avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Jeu 15 Aoû - 10:57
Ma vie est faite de récits héroïques, de chansons épiques, de hauts faits clamés au travers des vers à la structure complexe qui forment les Eddas poétiques traditionnels ; je suis une Skalde ainsi que l'entendaient les anciens. Je n'ai d'autre vocation que de marcher aux côtés de ceux dont l'Histoire retiendra le nom que le temps rendra flou, et qu'il est de mon devoir de rappeler.
J'ai soif d'aventures. Une soif vitale et essentielle, car je fus frappée enfant d'une malédiction ; mais ceci est une autre histoire.

Pour l'heure, j'arpentais les routes gelées de Midgard en ronchonnant contre le mauvais temps. Le trajet de Lumia à Asunia n'avait rien d'un périple extraordinaire, mais je n'avais jamais aimé crapahuter et ce n'était pas prêt d'arriver (moi non plus d'ailleurs, étant donnée l'allure à laquelle j'allais) ! Surtout, surtout, si j'avais dû me passer de petit-déjeuner. Il y a des concessions que même l'appel de l'aventure ne mérite pas, et qu'on est parfois obligé de lui faire. Évidemment, si je m'étais abstenue de monter sur une table le soir dernier, d'autres soûlards se seraient abstenus de m'imiter, et moi je n'aurais pas non plus eu à la rembourser ! En fin de compte, c'est bien ce qui était arrivé : je ne l'avais pas remboursée. Mais seulement parce que j'avais pris la poudre d'escampette quelques heures avant le petit matin... et donc, pas de petit-déjeuner.
La vie est injuste.

En-dehors de ces considérations existentielles, j'étais bien obligée d'admettre qu'au fond, j'étais d'excellente humeur (et je vous prie de croire qu'un tel aveu m'en coûte, lorsque j'ai décidé de râler). Une brise sèche et froide soufflait autour de moi, mais loin de m'être désagréable, elle m'évoquait le souffle glorieux des montagnes qu'il m'avait fallu escalader par le passé. Les souvenirs des vastes vallées gelées me revenaient, toujours aussi nets, toujours aussi limpides. Le ciel hivernal renvoyait la plaine à sa propre immensité, reflet artistique d'un monde enterré sous la neige des nuages. Les dieux nous ont abandonné, disaient certains. Peut-être, peut-être pas. Qui saurait le dire ? Qu'est-ce que l'abandon d'un panthéon ? Ne peuvent-ils revenir si l'envie leur en prend ? Lorsque je regarde la voûte opaque qui me domine, je ne vois rien qui m'assure de leur absence. Et pourtant, dans la beauté d'une tempête déchaînée, ne retrouve-t-on pas la volonté antique de dieux qui, jadis, créèrent ces éléments par leur volonté ? Ce monde n'est-il pas le fruit de leur envie ? Alors, que parlez-vous d'abandon ! La marque des dieux est omniprésente ici-bas.

Ma vision des choses allait bien souvent se heurter à celle de l'église et je faisais montre envers les ecclésiastiques d'une rare irrévérence. Cela faisait partie de mon caractère facétieux et emporté, de même que la chose était à l'origine d'un certain nombre de mes ennuis passés.
Mais n'allons pas se gâcher la journée avec des pensées négatives...

Aujourd'hui était un grand jour ! J'avais entendu parler de cette petite fille qu'un loup-garou aurait mordue, et qui se retrouvait à son tour frappée par la malédiction lunaire. Prenez un mythe, ajoutez-y un soupçon de résurgence, une réalité tirée de l'imaginaire populaire, et je rappliquais ventre à terre constater ce qu'il en était. C'était la raison de ma venue à Asunia, et je pariais mes prochaines rentrées d'argent que j'allais en être pour mes frais !
En parlant d'argent, je jetais un œil dépité à la bourse de cuir pendue à ma ceinture. Désespérément... plate. Je gagnais assez bien mes soirées en fréquentant les auberges ou tavernes, de la ville ou de la route, narrant certaines histoires de mon répertoire : mon don de Skalde me conférait le pouvoir de rendre le récit plus vivant que n'importe quel autre barde, et le public n'y était jamais insensible. Mais d'un autre côté... je le dépensais presque plus vite que je ne le gagnais, or je ne me produisais pas tous les jours. Autant dire que mon penchant flambeur s'en retrouvait régulièrement frustré, ce qui, d'un autre côté, valait peut-être mieux pour l'économie locale. N'allons pas causer une déflation.

