée net, comme si on lui avait coupé la gorge, l’agonie en moins ; je m’enquis tout de même de vérifier son état de santé. Je ne compris pas ce qui l’avait forcé de s’interrompre, ou plutôt la source de sa surprise ; elle demeurait en état de choc, légèrement bégayante, les yeux rivés sur mon torse, ce qui devait être mon dos avant que je me retourne. Qu’y avait-il de si incroyable là-bas ? Je n’avais que rarement vérifié cet endroit, et je n’y prêtais à vrai dire que peu attention ; nul runes ni marque au fer rouge ne me marquait, sans quoi Alice l’aurait remarquée… Que se passait-il donc ? J’en avais presque oublié le début de sa phrase tant son arrêt m’avait interpellé ; pour une raison obscure – qui en rajoutait une à mes nombreuses raisons d’être sur mes gardes – elle ne souhaitait pas me dire son nom de famille. En effet, elle n’avait pas formulé sa phrase comme si elle n’en avait pas ou ne s’en souvenait plus mais plutôt qu’elle souhaitait le conserver pour elle-même.
 
« … Ku… »
 
Elle finit sa phrase pour me révéler son nom, soulevant légèrement le bas de sa robe un instant, mais je ne regardais pas réellement ; de toute manières, ce n’était pas là le genre de choses qui m’attiraient – sans en préférer les hommes, j’en restais indifférent aux demoiselles. Ce qui m’intriguait encore d’avantage était cependant ses raisons de faire ce geste, que je reléguai au rang d’inattention.
 
« Pardonne-moi pour cela, ça peut te paraître soudain… Mais saurais-tu retirer ta chemise, juste quelques secondes… ? »
 
Soudain n’était pas le mot, étrange y correspondait plus. Pourquoi diable voulait-elle me voir sans chemise ? Non pas par plaisir, je pouvais en être certain, et cela en restait le plus inquiétant : qu’espérait-elle y trouver ? Cela avait-il un rapport avec ce qu’elle semblait avoir aperçu dans mon dos il y a quelques minutes ? Probablement, et cette affaire prenait une tournure bizarre.
 
« Ta requête est pour le moins saugrenue, mais tu sembles y tenir, alors je vais faire un effort. Donne-moi juste une seconde. »
 
Je me tournai dos à elle, non pas par pudeur, mais par gain de temps ; l’arrière de mon corps semblait l’intéresser, alors autant que je le lui révèle immédiatement. Je pris un instant pour dégainer mon épée et la faire flotter devant moi avant de m’employer à déboutonner le blanc vêtement, attache par attache, pour enfin l’enlever intégralement et l’envoyer rejoindre ses congénères. Ayant dévoilé mon dos un instant, je fis volte-face pour demeurer face à elle, l’épée plantée au sol, ce qui coupait mon corps en deux, à l’exception de mon visage – à vrai dire, j’aurais pu y place mon menton sans difficultés, mais je me contentai de joindre les mains sur sa garde, comme pour signifier que je restais sur les miennes.
 
« Puis-je, désormais, savoir pourquoi m’as-tu déshabillé ? »
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 16 Juil - 5:47
Il accepta. J’étais pour le moins surprise d’une telle réaction, de plus qu’il ne me demanda qu’après s’être exécuté la cause de cette question assez… indiscrète, si je puis dire. Je l’avais posée sans avoir eu le temps de réfléchir vraiment à ce que j’allais dire, poussée dans un élan de réelle ignorance. Cette ressemblance physique plus que troublante me laissait supposer une chose, cependant, je ne pouvais y croire sans avoir vu son dos de plus près. Mais la science nous permettait-elle d’être sûre, si même ce qui semblait être une tache de naissance en était bien une, qu’un quelconque lien de sang nous unissait ? C’était peut-être une simple coïncidence. Des gamins aux cheveux blancs, certes cette caractéristique assez rare, il en existait bien plus qu’un seul dans le monde, et même dans Midgard, à mon avis. Et le fait que lui aussi soit orphelin ne constituait pas une preuve, mais un indice. Ca n’avait peut-être pas d’importance, mais le garçonnet était plus jeune que moi, et donc, s’il avait été de ma fratrie, cela incluait que ma mère biologique était peut-être encore de ce monde. Même si sa rencontre ne changerait rien à ma vie comme elle était aujourd’hui, cette idée faisait grandir en moi une chaleur indescriptible.
Il se retourna. Son visage m’avait paru un brin intrigué, malgré tout, par ma demande, mais c’était tout à fait normal. Je fus déjà étonnée de la confiance qu’il semblait placer en moi, cette simple inconnue croisée sur le bord du chemin. Il lâcha son épée sombre et, les mains enfin libre, s’employa à déboutonner sa chemise qu’il laissa ensuite tomber entièrement. Il était maintenant torse-nu, et ses omoplates à découvert, il m’était confirmé que la marque nette qui ornait sa peau était semblable à celle que je pouvais contempler sur ma cuisse.
 
« Puis-je, désormais, savoir pourquoi m’as-tu déshabillé ? », m’avait-il interpellé, se retournant soudainement pour se retrouver face à moi.
 
Je plongeai mon regard brillant dans le sien : et s’il était vraiment mon frère ? Resterait-il avec moi au lieu de parcourir les routes sans compagnon ? Serait-il celui qui briserait enfin ma solitude… ? Même Hinata s’était séparé de moi, la quête terminée, alors qu’il me laissait à nouveau seule et à mon propre sort… La compagnie d’un petit être en qui je pourrais placer l’entièreté de ma confiance ne serait pas de refus…
 
« Crois-tu qu’il serait possible que… » Je m’arrêtai dans ma phrase, soupirant une bonne fois pour reprendre mes esprits. « C’est assez délicat à dire… Mais… serait-il possible qu’un quelconque lien de sang nous unisse… ? »
 
Il n’avait pas l’air de comprendre, mais il fallait de toute façon que je le lui prouve… Il fallait qu’il y croie aussi… Sans quoi, tout le but de ma démarche tombait à l’eau. Il ne fallait pas que ce soit uniquement moi qui le considère ainsi avec son accord, il fallait que je le convainque par la même occasion !
Une idée traversa ma pensée. Je le pris par le bras, l’entrainant dans les méandres du bidonville dans lequel je venais d’entrer, le plus vite que mes jambes me le permettaient. Mes pas sur les pavés étaient un peu incertains, mais mon esprit ne savait se concentrer sur une seule chose à la fois. Et l’enjeu de cette impensable course était énorme à mes yeux. Enfin sortis des petites ruelles coupées du reste de Lumïa, je regardais à droite, à gauche, ne savant où aller. Un calme plat semblait régner par ici. Je suivis la rue, ne ralentissant pas pour autant ma vitesse. Je bousculais les gens que je croisais, m’excusais, mais ne m’y attardais pas. J’adressais un doux sourire au gamin que je tenais fermement.
 
Je ne comprenais pas comment fonctionnait cette ville, et je n’en avais jamais ne serait-ce qu’entrevu la carte. La grande allée que j’avais vue en sortant du quartier pauvre s’était divisée en ruelles, partant dans moult directions. Je faisais ça à l’instinct. Mes cheveux volaient avec le vent qui s’engouffrait dans les passages de plus en plus petits au rythme auquel je m’enfonçais dans leurs dédales. Je savais que quelque part par-là, il y aurait ce que je cherchais et je gardais espoir en espérant le trouver.
Lorsque je m’attendis à me retrouver dehors, je pris le dernier angle mort et constatai avec déception que ce n’était pas l’endroit où je m’attendais à me trouver. Face à moi, un mur était dressé. Un cul-de-sac. Je gardai le sourire en essayant de cacher ma déception. Reprenant mon souffle, je tentai d’expliquer un peu mieux la situation au garçonnet.
 
« Dis-moi… Tu as déjà entendu parler des « appareils photo » ? Il parait que ces machines, aussi petites sont-elles, peuvent capturer une image ! Je… Je ne crois pas arriver à t’expliquer comme ça, mais… je suis… un peu perdue dans cette ville… Tu ne saurais pas où se trouverait les marchands… ? Il doit bien y en avoir un qui en a un et qui l’utilise pour gagner de l’argent ! Je dois te montrer quelque chose, mais si tu ne le vois pas par toi-même, tu ne me croiras pas… »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 16 Juil - 8:26
J’avais accepté sans hésitation, en premier lieu car je n’avais aucune pudeur mais aussi car cette jeune femme, aussi louche pouvait-elle être d’une certaine façon, avait de bonnes raisons d’évoquer cette saugrenue demande ; dans le cas ou ses intentions auraient été malveillantes, mon épée flottait toujours non loin de moi, ainsi que mes petites lames, et, en une pensée, j’avais la possibilité de lui trancher la gorge, sans qu’elle ne comprenne ce qui lui arrive, sans qu’elle ne réalise sa douleur, et je ne savais si elle était consciente du danger qui rôdait. Un geste suspect et son nom serait pris, ainsi que sa vie. Dans le bidonville, personne ne s’en soucierait vraiment : des morts, il y en avait chaque jour sous mes yeux, sous les yeux des autres aussi, et pour beaucoup une gorge tranchée restait fort similaire à un gosier trop vide ou une trachée asséchée ; et malgré qu’elle semblait amicale, elle pouvait toujours être une espionne pour le compte du laboratoire et je n’hésiterais pas à me défendre. Je m’étais donc retourné, me rendant plus vulnérable un instant, afin qu’elle examine mon dos qui semblait l’intéresser tant, pour une obscure raison ; ceci fait, je me retournai, calmant un peu ma paranoïa en me rendant une position plus défensive.

 
« Puis-je, désormais, savoir pourquoi m’as-tu déshabillé ? »
 
« Crois-tu qu’il serait possible que… 
 
Elle se stoppa un instant, comme pour clarifier ses idées au fond de son crâne torturé.
 
C’est assez délicat à dire… Mais… serait-il possible qu’un quelconque lien de sang nous unisse… ? »
 
Mon visage resta impassible, mais je ne pouvais nier que mon cœur avait raté un bond du fond de ma cage thoracique ; oui, il était possible, dans le cas où elle ne connaissait pas ses réels parents, ou elle maîtrisait la magie – c’était le cas – et où elle ressemblait un tant soit peu à Adam, et toutes les conditions étaient potentiellement réussies ; il ne demeurait qu’un léger doute au sujet de ses géniteurs, et également la possibilité de la coïncidence. Cependant, un élément semblait se rajouter au puzzle : ce qu’elle avait découvert dans mon dos. Je ne rechignais pas à avoir une sœur, un pilier, une bouée de sauvetage dans l’océan déchainé qu’était mon esprit torturé ; actuellement, je restais stable et stoïque, sans aucun assaut d’hallucinations, mais cela ne savait tarder, et c’était  encore plus désagréable lorsque j’étais seul. Alors, au final, je l’espérais, je l’espérais du fond de mon cœur, dans un espoir un peu futile et puéril, mais je ne pouvais l’empêcher.
 
Elle me prit par le bras et j’eus juste le temps de passer autour de mes bras mes vêtements et sur mes épaules mon sac plein, dont la tête du violon dépassait ; mon accoutrement était quelque peu spécial – la chemise blanche ouverte tout comme la veste en cuir – mais je n’avais pas réellement le temps de m’arrêter pour les reboutonner tant elle pressait ses pas mal assurés sur les pavés crasseux des lieux de mon enfance. Nous quittâmes bien vite la partie la plus miteuse de la ville pour s’y engouffrer  par une porte peu fréquentée et un peu moins gardé, et nous passâmes rapidement à côté d’un garde somnolant sur sa lance ; nous nous retrouvâmes dans les lieux les plus calmes, plats et banals de tout Lumïa, que l’on aurait pu classifier de banlieue si nous n’étions pas entre les murailles, mais je laissai la jeune femme me diriger, car elle semblait savoir où elle se dirigeait, malgré son manque de confiance en elle. Elle m’entraîna vers l’allée qui traversait presque toute la ville en diagonale, parsemée de petites ruelles qu’elle explora de fond en comble, remettant en doute le fait qu’elle était si certaine de sa destination ; enfin, avec une lueur d’espoir, elle tourna au coin d’une rue pour être accueillie par un mur condamnant la petite voie, un cul-de sac.
 
« Dis-moi… Tu as déjà entendu parler des « appareils photo » ? Il parait que ces machines, aussi petites sont-elles, peuvent capturer une image ! Je… Je ne crois pas arriver à t’expliquer comme ça, mais… je suis… un peu perdue dans cette ville… Tu ne saurais pas où se trouverait les marchands… ? Il doit bien y en avoir un qui en a un et qui l’utilise pour gagner de l’argent ! Je dois te montrer quelque chose, mais si tu ne le vois pas par toi-même, tu ne me croiras pas… »
 
Nous sommes ici dans la partie la moins animée de Lumïa, il n’y a pas un chat. Je ne sais pas exactement de quoi tu parle, mais un quartier de la ville est empli de personnes du genre, qui épatent la foule par divers moyens, comme des jongleurs ou des cracheurs de feu. Suis-moi.
 
 
C’était moi qui menais la danse désormais, marchant à grand pas dans un dédale après avoir parcouru pendant de longues minutes l’interminable avenue afin de s’approcher du centre de la ville ; nous arrivâmes alors aux marchands de légumes, d’alimentation, puis d’étoffes, individus que je connaissais tous de loin, et je ne m’y attardai pas. Certains même me connaissaient pour m’avoir revu plusieurs journées consécutives ; les commerçants laissèrent peu à peu place aux particuliers pour le vide-grenier hebdomadaire, pour enfin libérer l’espace aux individus que nous cherchions.
 
Je ne sais pas à quoi ressemble ce que tu cherches, c’est donc toi qui me guidera désormais.
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mer 24 Juil - 9:48
« … Suis-moi. »
 
Il était à mon tour de ne pas lui accorder trop de méfiance. Mais surtout, il était à mon tour d’avoir confiance en son sens de l’orientation, étant visiblement plus fiable que le mien pour trouver la preuve de notre appartenance possible à la même fratrie - et dans bien d’autres cas, je l’imaginai, tant le mien fut médiocre. Mais le photographe se trouverait-il vraiment près de la foule, de ses voleurs et de ses mendiants prêts à tout pour recevoir un quelconque témoignage de pitié ? Je ne pouvais en être sûre, et comme le jeune garçon semblait en douter également, rien ne pouvait nous le certifier. Mais y avait-il seulement un appareil photo dans cette ville ou fouillerions-nous tout ça pour rien ? Voilà des années que j’étais confinée dans une cabane dans la forêt sans toucher la technologie et j’avais encore du mal à en revenir moi-même des avancées qui avaient bien pu voir le jour. Décidemment, sans la littérature, je restais une pauvre voyageuse tombée de nulle part comme d’un autre monde.
 
La petite taille du garçonnet se faufilait entre les gens, m’obligeant à serrer bien plus fort encore sa main dans la mienne pour ne pas la lâcher. Le calme avait laissé place à un brouhaha pas insurmontable, mais dont aucune conversation n’aurait pu ressortir si l’on n’en faisait pas nous-même partie. D’un pas rapide, comme une enfant, je regardais autour de moi l’air émerveillé. Le petit marché de Lotheican ? Il était ridicule face à celui-ci - et selon ce que j’avais lu, ce dernier était malgré tout lui aussi ridicule face à celui d’Alcombord. Il me tardait de pouvoir découvrir des lieux pareils, si pittoresques, et dans chacune des villes qu’il pourrait me venir à l’esprit de visiter. Il semblait ne pas savoir ce que je cherchais, mais toutefois avoir une idée bien précise de là où il souhaitait m’emmener. Il ralentit l’allure, puis s’arrêta soudainement. A ma gauche se trouvaient encore les échoppes diverses des marchands au loin, puis le vide-grenier des villageois, et à ma droite, une espèce de petite place pavée, d’où se dégageait une musique de tambourins et autres instruments de troubadours de passage. Je lâchai mon potentiel frère.
 
« Je ne sais pas à quoi ressemble ce que tu cherches, c’est donc toi qui me guidera désormais », me déclara-t-il.
 
D’un pas incertain, je filai entre la foule et les artistes du véritable cirque qui aurait pu être réuni en ce seul endroit, autour desquels elle était attroupée. Mais les personnes munies de l’appareil que nous cherchions, n’auraient-elles pas plutôt choisi d’en faire un commerce, plutôt que de se mettre ici au niveau des miséreux ? Après tout, elles ne pouvaient être qu’intelligent au point de pouvoir en fabriquer… ou riches au point de pouvoir en acheter… N’aurions-nous pas mieux fait de nous arrêter aux marchands et aux échoppes, pour chercher ? Ce lieu était certes le lieu qui rassemblait le plus de monde, j’aurais peut-être mieux imaginé trouver l’objet de ma quête au milieu des commerçants.
 