Je ris de mes propres pensées saugrenues, du rire chaleureux et vibrant des innocents. Oui, ce voyage à Asunia allait être une belle opportunité, j'en avais l'intime conviction.


***
« Mais poussez-vous, nom de nom ! » grognai-je en démentant mon commandement, m'ôtant vivement du trajet de la carriole qui manqua m’aplatir. La cité était plus bondée que je ne l'aurais cru, mais quoi de plus logique ? Il s'agissait de la capitale, après tout.

Ceci dit, j'aurais été plus heureuse s'il y avait eu moins de... moins de tout, en réalité. Badauds, charrettes, gardes, crieurs et gamins en tous genres ; la ville m'insupportait. J'étais une amoureuse des grands espaces, de l'air libre et sauvage des étendues, pas de celui encombré des rues que nul vent ne vient secouer. La tête m'en tournait légèrement, et j'avais un mal absolument hallucinant à m'orienter. Il me fallut plusieurs heures pour réussir enfin à trouver le quartier où était censés habiter l'homme et sa fille atteinte de lycanthropie, ce qui amena l'horloge à pointer plusieurs crans après midi. Autant dire que j'avais des traits plus fermés que la bourse d'un honnête marchand, tant mon estomac s'ingéniait à me rappeler combien j'aimais profiter de repas réguliers.

Excédée, je finis par me rendre à l'auberge la plus proche, répondant fièrement au nom de Dragon Vert (à mes yeux cependant, l'animal de l'enseigne ressemblait davantage à une fouine malade, ce qui n'augurait rien de bon quant à la qualité du service). Je n'étais toutefois pas une fine bouche, surtout avec l'impression d'être en train de mourir d'inanition, et poussais sans réserve la porte de l'édifice. La chaleur de l'endroit contrastait aimablement avec la froidure relative de l'extérieur, comme pour me conforter dans ma décision ; et de fait, c'était aussi bondé dedans que dehors. Du monde, encore du monde. Les gens ne pouvaient-ils pas aller voir ailleurs si j'y étais, ne serait-ce que quelques minutes ?!

Remisant mes récriminations misanthropes au fond de mon esprit, j'allais signaler ma présence au tenancier, ainsi que mon appétit pressant. Sans satisfaire plus que de raison à la plus élémentaire courtoisie, c'est à dire en ignorant complètement ses formules de politesse, j'allais m'installer dans un coin qui semblait un peu plus dégagé que les autres. Et pour cause.
Mes yeux s'arrondirent légèrement lorsqu'ils se posèrent sur l'ours qui faisait comme un rempart de griffes et de fourrure entre la table derrière l'animal et le reste du monde. Ladite table était d'ailleurs occupée, par une jeune femme dont l'apparence me frappa : ses cheveux avaient la couleur d'un solstice d'automne et faisaient détonner les iris de ses yeux, que j'aurais juré empruntés à la mer du Sud. Ajoutez-y le bandeau de fil d'or ceignant son front ainsi que l'épaisse armure frappée d'un lion d'or masquant sa silhouette, et vous la trouviez aussi lumineuse que j'étais sombre, dépenaillée dans mes atours échancrés, noir sur mauve. Ceci dit, son familier ménageait un espace bienvenu avec le reste de la clientèle, et j'avais très franchement besoin d'air. Qu'elle ne recherche aucune compagnie n'avait guère d'importance à mes yeux : j'allais m'installer là, et puis c'est tout.