Je fis brusquement volte-face, pour repartir à toute vitesse de là où nous venions. Tournant la tête de tous côtés pour espérer trouver l’échoppe, ce n’était apparemment vraiment pas mon fort de chercher après une chose bien précise. A cette heure, beaucoup d’habitants étaient rassemblés ici… Il aurait peut-être mieux valu que je demande le chemin à quelqu’un, plutôt que de perdre un temps inutile à tourner en rond. Sans penser à demander l’avis du garçon qui me suivait, j’accostai alors un jeune homme, appuyé contre un mur l’air d’attendre.
 
« Connaîtriez-vous quelqu’un qui possède… ce qu’on appelle un « appareil photo » ? Pourriez-vous alors m’en indiquer la direction ? Il me semble qu’il devrait se trouver une échoppe qui s’y consacre non loin d’ici… », dis-je d’une voix fluette par la gêne.
 
Il observa un instant le jeune garçon aux cheveux d’argent de haut, impassible, et pointa une direction du doigt dédaigneusement, avant de revenir à moi, me fixant droit dans les yeux. Il se mit à ma hauteur et prit une gorgée d'alcool, de la bouteille qu'il tenait dans une main.
 
« Je pense que ce que tu cherches pourrait se trouver ici, à quelques maisons plus loin… », commença-t-il en souriant. « Mais qu’est-ce que tu me donnes, en échange de cette information, ma p’tite… ? »
 
Mes joues virèrent vite au rouge. Visiblement encore un pirate ivre de rhum...
 
« Merci à vous de m'avoir montré le chemin, mais... Je… Je n’ai pas d’argent… », bégayai-je en faisant un pas en arrière, embarrassée.
 
« Pas si vite, toi… On trouvera forcément un terrain d’entente… », renchérit-il en attrapant solidement mon poignet de sa main libre. Je lançai un regard suppliant en direction garçonnet, sur qui j’espérais pourvoir compter. Comme d’habitude, j’avais été idiote et je devais implorer les autres pour me sortir de mes faux-pas…
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mer 24 Juil - 11:11
Suis-moi.
 
J’avais longtemps douté de son honnêteté, luttant entre ma paranoïa et ce fol espoir qui m’habitait, me faisait vivre, comme une bougie sous la tempête de mon esprit ; les indices renforçant la théorie du complot de la part du laboratoire de Lumïa – en, par conséquent, qu’elle serait une espionne envoyée ici dans le but de me tuer ou de me séquestrer – étaient aussi nombreux que ceux approuvant notre potentiel lien de parenté, et de plus, elle avait distingué quelque chose dans mon dos, qui m’était toujours inconnu, et c’était d’ailleurs pour cette raison qu’elle m’emmenait vers un photographe. Ou plutôt, c’était désormais moi qui la guidais, au vu de son sens de l’orientation inexistant, et c’était elle à présent qui devait m’accorder une totale confiance comme je ne l’avais pas fait quelques temps plus tôt ; j’avais toutes les cartes en main en ce moment, et pouvait très bien la guider dans un traquenard sans qu’elle ne saisisse ce qui lui arrive. Mais malgré ma méfiance, je n’avais aucune raison de faire cela, et la violence gratuite n’était pas une pratique courante, malgré que je n’hésitais pas à l’employer pour le défendre ou pour chaparder ; elle pouvait donc m’accompagner aveuglément, car mes pas assurés nous menaient tout droit vers le quartier des cracheurs de feu et autres saltimbanques en tout genre, piteux individus qui tentaient de subsister par des moyens plus pitoyables encore que la mendicité. Jamais je n’avais ouï d’un tel appareil, qui, contre toutes lois universelles, avait le don de capturer une image pour la transposer sur du papier ; certes, j’étais au courant des avancées technologiques spectaculaires de Lumïa – j’en avais fait l’expérience avec la douche que j’avais pris, la soirée avant la quête en compagnie d’Elenwë – mais restait septique devant l’existence d’un tel engin.
 
Aaku me tenait fermement la main, dans une peur de se perdre probablement, crainte fondée au vu de son émerveillement pour le marché alentour – et par conséquent de la voie que nous empruntions – ce qui me faisait sourire intérieurement, car ce ramassis de marchands miteux n’était rien face à la splendeur qu’était celui de la ville portuaire ; certes, ces lieux étaient impressionnants, mais lorsqu’on avait goûté ne serait-ce qu’un seul instant à celui d’Alcombord, avec ses échoppes exotiques, ses accents chantants, sa variété exorbitante de produits, et sa qualité qui n’était plus à prouver, même le jour de foire le plus animé de Lumïa semblait une pâle imitation. La grande avenue qui s’ouvrait à nous était parsemée de ruelles, telles les branches d’un arbre se ramifiant au fil des ans, et toutes étaient emplies de marchands et individus cherchant à gagner un pécule, dont l’une d’elles étaient un ramassis de saltimbanques crasseux ; je ralentis quelque peu l’allure avant de me stopper totalement, m’adressant à la jeune femme sans me retourner.
 
« Je ne sais pas à quoi ressemble ce que tu cherches, c’est donc toi qui me guidera désormais.
 
Nous avions inversé les rôles une nouvelle fois, et j’avais agrippé son poignet moi aussi tandis que nous parcourions la petite artère – petite comparée aux avenues qui la bordaient, sans quoi elle mesurait plus de trois mètres de largeur, sans compter les trottoirs - ; soudain, elle fit volte-face comme en urgence, pour repartir tout aussi rapidement qu’elle était venue en sens inverse sans raison – ou plutôt sans me l’expliquer. Elle s’adressa alors à un jeune poivrot de sa voix plus fluette encore qu’à son habitude ; l’homme semblait attendre ou simplement cuver, adossé contre un mur, une bouteille à la main. Le parfait cliché du pirate, somme toute, surtout au vu des senteurs qu’il dégageait : saumure et rhum distillé, acheté n’importe où – à vrai dire, cela devait être le meilleur rapport « degrés d’alcool/prix », pour autant qu’il l’ait achetée. Elle s’adressa à lui, mauvaise idée, surtout par l’apparence inoffensive de l’hétéroclite groupe que nous formions – à vrai dire, à première vue, elle n’en menait pas plus large que moi ; comme pour confirmer mes dires, il me toisa un instant, profitant de sa taille – tout à fait banale au fond, c’était moi qui étais petit – pour me prendre de haut.
 
« Connaîtriez-vous quelqu’un qui possède… ce qu’on appelle un « appareil photo » ? Pourriez-vous alors m’en indiquer la direction ? Il me semble qu’il devrait se trouver une échoppe qui s’y consacre non loin d’ici… »
 
 
Il pointa une direction de son doigt crasseux après avoir avalé une lampée entière d’alcool, comme pour nous prouver qu’il était un homme. Peut-être n’était-il pas si abject que cela, au final.
 
« Je pense que ce que tu cherches pourrait se trouver ici, à quelques maisons plus loin…  Mais qu’est-ce que tu me donnes, en échange de cette information, ma p’tite… ? »
 
Tiens, si ; quelque chose me disait que j’allais être forcé d’intervenir, et le regard suppliant de la jeune femme ne fit que renforcer mes soupçons
 
« Merci à vous de m'avoir montré le chemin, mais... Je… Je n’ai pas d’argent… »
 
« Pas si vite, toi… On trouvera forcément un terrain d’entente… »
 
Sa tentative pour s’enfuir avait échoué, et l’homme n’avait pas hésité à lui empoigner fermement le poignet, comme si je n’étais pas la ; je croisai les bras, avant de me placer derrière la jeune femme.
 
Lâche-la.
 
Le ton était sans appel, et tout homme sensé aurait obéi ; pas lui manifestement, il était trop stupide. Les deux dalles sous ses pieds s’en allèrent vers les cieux à l’image de son corps, ayant lâché le poignet d’Aaku et, afin qu’l ne s’écrase pas sur la demoiselle, j’avais entouré son ventre de mes bras pour l’attirer en arrière. Dans un bruit sourd, son menton s’écrasa contre le sol, et le haut de son crâne fut bien vite rejoint par les fragments de pierre qui retombaient. Avant que ma compagnonne n’aie le temps de s’exprimer, je pris la parole.
 
Il est simplement assommé. Il se réveillera comme après une méchante cuite.
 
Je posai deux ou trois minuscules cailloux au creux de sa main.
 
Merci, brave homme.
 
Comme si rien ne s’était passé, je m’étais emparé à nouveau du poignet de la jeune femme pour nous conduire à la destination et à l’appareil photographique tant convoité, et nous ne tardâmes pas à nous retrouver devant un vieux bâtiment un peu poussiéreux à l’enseigne à l’ancienne, sur laquelle on pouvait lire « L’incroyable appareil photographique ».
 
Après toi.
 