Le grognement de son ours, lorsque je vins m'asseoir à l'autre bout de la table sans autre forme de procès, aurait pu mettre en déroute une meute de loups avides : pas une Lucartë qui avait raté le petit-déjeuner ET le déjeuner. C'était la mort prompte entre ses griffes épaisses comme des couteaux ou la mort lente par la faim (du moins en avais-je le très vif ressenti), alors...
Je me contentais d'un
« Ne faites pas attention à moi » lancé d'une voix sèche en guise de conciliation, sans trop qu'on puisse déterminer si je m'adressais au plantigrade ou à sa maîtresse.
Un instant plus tard, on déposait devant moi une assiette fumante remplie d'un ragoût dont j'aurais été bien en peine de déterminer la nature, ce qui ne m'intéressait pas vraiment par ailleurs. Des étoiles de convoitise s'allumèrent au fond de mon regard.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Jeu 15 Aoû - 22:29
Tubalcain la grande nous avait accueilli le temps de quelques jours, dans sa surface démesurée et ses édifices modernes, et malgré tout le mal que nous en disions à longueur de journée, si l’on omettais la pollution épaisse et suffocante qui y régnait et masquait le froid soleil hivernal, dont les pathétiques rayons ne parvenaient à sécher les feuilles et branches des rares arbres de la ville, blanchis par le givre de cette nuit, la cité restait d’une impressionnante grandiloquence ; le solstice d’hiver n’était plus qu’un lointain souvenir, et malgré que le printemps était censé s’être installé il y a de cela quelques semaines déjà, les vents secs et frais soufflaient toujours, me rougissant les joues et le nez. A mon grand regret, la neige n’était plus au rendez-vous, remplacée par de vulgaires gelées nocturnes suffisantes pour faire bougonner les Nains qui déambulaient, lourdement couverts, et qui me jetaient d’hostiles regards sous leurs écharpes, convaincus de mes origines humaines. Quelle importance, de toute manière ? Ils étaient tous laids et rabougris, et auraient pu être mon père ; c’était probablement la vue de cette population disgracieuse qui me poussait à quitter bien vite ce ramassis d’édifices modernes et puants, si loin des monts de la Lame et des plaines enclavées du Monastère, ou bien la pauvreté du marché aux puces lorsque l’on le comparait à celui de Shor, visitée plus tôt. Peut-être était-ce simplement mon envie d’harmonie et de beauté qui n’était nullement des plus comblées chez les Nains ; d’aucun ne m’avait sollicité pour mon travail également, disposant de bien assez de forgeron en ces lieux qu’il me fallait quitter sous peine de perte de temps économique.
 
Le voyage fut des plus longs, le rythme de marche imposé par mon armure convenant parfaitement à celui d’Adélaïde chargée de tout mon attirail de forge, des plus légers pour ce type d’outils, mais ils n’en restaient cependant encombrants, ralentissant l’allure à une marche plus lente que celle que j’aurais espéré. Nos réserves, fort heureusement, avaient été prévues de manière large, le ravitaillement à Shor et Tubalcain en viande séchée, pains et fruits secs nous ayant permis de nous assurer un voyage conséquent ; cependant, je n’étais pas idiote et me rendais bien compte que l’ourse, en cette sortie d’hivernation, et vu la manière dont elle engloutissait ses rations, en désirait plus et toujours plus, ayant pour but de réapprovisionner son stock de graisses, déjà en prévision de l’hiver suivant. Cependant, les grandes cités avaient semblé fuir notre trajet, et les plaines ici présentes qui s’ouvraient à nous dans leur étendue plane et vide et leur horizon si vide de relief n’étaient que parsemées de minuscules bourgades pauvres en échoppes ; certains paysans parlaient d’une certaine Lumïa, mais si cité merveilleuse il y avait, elle n’avait pas souhaité apparaître sur notre itinéraire. Par un instinct indescriptible, la chaîne de montagnes, au loin, malgré que ridiculement petite comparée à la Lame, attirait mes pas, et j’appris plus tard qu’il s’agissait des pics sur lequel se trouvait Asunia ; le reste du voyage jusqu’à cette cité étant encore plus banal et sans intérêt certain, je ne le coucherais pas ici, et ferai des économies d’encre et de papier.
 
Toujours était-il que c’était fourbu et affamée de bonne chère que je passai les murailles de la grande capitale de Rune Midgard, sans problème au près des gardes par mon statut de forgeronne itinérante, peu certifié par l’absence de travail durant mon périple ; mais je ne manquerais pas, après un petit tour en touriste, de me trouver un emplacement libre au marché pour y proposer mes services. Cependant, actuellement, le soleil de midi m’éclairait dans son zénith insipide et, n’écoutant que mon ventre gargouillant, je me hâtai vers une quelconque auberge ; Adélaïde, dans sa masse brune de poils et de griffes, m’offrait, certes, une absence de badauds envahissants autour de moi lorsque je progressais dans les rues, cependant, je mis un certain temps à dénicher un établissement nous acceptant toutes deux ma sœur et moi-même, et ce fut dans la première qui s’offrait à moi que je me glissai. « Au dragon vert », telle se nommait-elle, et je n’osai pas trop m’attarder sur la fraîcheur de la façade ou de l’enseigne… A cheval donné, on ne regardait pas la denture.
 
Un coin de l’auberge, bondée à souhait, était resté vide, uniquement occupée par un pauvre homme maigrichon qui grignotait un morceau de pain, comme replié sur lui-même ; je m’assis non loin de lui en souriant, et Adèle en fit autant… Cependant, la plupart des gens interprétaient mal ces manifestations amicales, car en guise de sourire, l’ourse étirait les babines, et le malheureux s’en alla sans dire un mot vers un autre coin de l’auberge, ce qui n’était pas si mal au fond. Il était vieux et laid. Le tenancier ne m’avait interpellé pour prendre connaissance de ma commande, peut être un brin intimidé, et je n’y avait même plus pensé, trop absorbée par la gazette que le vieillard avait abandonné sur le banc ; passant immédiatement la partie politique, ce fut une petite annonce qui attira mon attention, traitant de loups garous et de petite fille, ravivant ma curiosité comme une feuille de papier rallume soudain un feu mourant.
 
« Ne faites pas attention à moi »
 
Une voix me fit relever la tête, féminine, et c’était bien la première à oser s’installer aux côtés d’Adélaïde. En premier lieu, ce fut son visage qui me frappa, tant qu’il m’est difficile de le décrire ici. Ses iris hypnotisants, dorés comme le soleil, m’avaient fixé un instant avant de se détourner, faisant danser ses mèches noires et fines, semblable au plumage des corbeaux, si sombre à l’image du reste de sa personne ; je m’attardai un instant sur ses lèvres, belles et violettes sombre, et ainsi que sur sa peau, sur ses formes le temps d’un regard furtif… Je pense que c’est pour cette raison que je ne remarquai qu’elle avait reçu un repas et que l’ourse semblait s’y intéresser de plus en plus, jusqu’à le renifler pour ensuite l’engloutir d’un seul assaut, suivi de quelques coups de langue pour racler le plat. Je ne sais si je rougis à cause d’Adèle ou si c’était car j’allais devoir m’adresser à elle ; en tout cas, je ne faisais plus attention du tout au tenancier qui arborait un regard mécontent derrière son comptoir.
 
Euh… Je peux t… Enfin, je devrais vous rembourser… Euh…
 

Je ne savais ou était passé ma superbe et mon espièglerie, soudain évaporée lorsque j’avais du lui parler. Pour joindre le geste à la parole, toujours rougissante et tête baissée, je faisais mine de chercher ma bourse, alors que j’en connaissais parfaitement l’emplacement ; peut-être pour gagner un peu de temps, je ne savais pas… J’en extrayait une somme largement suffisante pour la poser dans la main de la jeune femme – et non pas sur la table, car ainsi, je pus la frôler – et me levai pour commander deux repas tandis qu’Adèle se pourléchait les babines ; ils ne tardèrent à arriver, et j’offris le deuxième à l’inconnue, tandis que mon esprit de Naine au fond de moi me disait que j’avais fait une erreur de calcul ; je tus cette petite voix et m’appliquai alors très sérieusement à déguster mon ragoût, activité me permettant de ne pas relever la tête et mes joues rougies.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Ven 16 Aoû - 1:16
Je me félicitais de toujours avoir le bon mot face à mon interlocuteur, quel qu'il soit (et ça valait mieux, pour quelqu'un qui se prétendait conteuse), mais devant un ours qui engloutit votre repas en deux coups de langue et un coup de truffe, avouez qu'il n'y a pas grand-chose à dire. Mes yeux s'arrondirent comme ceux d'un cyclone, ma bouche en fit de même et je me retrouvais à fixer l'animal d'un air qui hésitait entre la haine assassine et le fou-rire incontrôlable. Il y avait une sorte de... d'innocence enfantine... au fond des pupilles du plantigrade, une sorte de candeur qui m'empêchait de me sentir vraiment lésée.
Ce n'était toutefois pas l'avis de mon estomac, qui hurla au meurtre (ce qui m'attira une grimace penaude).