 
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 2 Sep - 8:14
N’osant s’attarder plus que ce qui n’était déjà fait sur quelqu’un qui n’en valait vraiment pas la peine, le petit me tira à nouveau par le poignet, m’arrachant à la scène qui me stupéfiait. Comparé à moi qui n’osais jamais user de cette force en dehors des situations les plus risquées, il n’avait pas eu l’air de s’être attardé sur une réflexion aussi superflue pour mettre ses talents de mage à l’épreuve. Était-ce une qualité ? Je supposais qu’ici oui, car je ne pouvais songer à ce que cet homme gris aurait pu faire à une jeune femme telle que celle que je l’étais sans user de mes arcanes à tort et à travers. Mes idées se clarifiaient cela dit sur le chemin que je suivais sans y prêter attention.
 
« L’incroyable appareil photographique. »
Je lisais et relisais encore l’insigne du bâtiment que le pirate avait montré du doigt, là où le jeune mage m’avait guidée. Nous y étions enfin, à l’endroit que nous recherchions tant. Le commerce semblait assez vieillot, et la vitrine, constituée de plusieurs cadres, plutôt poussiéreuse. Je m’approchai du carreau et observai un instant à l’intérieur. Ces portraits paraissaient comme figés dans le temps, et leurs propriétaires, toujours comme faux face à l’objectif. Rares étaient ceux qui souriaient visiblement à l’appareil, mais si j’avais eu l’argent et le temps, je savais déjà que jamais je ne voudrais rester immortalisée pour toujours sans un sourire pour aiguayer mon visage. Tout cela donnait un air morne et trop sérieux à cette boutique, mais il fallait bien que j’y entre : j’avais quelque chose à y faire de plus qu’important à mes yeux. Mais pourquoi y faisait-il si vide ? Ce n’était pas non plus des plus attrayant, il fallait l’avouer.
 
J’ouvrai délicatement la porte, posant mes doigts sur le vernis quelque peu abîmé par les années. Me retrouver face à une boutique installée dans un si vieil endroit me rendait nostalgique quand je pensais au nombre de gens par qui ce bois que je touchais à présent avait bien pu se voir poussé de leurs mains. Suspendu à côté de l’entrée et de mon geste activé, un petit mécanisme sonna lorsque je franchis le seuil, faisant arriver calmement au comptoir devant moi une femme à qui j’aurais pu donner la trentaine. De petites lunettes rondes reposaient sur son nez fin et pointu. Le chignon sur sa tête et ses habits gris lui auraient donné un air strict si seulement elle ne nous avait pas accueillis avec un sourire aussi chaleureux.
 
« Oh ! Un client ! Si longtemps déjà que nous n’en avons plus vu, mon mari et moi… Etrange, vous ne trouvez pas… ? Enfin, je peux faire quelque chose pour vous ? », me demanda-t-elle, d’un ton tranquille et qui mettrait n’importe qui en confiance.
 
« Oui, excusez-moi… J’aimerais savoir si vous nous laisseriez utiliser un de vos appareils pour prendre une seule et unique photographie… ? Nous n’en avons que faire du résultat, mais mon ami a là quelque chose dans son dos que j’aimerais pouvoir lui montrer à tout prix… », lui répondis-je alors, d’une voix amicale. « Je peux vous proposer en échange une petite idée qui rendrait peut-être votre commerce plus fructueux… Si vous me le permettez, évidemment ! Mais je suis presque certaine que cela attirerait plus de monde chez vous », rajoutais-je, m’appuyant, enthousiaste, sur le marbre du comptoir.
 
« Oh ! Arnold, vient ici ! »
 
Un homme un peu trapu mais malgré tout plus grand que la vendeuse s’avança de l’arrière-boutique d’un pas lourd et s’approcha de moi en me dévisageant. Il semblait mal rasé, et n’avait pas l’air de faire fort attention à son hygiène personnelle… Peu étonnant lorsqu’on regardait autour de nous d’un œil un peu plus attentif. Il était et était habillé à l’effigie de cet endroit : terne et vieillot.
 
« Dites-moi tout de suite ! »
 
« Evidemment ! Ce n’est pas un conseil très conséquent, mais remettez un peu ce lieu si beau à neuf… Il n’en serait que plus attirant… Tout n’est qu’une question d’apparence si vous voulez allécher la foule ! », m’écriai-je d’un seul trait. « Je pourrais même vous laisser me prendre ici, le visage un peu moins triste que ceux que vous affichez à cet instant à l’extérieur ! Des photos pareilles ne donnent pas envie, voyons ! », gesticulai-je en m’emportant… peut-être même un peu trop.
 
Mon regard croisa celui, glaçant, du jeune garçon qui m’accompagnait. C’était comme si j’avais reçu une gifle. Je n’étais pas près de ces gens que pour moi, mais c’était quand même de ma propre volonté que je l’avais trainé ici. J’avalai bruyamment ma salive dans le silence qui venait de s’installer.
 

« Ah, oui, c’est vrai, pardonnez-moi… D’abord mes photos personnelles, s’il vous plait… », m’expliquai-je, gênée, en baisant la tête.
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 2 Sep - 23:41
Aaah, l’alcool. Un breuvage créé par les faibles pour les faibles, lâche échappatoire au monde réel, parfait pour oublier ses responsabilités et tracas un instant plutôt que de les affronter ; certains imbéciles disaient l’alcool festif, l’alcool sociable, et ceux-là n’avaient pas la jugeote d’affronter la vérité en face : quel qu’en soit le prétexte, il permettait, tout comme la drogue, de s’échapper pendant quelques douces heures, et s’en était là tout son succès. Je n’eus donc aucun scrupule pour violenter ce vulgaire soiffard qui se croyait tout permis et qui avait agi sur Aaku comme si je n’étais pas là ; certes, la possibilité qu’elle soit un espion demeurait toujours là, mais son air était tellement innocent et vulnérable que je n’avais pu m’empêcher de la protéger. Il me fallait cependant garder à l’esprit qu’elle pouvait geler le sang dans mes veines et donc, à tout instant me tuer sans que je ne puisse rien faire, et cela avait instauré un certain malaise entre elle et moi, car, tous deux et à tout instant, pouvions ôter la vie à l’autre. Tu parles d’une confiance.
 
Le saoulard, néanmoins, n’avait menti en pointant de son doigt sale une direction, car en la suivant, nous nous retrouvâmes bien vite devant le bâtiment désiré, édifice ancien à la vitrine vieillotte et un peu sale, et nous pouvions distinguer au travers du verre défraîchi une multitude de cadres comprenant ce qui devait être une photographie – au vu de l’enseigne, on appelait cela de cette manière – véritable saisie de l’image qui fut, un instant, tel qu’elle était affiché sur ses choses. On pouvait y voir des individus sans âme, le regard vide et la mine un peu triste, et je ne pus m’empêcher de remarquer cela comme une technique de marketing un peu particulière ; ne valait-il pas mieux sourire, et faire comme si ils étaient très heureux de se faire capturer leur visage par une machine ?
 
Elle passa la porte de vieux bois délicatement, faisant tinter par ce même geste un petit carillon au son cristallin au-dessus de nous, et au vu de l’état poussiéreux de l’intérieur, il ne devait pas retentir très souvent ; il fit venir une petite femme au chignon sévère et aux habits gris et mornes, et elle nous observa un instant à travers ses lunettes rondes, souriante. Ce n’était pas souvent qu’elle devait avoir des clients, et malgré qu’elle paraisse un peu menaçante au premier abord, son air chaleureux effaçait bien vite cette impression.
 
« Oh ! Un client ! Si longtemps déjà que nous n’en avons plus vu, mon mari et moi… Etrange, vous ne trouvez pas… ? Enfin, je peux faire quelque chose pour vous ? 
 
Son ton, apaisant et reposé, confirmait ce que je pensais ; ce qu’il leur fallait, c’était un petit cours de publicité.
 
« Oui, excusez-moi… J’aimerais savoir si vous nous laisseriez utiliser un de vos appareils pour prendre une seule et unique photographie… ? Nous n’en avons que faire du résultat, mais mon ami a là quelque chose dans son dos que j’aimerais pouvoir lui montrer à tout prix… Je peux vous proposer en échange une petite idée qui rendrait peut-être votre commerce plus fructueux… Si vous me le permettez, évidemment ! Mais je suis presque certaine que cela attirerait plus de monde chez vous »
 
On aurait pu croire que Aaku Bellford avait lu dans mes pensées, et, malgré que je n’aurais vu cela comme une monnaie d’échange et que ‘aurais pu la payer en joyaux sonnants et trébuchants, il me semblât là que nous avions un bon compromis.
 
« Oh ! Arnold, vient ici ! »
 
Le dénommé Arnold s’était approché du comptoir d’un pas nonchalant pour nous examiner. Trapu, moustachu mal rasé, l’œil hagard et le teint pâle, il n’avait pas bonne mine ; la mine non pas d’un malade, mais plutôt de quelqu’un qui n’a plus le moral nécessaire pour s’occuper de son apparence un tant soit peu, de même que son accoutrement, lui aussi vieux et laid.
 
« Dites-moi tout de suite ! »
 
« Evidemment ! Ce n’est pas un conseil très conséquent, mais remettez un peu ce lieu si beau à neuf… Il n’en serait que plus attirant… Tout n’est qu’une question d’apparence si vous voulez allécher la foule !  Je pourrais même vous laisser me prendre ici, le visage un peu moins triste que ceux que vous affichez à cet instant à l’extérieur ! Des photos pareilles ne donnent pas envie, voyons ! »
 
Il n’était pas que j’étais en désaccord avec la jeune femme, loin de là, cependant, je n’y voyais pas là des raisons suffisantes pour déployer une telle quantité d’enthousiasme et de gestes inutiles, ni de se démener pour convaincre les tenanciers d’une idée qui allait de soi d’accepter ; elle croisa mon regard froid, et cela sembla se propager sur elle-même, car elle se calma un peu.
 
« Ah, oui, c’est vrai, pardonnez-moi… D’abord mes photos personnelles, s’il vous plait… »
 
« Oui, bien entendu ! Prenez place, je vous en prie !»
 
Dans la pièce où nous nous trouvions était l’appareil photographique, sorte d’engin sur pied pointé directement vers un tabouret, lui-même devant un mur blanc. Je retirai donc à nouveau ma chemise sans pudeur et m’assis face à la paroi ; je supposai que l’on procédait comme cela. La jeune femme, à la demande de la photographe, s’écarta un peu pour ne pas entrer sur le cadre de la photo, et, malgré que, je supposais, un peu étonnée par la nature de la prise, elle s’exécuta. Un flash blanc illumina la pièce un instant seulement, et je pus bien vite me revêtir.
 
« Ceci étant fait, pouvons-nous passer au photos… Hm, publicitaires ? »
« Je vais passer en premier. »
 

Le courage dont je faisais preuve m’impressionnait moi-même ; je pris alors à nouveau place, face à l’appareil cette fois, et, contre toute attente, souris. Je n’en avais plus fait depuis bien longtemps, peut-être des mois, et malgré que celui-ci fût hypocrite, je devais avouer qu’on pouvait se sentir un peu plus joyeux en en exécutant un. A nouveau, le flash nous illumina, et je me levai pour laisser la place à Aaku.


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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 7 Oct - 8:34
« Oui, bien entendu ! Prenez place, je vous en prie ! »
 
L’appareil était là, de ses pièces de métal brillant sous la poussière. Le jeune garçon ne semblait éprouver aucune crainte ou même anxiété face à cette chose pourtant bien étrange et inconnue. Ce n’était pas que c’était si rare, mais il faut de l’argent pour pouvoir utiliser... « ça »… Je n’apparaissais encore sur aucune photographie. Seul un peintre talentueux m’avait déjà immortalisée. C’était une œuvre magnifique… Je me déplaçai de quelques pas vers la gauche. C’était celle qui,  accrochée auparavant dans le grand hall, dessinait les traits de la famille Bellford. Ah, dans ce cadre recouvert d’or, pour embellir encore plus faussement  les sourires mensongers  et hypocrites qui ornaient les visages de ce foyer qui se cachait derrière sa fortune. Un des nombreux objets qui, appartenant au passé, avait probablement disparu dans les flammes. Il ne devait en rester que des cendres, si seulement elles étaient encore présentes. Il me fallait retourner un jour encore à Lotheican, fouiller le site, s’il était encore au même endroit. Dieu seul sait à quel point les hommes se tournent vite vers l’avenir. Les restes d’une demeure que tout le monde voulait oublier, à quoi bon les garder ?
Le temps s’écoulait si vite quand on me replongeait dans mes pensées.
 
« Ceci étant fait, pouvons-nous passer au photos… Hm, publicitaires ? »
« Je vais passer en premier. »
 
Le regard attendri que portait la propriétaire me donnait envie de faire pareil en retour. Ce jeune homme en devenir qui faisait face à l’objet insolite, il était si beau quand il souriait. Il était si mignon, si… On aurait dit qu’il reflétait enfin l’âge qu’il devait avoir. Était-il toujours bénéfique de se projeter dans la postérité et d’en oublier de vivre l’instant présent ? Pourquoi ce petit mage agissait-il comme moi je le faisais lors de mon enfance ? S’il savait ce qu’il le regretterait plus tard, il ne prendrait peut-être pas la vie comme il semblait le faire et il batifolerait, aussi seul et orphelin soit-il, entre les échoppes des marchands sans se soucier de rien. C’était l’innocence même, la seule période dans notre vie où on ne paye pas le prix cher pour agir sans se préoccuper des conséquences. Le grand flash blanc repris possession de la pièce un court instant.
 
« Je suppose que c’est à moi… »
 
Je m’assis sur le tabouret : c’était à mon tour maintenant de montrer mon plus harmonieux sourire, laissant alors entrevoir mes dents. C’était si oppressant de se retrouver face à l’objectif qui avait l’air de nous regarder, noir comme la nuit et brillant et lisse comme le verre lui-même. Je me tins la plus droite qu’on m’avait appris, comme si mon honneur allait déprendre de ce seul et unique cliché. Je pris gare à ne pas fermer les yeux pile au moment où la femme appuyait sur le petit bouton et inspirai un grand coup.
Le flash refit son apparition une troisième fois pour m’éblouir entièrement.
 
« Bien, le soleil va se coucher dans quelques heures. Je vous conseillerais de trouver une auberge ou autre où vous loger avant qu’il ne soit trop tard ! Passez donc nous revoir demain, cela devrait être fini », s’enthousiasma la trentenaire. « Passez une bonne nuit… »
 
Voilà qui était une manière douce de mettre à la porte ses derniers clients à la fermeture de l’établissement !
Je pris le jeune garçon par la main tout en ressortant de la boutique.
 

« Au fait, maintenant qu’on a un peu de temps… J’aimerais savoir… Tu sais que je m’appelle Aaku, mais toi… Quel est donc ton nom ? », le questionnais-je dans un sourire.
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Mar 8 Oct - 7:18
Je n’étais pas certain d’aimer le concept des appareils photographiques. On capturait votre image dans une boîte, pour la décalquer sur du papier ? J’avais d’avantage l’impression que par ce flash blanc et lumineux qui, l’espace d’un instant, semblait envahir l’univers pour se résorber d’un seul coup, capturait un fragment de mon âme pour la placer dans un objet, comme dans les plus noirs tomes de la magie, et que jamais plus je ne pourrais la récupérer ; certains vendaient leur esprit au diable, et moi, je  venais de l’offrir à une machine étrange. J’avais cependant souri devant l’objectif rond et froid, à l’image d’un œil, en pensant à quelque chose d’agréable, et je ne m’étais pas tant forcé, car pour une obscure raison, la jeune femme me rappelait ma petite sœur – peut être par ses iris sanglants - et malgré son âge bien plus avancé que le mien, tant son air était innocent et fragile, je ne pouvais m’empêcher de vouloir la protéger – réflexe naturel, supposais-je tandis que, la capture réalisée, je m’en écartai, ayant posé par deux fois déjà, l’une pour les publicités, et la seconde personnelle, et laissai l’albinos s’installer sur le tabouret, moi-même debout, dos au mur, pour ne pas me trouver dans le champ d’action de l’engin futuriste.
 
« Je suppose que c’est à moi… »                                                                   
 
Ses mains s’appliquèrent pendant un temps à organiser sa blanche chevelure, bien plus fine que la mienne et celle de mon père, drue et épaisse, mais d’un coloris tout à fait similaire à la fratrie Michaelis, par un pur geste de coquetterie, concept m’étant presque inconnu ; c’était par simples mesures d’hygiène si je prenais le temps de me laver régulièrement, et lorsque mes vêtements étaient propres, c’était avant tout pour être admis dans la ville, et ne pas être jeté dehors par les gardes que je n’évoquerai pas d’avantage, m’étant déjà bien assez défoulé sur ces pauvres hommes par le passé que pour recommencer une tirade haineuse sur ces pauvres citoyens –détestables, certes, mais êtres humains tout de même. Une fois encore, la lumière pris possession de l’espace, et bientôt, nous deux visages ainsi que le bas de mon dos allaient se retrouver pour toujours sur du papier, nos faciès bienheureux à la merci de tout regards désormais, dans cette vitrine défraîchie.
 