Euh… Je peux t… Enfin, je devrais vous rembourser… Euh…

Qu'est-ce donc ? La gêne et le malaise s'exprimaient ici dans chaque lettre, dans chacun des gestes qu'elle esquissait en cherchant je-ne-savais-quoi parmi ses affaires. D'affaires, je m'aperçus alors qu'elle transportait en réalité un vaste attirail d'outils. De forgeron, peut-être ? Je n'étais guère à l'aise avec ces choses et préférais ne pas m'aventurer. Là où je me sentis plus en terrain connu, en revanche, c'est lorsqu'elle posa dans ma main une poignée de pièces dont le montant dépassait d'assez loin ce que représentait le repas englouti par son familier. Après quoi elle se leva, direction le comptoir : je la suivis des yeux, sourcils froncés.

Intrigante. Très intrigante.


« Bon, et toi, ne me refais plus jamais un coup pareil ! » fis-je en me tournant vers l'ourse, agitant un index menaçant sous ses babines étirées et me moquant bien des regards interloqués que certains clients me jetaient. « Essaie seulement de réitérer l'expérience, surtout avec ma personne, et je te fais griller à la broche. Je me suis toujours demandée si... »

A mesure que je parlais, les crocs de la bête se dévoilaient de plus en plus, en une parodie de sourire (ou, selon certains, en un rictus carnassier de plus convaincants). Peut-être la jeune femme me sauva-t-elle la main, voire le bras, en revenant s'installer et déposant devant moi une nouvelle fournée, en faisant de même à son sujet. Je me raidis quelque peu en reculant au fond de mon siège, vaguement troublée.

Elle m'avait déjà remboursée, pourquoi maintenant en faire tout un plat ?
Mon jeu de mot intérieur me fit sourire bêtement, et je dû me faire violence pour reprendre une expression plus sérieuse.
Je me retrouvais là devant un dilemme : rendre l'argent ou rendre la nourriture. Pour quelqu'un d'aussi affamée et vénale que je l'étais, il s'agissait d'un véritable écartèlement moral. Pas une seule seconde ne m'effleura l'idée de conserver les deux ; ou... peut-être bien une seconde, en effet, mais guère plus.

J'eus cette fois un véritable sourire, malicieux, qui se refléta au fond de l'ambre de mes yeux lorsque je les rivais à ceux de ma compagne de table. J'ouvris la main et la tendis, lui présentant les pièces qu'elle m'avait offertes ; je lui parlais, mais les mots qui sortirent de ma bouche étaient gorgés de magie. Mon pouvoir était comme un fauve, que personne et moi encore moins que les autres ne saurait mettre en cage, et qui bondissait parfois aux moments les plus imprévus : nulle bride sur son cou, nul mors à sa mâchoire.


« Connaissez-vous Völund, l'Ase forgeron ? Jadis il s'endormit du sommeil que seul un dieu peut connaître, et un roi audacieux en profita pour le capturer. Ce souverain lui trancha les jarrets pour qu'il ne puisse s'enfuir, et le força à forger des pièces pour lui. A forger tout un trésor. »

J'étais à même de créer dans notre présent, dans notre monde, un reflet des légendes d'antan. Bien qu'il fût parfois mortel, c'était un don de poésie avant tout : un don qui servait à rendre notre réalité plus belle qu'elle ne l'était. Au fil de mes paroles, chuchotées d'un ton espiègle, l'argent qui se tenait au creux de ma main se mettait à luire discrètement. On pouvait maintenant déceler dans ses reflets de mercure la silhouette d'un homme immense, frappant l'enclume, dominant le métal. Dans chacun de ses gestes était emprisonné un secret de forge... et le rythme en était hypnotique : c'était la musique brutale de la création, à la séduction rude et simple.
Jusqu'à ce que je renverse la monnaie dans sa main à elle que je venais de saisir, rompant le charme :


« Et il lui est arrivé pas mal d'ennuis, à cet homme. Mais ça, ce sera pour une autre fois » fis-je d'un ton indolent en haussant les épaules.