« Bien, le soleil va se coucher dans quelques heures. Je vous conseillerais de trouver une auberge ou autre où vous loger avant qu’il ne soit trop tard ! Passez donc nous revoir demain, cela devrait être fini », s’enthousiasma la trentenaire. « Passez une bonne nuit… »
 
Il était là question d’un doux euphémisme pour nous sommer de quitter prestement les lieux tandis que nous étions probablement leurs seuls et uniques clients de la semaine, et je ne m’apitoyai pas d’avantage sur leur sens des affaires déplorable, car la jeune femme m’avait déjà pris la main pour s’en aller de la vieillotte boutique.
 
« Au fait, maintenant qu’on a un peu de temps… J’aimerais savoir… Tu sais que je m’appelle Aaku, mais toi… Quel est donc ton nom ? »
 
« Samuel… Michaelis, s’entend. »
 
Bien entendu, puisque je l’avais énoncé plus tôt dans la matinée ; j’y avais même livré tout mon passé, pour me soulager l’esprit mais également pour lui apprendre la vérité sur Lumïa. Car même la ville aux milles merveilles resplendissantes avait ses zones d’ombres, plus effrayantes et profondes que jamais.
 
« Je suppose que nous pourrions… Passer la nuit dans une auberge, et souper, en attendant que les photos soient… Euh, prêtes. Il doit me rester un peu d’argent, je pense… »
 
Probablement ce qui me restait du récent achat de mon violon, trainant au fond de ma poche. Dans ce coin animé, les échoppes ne manquaient pas, et tandis que les marchands rangeaient leurs étals, les prestidigitateurs redoublaient d’ardeur pour la foule pré-nocturne naissante qui emplissait les rues, en quête d’endroits ou se sustenter et où dormir, et il nous suffit de nous diriger vers l’un des points vers lesquels convergeaient moult voyageurs et aventuriers, beaucoup à l’allure fière et à l’équipement impressionnant, et il semblait que il était là, au « Chien +Rugissant », que tous les baroudeurs se rassemblaient pour passer la soirée et la nuit.
 
Néanmoins, l’ambiance était, certes, animée, mais joyeuse et relativement saine, exempte de soiffards et d’ivrognes brutaux ; et ce qui faisait la particularité de cet établissement, c’était les quatre immenses escaliers en colimaçon, à chaque coin de la pièce, qui menaient tous à l’étage, dont on pouvait apercevoir les tables les plus proches de la rambarde, plus haut, qui entourait le centre du rez-de-chaussée en un carré aérien, vide comblé par un grand lustre d’argent couvert de bougies. Un jeune homme ne tarda à venir nous accueillir.
 
« Bonjour ! Alors, qu’est ce qu’elle prendra, la jeune femme et son… »
 
On vit qu’il cherchait manifestement à placer le mot « fils » ou « frère », mais préféra jouer la solution de la facilité.
 
« Son compagnon ? »
 
« Pouvons-nous souper, et passer la nuit ici ? »
 
« Mais certainement ! »
Il nous guida à une table non loin d’un des escaliers, et nous glissa, un mot tandis que nous prenions place.
 
« Vous avez de la chance, c’est une de nos dernières chambres. La prochaine fois, vous devriez venir la réserver plus tôt, sans quoi vous vous retrouveriez à dormir dehors… »
 
Il nous laissa seuls alors, en compagnie d’une petite carte, pour nous décider sur quel plat nous jetterions notre appétit.
 
« Que désires-tu manger ? Je tiens à t’inviter. »

 
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 23 Déc - 11:20
« Enchantée, Samuel », lui avait répondu la jeune femme, souriante.
 
Il était assez gênant pour elle de devoir accepter que ce fut son prétendu cadet qui paye, mais elle n’aurait pu en faire autrement. Sa bourse, dans son cuir usé, était si maigre que la mage ne pouvait se permettre que le stricte nécessaire, à condition même de se serrer la ceinture. Une bien triste vie pour laquelle elle ne cessait de se battre malgré tout. Elle restait convaincue au fond d’elle-même qu’elle servirait un jour à quelque chose, que quelqu’un un jour serait sauvé par ces médiocres bras. Elle voulait croire qu’elle trouverait un but à son existence, autre peut-être que la simple survie telle un chien errant et borné. Et peut-être autre part que dans les livres… si seulement on lui permettait. Rien que rentrer dans cet endroit gai l’avait rendue dépressive.
Il n’empêche que ce genre de situation ne devrait pas arriver, Aaku ; c’est toi la plus grande, c’est ta responsabilité.
 
Elle se sentait un peu misérable, dans ces loques qui lui servaient d’habits, dans cette auberge où tous avaient l’air de vouloir ne se soucier de rien. Elle n’osait se demander si elle sentirait un jour cette sensation, avoir le cœur léger et pouvoir être distraite et imprudente sans le regretter après. Elle aurait voulu être assise à leur place, rire et chanter, mais elle n’en avait pas le temps, pas même l’envie profonde. Toujours devoir se soucier d’une chose, toujours devoir se hâter, ne jamais pouvoir gaspiller et se faire plaisir. Elle voulait à nouveau enlacer Faörih, remercier encore le Nain de Tubalcain, se coller contre Pyrrhus en riant avec Léo et serrer dans ses bras son petit frère sans qu’ils n’aient besoin d’être sûrs de leur véritable sang. Elle voulait se retrouver dans les bras d’Hinata, elle voulait que s’arrêtent ses problèmes et qu’il lui montre enfin qu’il l’apprécie pour ce qu’elle est. Elle voulait juste vivre heureuse, finalement.
Une parole adressée à la jeune mage la sortit de ses pensées mélancoliques.
 
« Que désires-tu manger ? Je tiens à t’inviter », avait insisté le garçonnet.
 
Elle était vraiment dans la lune, assise à cette table de bois un peu reculée. Elle fixait le vide, la scène entière de cette taverne joyeuse. Trop joyeuse. Elle se maudissait de ne pas pouvoir être l’un de ces marins, commerçants heureux, buvant à on-ne-sait quelle santé. Tout était une bonne raison lorsqu’on en avait envie, après tout.
Une brochette ? Juste de la viande ? Ou alors des petits légumes, juste ce qu’on pouvait lui proposer. Elle en mourrait d’envie, c’était comme si elle avait pu payer le prix double pour pouvoir en goûter une seule bouchée…
 
« Non merci, je n’ai pas faim. »
 
Elle désirait leur insouciance.
 

« Je voudrais juste… du rhum », souffla-t-elle.
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Sam 28 Déc - 3:46
Stay young, Go dancing - Death cab for Cutie - Thème

Apprendre soudain que l’on possède une prétendue sœur après que l’on se soit cru solitaire pour l’éternité était une expérience enrichissante que tous se devaient d’essayer ; j’étais partagé entre l’incrédulité que me soufflait mon bon sens et l’espoir ardent d’avoir une famille qui brûlait en moi, et ne parvenais pas à faire la part des deux clairement dans mon esprit embrouillé. La salle était bruyante et l’air chaud et lourd malgré le vent frais qui ne manquait pas de s’engouffrer par la porte, et le bruit  bourdonnait à mes oreilles tel un essaim d’abeilles ; je n’étais pas claustrophobe ni agoraphobe, mais je n’avais jamais aimé ce genre d’endroits bondés, et c’était bien parce que nous y étions forcés que j’allais dormir ici. Tous chantaient, riaient, et débordaient d’une joie de vivre peu contagieuse ; mais elle me faisait réfléchir. L’insouciance n’était-elle pas qu’un choix, un pas à franchir pour la conquérir tout entière ? Il suffisait d’y aspirer et elle vous aspirait, au fond ; pourquoi ne pas prendre exemple sur les animaux et profiter de notre présent ? Des questions d’orphelin tournaient au fond de moi en permanence, comme : Allais-je manger demain ? Ou allais-je dormir ? Mais je les chassai, non mécontent d’en avoir la capacité. Je m’efforçais simplement d’obéir à ma propre philosophie, et ne pas m’occuper de ce qui ne pouvait être changé.
 
Si Aaku s’avérait être de ma famille, j’avais une personne qui pourrait toujours être là, et qui ne pouvait plus m’abandonner. Car on n’abandonne pas un frère ni une sœur. On ne choisit pas sa famille, on l’accepte, et on accepte ses changements ainsi que ses métamorphoses. Et j’allais changer, c’était certain. L’air sentait le changement.
 
Que faisais-je, moi, à errer dans les rues, voler pour vire et se cacher pour dormir, sans aucun sens éthique ? Était-ce mal, de voler aux riches ? Je n’en savais rien. Rien du tout, car personne ne m’avait appris ce qu’était que le bien. N’est-ce pas eux, les mauvais, qui ignorent ceux dans le besoin ? Et que faisais-je de mon existence ? Je survivais, c’était à peu près tout. Il semblait même que j’avais un certain talent pour la survie. Je ne voulais pas être utile à la société, je ne voulais pas servir mon royaume, aider les autres ; j’en avais déjà bien assez avec ma propre existence. Que voulais-je ?
Il me manquait quelque chose. Un but… Un but ? Il me manquait un but ? Fallait-il un but dans la vie pour être heureux, un objectif, un idéal ? Je n’en avais pas. Ou plutôt si : si le but de la vie était d’en trouver un, j’avais réussi.
 
Peut-être fallait-il que je chasse toutes ces idées et que je profite de la vie en simplicité. Peut-être.
 
« Non merci, je n’ai pas faim. »
 
Je relevai la tête et vis celle que j’avais presque oubliée, plongé dans mes réflexions métaphysiques abscondes. Je fronçai les sourcils ; lorsque quelqu’un vous offrait le couvert, c’était impoli de refuser. Enfin, je crois. Je n’étais plus très sûr de rien, dans un état de semi conscience abrutie, ou j’oubliais ou et qui j’étais certains instants pour ne faire que assister à ce qui se déroulait autour de moi. Je secouai la tête, comme pour remettre mes idées en place.
 
« Je voudrais juste… du rhum »
 
Je fus tout d’abord un peu incrédule ; cette phrase ne concordait plus du tout à l’image que je m’étais faite d’Aaku. Peut-être fallait-il que j’arrête de placer les gens dans des cases et que je cesse de généraliser…. J’avais déjà exprimé ici mon opinion sur l’alcool, et je me sentais désormais un peu honteux de voir la jeune femme en réclamer ; j’avais soudain envie de lâchement revoir mon jugement, comme si le fait que quelqu’un que j’étais en train d’assimiler comme proche en consomme. Mais je devais avouer qu’au vu de sa mélancolie, cela pouvait être efficace… Restait à voir si elle avait la bouteille triste ou joyeuse.
 
Je lui souris.
 
« Eh bien… D’accord. Je pense qu’il serait préférable que tu prennes ta commande par toi-même, sans qui ils risquent de me rire au nez. Mais je t’offre ta consommation. »
 
Peut-être voulait-elle rejoindre les autres clients dans leur hébétude béate et enivrée, et au fond, je la comprenais ; mais je ne souhaitais pas tomber là-dedans, sans quoi je n’en ressortirais plus. Aaku ne tarda pas à arrêter un jeune homme qui revint avec toute une bouteille de rhum, me faisant hausser les sourcils, mais je ne dis rien ; elle ne m’en proposa pas, et je lui en fus reconnaissante. On m’avait tout de même amené un peu d’eau, et je remplis mon verre pour trinquer avec elle. Tout en parlant, je m’interrogeais vers ou allait nous mener cette soirée.
 

« A notre santé ! »
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MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Dim 29 Déc - 10:09
« A notre santé ! »
 
Son verre était empli et manqua de se renverser quand elle cogna celui de son frère, tant elle était déjà déstabilisée avant de commencer même à goûter ce qu’elle avait commandé avec appréhension. Elle hésita un instant avant d’oser prendre une gorgée, peu sûre de son choix, de sa décision étrange prise sur un coup de tête.

Tu l’as voulu, oui ou non ?
Elle ne put éviter une légère grimace d’aversion, d’écœurement ; de surprise, aussi. Le goût était peu encourageant. Comment pouvaient-ils tous boire cela l’esprit léger, sans même une incertitude ? C’était une boisson d’hommes, pas une boisson faite pour les femmes frêles et stupides comme elle, c’était ce qui tournait sans répit dans sa tête. Mais elle voulait être à la hauteur. La première gorgée, la seconde, la troisième… le premier verre était simplement immonde. Mais pourquoi continuait-elle ? Pour prouver qu’elle n’était pas faible, pas chétive, peut-être. Prouver qu’elle pouvait faire comme tout le monde et s’amuser sans regret. Elle parlait avec son frère, continuait la conversation, comme si de rien n’était. Ça passait tout seul ; de plus en plus sa langue ne souffrait plus de l’alcool. Sa tête commençait légèrement à tourner, mais elle allait bien. Elle voulait juste parler, parler encore. Elle riait, se sentait heureuse.

Tu ressens enfin le bonheur ?
C’était euphorique. Etrange, mais agréable ; elle se sentait curieusement bien, ne regrettait pas. Elle racontait tout à son cadet. Elle commença par lui parler de ses voyages, ses aventures fantastiques. La mage n’avait-elle pas rencontré un Nain, un paladin, un changeling et un griffon ? Est-ce que le petit pouvait se rendre compte ? Elle avait rencontré un griffon, et pas n’importe quel griffon : une griffonne qui pouvait se transformer en femme quand elle voulait. Elle avait aussi ramené à la vie un paladin ! - enfin, ramené à la vie… il s’était réveillé lui-même mais ce n’était qu’un détail après tout.

A quoi bon utiliser un verre ? C’est déjà dans une bouteille !
La jeune femme  attrapa le récipient et le porta directement à ses lèvres. Le goulot était froid, mais elle n’en avait rien à faire : bientôt, il serait aussi chaud que sa bouche elle-même. Elle commençait à se sentir partir ; comme si une fatigue l’avait envahie en un instant. Elle gesticulait beaucoup, aussi… et puis, il faisait si chand dans cette taverne… Comment pouvait-elle avoir eu froid en rentrant ? Ses joues étaient rouges comme inimaginable.
Elle se sentait si mélancolique, de repenser à Sven et Faörih ; même si Sven, lui, il avait voulu la tuer alors que Faörih, elle voulait la protéger. Oui, un griffon qui protège une humaine ! Sans elle, après tout, elle serait peut-être  morte… Ah, combien de fois avait-elle bien pu risquer sa vie en ce monde… ? C’était si… horrible après tout… Même si elle avait rencontré des gens géniaux, elle se sentait toujours égoïste après ; elle était si faible. Mais tu sais, Samuel, c’était pour ça qu’elle faisait ça : pour prouver qu’elle valait quelque chose. Si, si, tu pourrais dire ce que tu voulais, elle avait quelque chose à prouver ce soir.
Les larmes commençaient à couler, mais elle n’était pas triste, si ? Probablement dans son petit cœur stupide et insignifiant. Elle repensait à Hinata, aussi, alors, c'était normal. Samuel, fais-lui un câlin... tu ne vois pas qu’elle te saute dessus pour que tu lui en fasses un ? Elle te pleure sur les genoux jusqu’à mouiller ta chemise ; c’était bête mais elle ne pouvait pas faire autrement après tout, c’était venu automatiquement. La solitude la pesait alors que la jeune femme totalement ivre était pourtant bien entourée. Non, elle n’avait pas envie d’aller se coucher, petit frère. Tu savais bien qu’elle ne voulait pas mal faire, mais la soirée n’était pas encore finie.

Aller dormir ? Pas question. Non, non, elle tiendrait bon, il restait un peu encore dans la bouteille carrée… Ah… Ah non, plus maintenant.

Pourquoi la bouteille que le barman m’a apportée est-elle plus petite que la première ?

Encore… Juste un peu… Pas tout, juste un peu…
La nausée la prenait soudainement. Elle… elle arriverait à tenir… Ou pas. Encore bien qu’il y avait un seau près du bar. On s’en fout que ça ait été pour nettoyer, tu préférais que ce soit sur la table, le gérant ?
 