Il était temps de m'intéresser enfin à mon repas, comme me le soutint mon ventre d'un gargouillis décidé : ce à quoi je ne tardais pas à obtempérer, non sans avoir jeté un regard méfiant à l'ours et abritant mon repas d'un bras protecteur.
Ma voisine pouvait bien me dire tout ce qui lui passait par la tête : ce moment était sacré et il était hors de question que je sacrifie une seule seconde destinée à me sustenter en faveur d'une discussion qui, pour l'heure, aurait été oiseuse.
Lorsque la dernière miette disparut finalement, je m'autorisais un petit soupir d'aise. Je me sentais revivre, et le regard que je promenais sur les alentours s'était fait plus aimable qu'à mon arrivée en ville. Il s'attarda même sur, remarquai-je seulement maintenant, le journal qui reposait à côté de cette brune guerrière en armure. Lisant même à l'envers, ou dans tous les sens que vous voudrez (un autre de mes innombrables talents de Skalde), je fus à même de remarquer le mot "lycanthropie" sur l'un des articles. Je tapotais alors le papier d'un index intéressé :


« Vous l'avez lu ? Car je viens pour cette histoire, je ne suis pas vraiment... d'ici » confiai-je comme s'il s'agissait du plus grand secret du monde. « Une petite fille mordue par un loup-garou, virant elle-même à la bête sauvage... diablement fascinant. D'ailleurs, l'enfant en question n'habite pas très loin d'ici, ce qui évitera à mon sens désastreux de l'orientation de me jouer trop de tours (ou détours, pourrait-on dire). Je vais donc... et bien... me lever... »

Je joignis le geste à la parole, prenant conscience de l'étrangeté de mon attitude.

« Et m'y rendre de ce pas. Vous savez où je peux trouver un calendrier lunaire ? »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Ven 16 Aoû - 7:22
Tandis que j’étais allé commander les plats au comptoir sous l’œil réprobateur puis ravi du tenancier – au final, nous avions commandé trois repas au lieu de deux – j’avais ouï que la jeune femme s’adressait à Adélaïde, comme l’on s’adresse à un gentil chien que l’on croise dans la rue, sans réelle conviction ; cependant, en ce moment même, elle parlait à feu ma sœur, partagée entre son corps d’ourse et son propre esprit, et, en cette sortie d’hivernation, intelligence humaine ou non, la faim la tiraillait, et je doutais même qu’elle s’e soit rassasiée de l’assiette qu’elle avait englouti. Je revins donc avec entre mes mains deux plats fumants en tout point identiques à ceux de la jeune femme il y a peu – à croire qu’ils les produisaient en série – et en posai doucement un après d’elle, allant m’asseoir à ma place, juste en face, avec mon ragoût. Au vu de ses sourcils froncés, elle aussi avait remarqué ma petite « erreur de calcul », tout comme moi, et j’ignorais pour quelle raison je ne l’avais signalée ; ce n’était pas de la timidité, ou plutôt pas de la manière ou j’ai l’usage de l’entendre… Plutôt… Je ne sais pas. Elle releva la tête et me souris, agissant comme une lampée d’alcool à ma gène brûlante auprès d’elle, sentiment toujours inexpliqué qui avait auparavant, lentement mais sûrement, commencé à décroître ; peut-être était-ce simplement car elle était si belle, ou si diamétralement opposée à mon physique, ou peut-être encore car elle m’attirait et que… Bref. Je me sentais idiote, dans la peau d’une jeune adolescente en pâmoison devant le premier garçonnet passant ; certes, je m’étais déjà amourachée pour un ou deux hommes, mais, outre le fait que cette passion ne durât pas, rien ne fut jamais si fort (je dois avouer que plus j’écris dans ce carnet, plus je me sens ridicule à écrire tant de choses à l’aspect futile). Le fait que mon cœur s’emballe pour une femme ne m’étonna même pas, à vrai dire, et ne me faisait ni chaud ni froid ; qu’est-ce que ça changeait, au fond ? Peut-être allais-ce déplaire à mon père, mais quelle importance ? Ce fut sa voix, sa jolie voix si envoûtante qui me rappela à l’ordre, hors de mes élucubrations émotionnelles, me forçant à lever les yeux vers les siens et à constater que je rougissais toujours ; buvant ses paroles, je m’appliquai à retrouver de ma joie de vivre et mon absence de timidité habituelle, tâche des plus ardues tant que je conservais mon regard fixé sur son beau visage.
 