On l’aide à se tenir, on la soutient pour ne pas qu’elle tombe.
Non mais vous allez me lâcher ? Je ne vous connais pas ! Laissez faire mon petit frère !
Mais ça allait aller, de toute façon, il ne fallait pas qu’ils s’en fassent, Aaku n’en valait pas la peine. Et même si son cadet était trop petit, il fallait qu’il se fasse des muscles aussi, hé ho. On la mit sur son lit ; il était si doux… Elle n’arrivait pas à l’apprécier pourtant, elle se tournait et se retournait sans trouver sa place. Pourquoi avait-elle fait ça ?
Reste avec moi, Samuel…

Le sommeil la gagna enfin… Il était temps… Elle craignait à peine endormie la journée du lendemain.
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis] Lun 30 Déc - 9:26
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Je ne savais pourquoi, quelque chose me disait que c’était l’une des premières fois, sinon la première que Aaku s’essayait aux boissons fermentées de ce type ; peut-être était-ce en voyant la tête qu’elle fit en avalant le liquide ambré, ou l’incertitude dont elle faisait preuve en tenant son verre. Cependant, je fus surpris de la détermination dont elle faisait preuve ; une simple adolescente – adulte en devenir, semblait-il – qui aurait goûté un tel breuvage pour la première fois et qui aurait esquissé une telle grimace en y trempant les lèvres n’aurait probablement pas descendu verre par verre presque l’intégralité de la bouteille ici présente. On y sentait presque un irrépressible besoin d’insouciance dans une personne qui à première vue était si anxieuse, et c’était probablement pour cela qu’elle buvait tant ; je devais bien avouer que se fondre dans l’ambiance joyeuse et enivrante – quoi que beaucoup trop bruyante à mon goût – de la taverne était une éventualité plutôt tentante, une sorte de raccourci jusqu’au matin. En quelque sorte, elle empruntait de l’allégresse au lendemain… Car une chose était sûre, elle allait le regretter dans quelques heures.
 
Nous trinquâmes alors avec force, tant que l’eau s’en alla presque se mélanger avec son rhum et elle but une gorgée balbutiante, sans conviction ; peu à peu, elle dût sentir le liquide agir sur son organisme et s’en emparer, sa chaleur brûlante l’envahir ; ou tout du moins, c’était ainsi que les livres le décrivaient : je ne tenais pas à consommer ce genre de boisson dans un avenir proche et je n’avais pas commencé.
 
Et si les « effets » de l’alcool ne se répercutèrent pas de manière concrète sur son comportement, elle se mit cependant à parler… A parler beaucoup, beaucoup, et à presque rattraper en quelques heures l’enfance que nous n’avions pas passé ensemble ; si Adam n’avait pas été un psychopathe fou-dangereux et terriblement ambitieux, ou si j’avais été adopté dans la même famille que Aaku, ou simplement si j’avais pu la connaître… Tout aurait été différent, et notre relation frère-sœur aurait été normale, malgré qu’un écart imposant nous aurait séparés : sept ans approximativement. Rien n’aurait été pareil. Elle était plus probablement d’ailleurs  ma sœur qu’à demi, car, en témoigne sa magie de l’eau, elle n’était pas issue de Molly, ma génitrice, mais bien d’une quelconque arcaniste hydrophile assez puissante pour attirer le dévolu de mon dangereux géniteur. Cela ne changeait pas que beaucoup de choses nous liaient, et que je devais lui apprendre quelques bricoles sur son passé et sur son père. Mais cela viendrait plus tard.
 
La soirée filait, les mots avec, et dans le récit épique et fantasmagorique de ses pérégrinations plus ou moins glorieuses, je souris en reconnaissant de par ses descriptions Drazh Thoragrim, le seul Nain que je connaissais, et que je connaissais bien, qui était à l’origine de l’arme et du fourreau qui pendait dans mon dos ; elle parlait de créatures changeforgmes, de griffons et de panthères, et d’hommes cuirassés qui revenaient d’entre les morts… Lorsque l’on comparait ceci avec mes expériences, elles n’étaient soudain plus si glorieuses, et je me sentis honteux d’avoir cru qu’une si frêle jeune femme puisse vivre d’aussi extraordinaires aventures.
 
Et puis… J’eus l’impression qu’elle perdit le fil de la soirée. De sa facette enjouée et bavarde, elle s’en alla vers une attitude plutôt mélancolique, son ivresse franchissant un nouveau pas au même instant où elle avait abandonné son verre, préférant le goulot plus accueillant et ergonomique de la bouteille elle-même ; je regrettai soudain de m’être plaint un peu du fait qu’elle parlât trop auparavant, car désormais, ses mots étaient moins nombreux, mais bien plus sombres. Entre ses déboires amoureuses et ses plus dangereuses expériences malgré elle, elle s’exprimait fort et moins bien qu’au cours de la journée ; son parler se fit hésitant et elle prit l’accent caractéristique des gens qui ont bu plus que raison et qui se mettent à considérer leurs mains comme des outils avancés de communications qui vont de pair avec la voie orale, et qui fonctionnent encore mieux quand on fait des grands gestes avec. Ses joues étaient vermeilles à l’instar de son nez, et elle s’évertuait à m’expliquer que si elle s’était mise dans cet état, c’était pour prouver quelque chose ; je ne cherchais plus à la dissuader de boire : saoule comme elle était, c’était inutile.
 
Elle m’avait ouvert ses bras dans un geste significatif et je vins l’étreindre maladroitement, peu rassuré ; mes craintes s’avéraient fondées car elle déversa toutes les larmes de son corps sur ma chemise qui finit trempé comme si j’étais resté sous la tempête – n’était-ce pas ce qu’elle était, après tout ? Un ouragan d’émotions qui passe du calme plat à la tornade en moins de temps qu’il ne le fallait pour le dire ? Je lui proposai timidement d’aller se coucher tandis que je ne savais pas quoi dire d’autre, la tête à moitié dans ses cheveux, et elle refusa gentiment mon offre ; il semblait que tant que il en restait dans la bouteille, il lui resterait de l’énergie – tiens, justement, elle était vide, il fallait en-
 
« Il m’en faut encore ! » cria-t-elle en interrompant mes pensées, manifestement à l’intention du tavernier. Il revint avec une bouteille pleine sans que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit et je fus bien obligé de payer. Avec ça, mes économies allaient être réduites de l’état de maigres à l’état d’enfant du bidonville –et je m’y connaissais.
 
Elle ne faisait de mal à paersonne mais…
 
Encore une fois, elle interrompit mes pensées en vidant ses entrailles dans un seau ; on avait passé une étape, et les clients du bar, qui auparavant tâchaient de faire la sourde oreille, nous jetaient désormais des regards désapprobateurs. Je savais ce qu’ils pensaient : comment pouvait-elle se mettre dans un tel état devant un si jeune homme tel que moi ? Mais je n’en avais cure, et à mon avis, cette expérience allait nous rapprocher plus que toute autre escapade ; car une fois sa gêne passée, elle n’aura plus peur de faire quoi que ce soit devant moi, car je n’avais déjà aperçu dans l’un des pires états dont elle pouvait faire preuve.
 
« Aaku, il faudrait aller te coucher, désormais. Ce n’est pas raisonnable. »
 
La soirée nous avait emporté si tard que les boulangers auraient appelé cela le petit matin, et il semblait que cela avait assez duré ; d’autres semblaient du même avis que moi, puisque tandis que j’allais payer une chambre au comptoir en déboursant mon dernier pécule, des hommes l’avaient soutenue et empoignée pour entreprendre de monter les escaliers avant que je ne puisse intervenir.
 
« Vous avez une chambre, toi et ta sœur, gamin ? »
 
Je lui désignai celle que le tenancier m’avait décrite et ils allèrent jusqu’à la poser sur l’unique lit de la chambre.
 
« La prochaine fois, fais y plus attention, d’accord ? »
 
J’allais réagir, lorsque sa remarque fit mouche : peut-être était-ce aussi un peu de ma faute. Mais Aaku n’avait rien fait de grave et son seul problème le lendemain allait être un solide mal de crâne. Le lit était double, mais sans prendre la peine de se déshabiller, elle s’était emparée de toute la place disponible ; j’aurais pu lui ôter au moins l’essentiel de ses vêtements, mais je n’en avais pas la force et nous n’étions pas assez proches pour que j’entreprenne un tel acte, alors je me contentai de ses chaussures et de sa veste avant de la laisser au fond des draps dans lesquels elle s’était laissé engloutir instantanément. De toute façon, il était bien trop tard – ou tôt – pour que j’aille me coucher, alors je me contentai de m’installer à la fenêtre pour regarder le soleil se lever.
 
Je lus un peu et je pense m’être assoupi un instant ; j’aurais aimé pratiquer le violon, mais craignais de troubler son sommeil réparateur et profond. Je descendis juste une fois au cours de son somme, allant m’enquérir de récupérer le petit déjeuner qui était compris dans la location de la chambre – que nous devions quitter avant le soir – pour en manger ma part et laisser les restes refroidis sur la petite table qui composait en partie l’ameublement sommaire de la pièce.
 
Lorsqu’elle s’éveilla, le soleil de midi nous avait quitté depuis quelques temps, et il devait être quatre heures ; les cheveux on ne pouvait plus flous et ébouriffés, elle s’appuya à bout de bras sur son matelas de ses membres tremblants pour me regarder l’œil vitreux et la mine pâle.
 

« Alors, bien dormi ? » fis-je, un sourire mutin aux lèvres.
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Passés et avenirs [Aaku Bellford; Samuel Michaelis]

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