« Connaissez-vous Völund, l'Ase forgeron ? Jadis il s'endormit du sommeil que seul un dieu peut connaître, et un roi audacieux en profita pour le capturer. Ce souverain lui trancha les jarrets pour qu'il ne puisse s'enfuir, et le força à forger des pièces pour lui. A forger tout un trésor. » 
 
Son timbre, indescriptible, magique, envoûtant, m’emmenait loin, très loin, n’importe où, dans les montagnes de la Lame, dans la forge de mon mentor, à la forge divine d’Asgard, et je parvins enfin à décrocher mon visage de ses iris pour quelque chose d’encore plus beau, d’encore plus incroyable : dans ses mains, les pièces, mes pièces dans l’instant présent, luisaient d’un éclat étrange, animées d’une ombre d’homme, grand, immense, battant le fer comme tout bon forgeron sait le faire, dans sa majestueuse silhouette ; bien sûr, c’était la jeune femme qui les animait, mais avec une telle absence de changement dans son expression, son sourire, que j’avais peine à y croire. Soudain, le charme fut rompu, pour quelque chose qui me fit à nouveau m’emballer comme une jeunotte : elle s’était emparé de ma main pour y glissez les piécettes, sonnantes et trébuchantes.
 
« Et il lui est arrivé pas mal d'ennuis, à cet homme. Mais ça, ce sera pour une autre fois »
 
Sa connaissance des légendes semblait grande, allant probablement de pair avec le don que possédait sa voix pour charmer et emmener l’auditeur au creux de ses épopées, et je me sentais toute petite à ses côtés, malgré que je pouvais sans trop de vantardise m’autoproclamer connaisseuse en mythes religieux ; Le Monastère, en effet, était l’une des cités les plus propices à la voie ecclésiastique et aux contes mythologiques, ainsi que la ville dans laquelle je me trouvais à cet instant, Asunia tenant la réputation d’être l’un des rares royaumes ayant gardé la foi. Imitant mon interlocutrice, je m’appliquai à finir mon repas rapidement, calmant ma faim et ravivant légèrement mes forces épuisées par le voyage. A peine avais-je terminé ma tâche que la jeune femme dont il me tardait de prendre connaissance du nom qui lui avait été donné avait attiré mon attention, tapotant du bout des doigts le journal trônant à mes côtés.
 
« Vous l'avez lu ? Car je viens pour cette histoire, je ne suis pas vraiment... d'ici. Une petite fille mordue par un loup-garou, virant elle-même à la bête sauvage... diablement fascinant. D'ailleurs, l'enfant en question n'habite pas très loin d'ici, ce qui évitera à mon sens désastreux de l'orientation de me jouer trop de tours (ou détours, pourrait-on dire). Je vais donc... et bien... me lever... Et m'y rendre de ce pas. Vous savez où je peux trouver un calendrier lunaire ? »
 
Comme si j’allais la laisser partir d’ici… Je ne sais pas ce qu’elle s’imaginait. Rassemblant le peu qui me restait de mon caractère habituel, j’inventai rapidement un prétexte pour l’accompagner.
 

En réalité, je m’étais intéressé à cette gazette précisément pour cette annonce, et peut-être serait-il plus aisé de l’accomplir à deux… Enfin, je veux dire… Cela peut être dangereux, et sans vouloir vous vexer, je… Je ne voudrais pas qu’il arrive malheur à une belle jeune femme telle que vous… 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Ven 16 Aoû - 9:01
Soit le hasard faisait les choses trop bien pour être tout à fait honnête, soit cette fille sautait sur les occasions plus prestement qu'une lionne sur une gazelle boiteuse. Quoiqu'il en soit, je fronçais à nouveau les sourcils en écoutant sa suggestion timide. Je n'avais jamais prévu de me rendre sur place autrement qu'en solitaire, mais d'un autre côté, négocier avec un loup-garou (même âgé de huit ans) ne faisait pas vraiment partie de mes spécialités. Mon interlocutrice en revanche, se faisait accompagner d'un ours qui me paraissait adulte et, de surcroît, avait tout d'une guerrière, de son armure richement décorée à son marteau d'aspect tout à fait fonctionnel. En fait, sa proposition finit par amener un sourire mi-amusé, mi-ironique sur mes lèvres : j'avais quelques pistes sur la façon dont on pouvait se débarrasser de la lycanthropie, du moins en parlaient-elles certaines légendes de ma connaissance. Et cette jeune femme prétendant m'accompagner aurait tout son rôle à y jouer...

Néanmoins, la façon dont elle avait présenté les choses était pour le moins suspecte. A peine ambigüe. Me faire reluquer faisait parfois un peu partie du métier, je devais bien l'avouer, mais par une femme ?
Bah ! tant que son ours ne venait plus fourrer sa truffe luisante dans mon assiette, je n'avais pas grand-chose à redire au fait qu'elle me côtoie.


« Si ça peut vous faire plaisir » acceptai-je d'une voix suave. « Venez, partenaire, j'ai quelques petites choses à voir avant que nous ne rencontrions l'heureux père d'une petite prédatrice monstrueuse. Et d'ailleurs, vous pouvez m'appeler Lucartë. Lucartë Lumisia. »

Le nom n'avait rien de très nordique et j'en étais la première marrie, mais que voulez-vous ? Je n'avais pas choisi. J'ouvris donc la marche jusqu'à la porte de l'établissement, le temps que ma nouvelle compagne d'aventure ne rassemble son fourbi et, m'aperçus-je avec une pointe de surprise, n'en charge son familier. En voilà, une bête bien pratique.
Tandis que nous fendions littéralement le flot de la foule (et je pouvais déjà apprécier l'avantage que me procurait celle, appris-je, qui se prénommait Ève : ce n'était plus moi, mais bien les passants qui s'écartaient désormais du passage), je me mis à observer soigneusement la devanture des échoppes. J'en recherchais un type bien particulier que j'avais appris à repérer et qui ne courait pas les rues, mais la capitale était assez grande pour en abriter plusieurs, j'en étais convaincue ; et de fait, il ne me fallut guère plus d'une dizaine de minutes pour jeter mon dévolu sur une petite boutique ne payant pas de mine, à la vitre trop grande et crasseuse. Comme attendu, une certaine atmosphère de fraîcheur régnait à l'intérieur, car le propriétaire n'avait pas les moyens de réchauffer tout ce que sa vaste vitrine laissait passer de froidure : ce n'était toutefois pas là un détail très important. Un hétéroclite capharnaüm régnait en guise d'étal, dans lequel je voyais un monde plein de trésors et de secrets que, malheureusement, je connaissais probablement pour la grande majorité. Il y avait là une multitude d'écrits, de statuettes et d'objets brisés qui étaient liés d'une façon ou d'une autre à un mythe de Midgard. Ces magasins de petite envergure se faisaient discrets dans les quartiers, relégués au rang de bizarrerie marchande par la population. Mais moi, j'y trouvais exactement ce que je cherchais : les levées et descentes du cycle lunaire, sous la forme d'un parchemin vieillot quoique parfaitement calligraphié. J'en fis l'acquisition au prix de ce qu'il me restait de piécettes, et me surpris à espérer que ma quête mêlerait l'utile à l'agréable, à savoir une récompense substantielle au terme de tout ceci.

Ce n'était cependant pas le moment de s'en soucier, et je me tournais vers ma brune camarade avec un sourire éclatant :


« Voilà qui pourrait nous éviter quelques surprises. La pleine lune ne surviendra pas avant cinq jours, ce qui nous laisse une certaine marge de manœuvre. »

Évidemment, sur le coup, je ne remarquais pas mon erreur : la prochaine pleine lune était pour bien plus tôt que dans cinq jours... je devais en rire par la suite. D'un rire jaune.

« Maintenant, suivez-moi : je sais où se trouve notre père en détresse. »

C'était une affirmation aussi présomptueuse que confiante, mais ce n'était pas ça qui allait m'arrêter. Aussi sortis-je de l'échoppe d'un pas décidé, pour guider Ève dans les ruelles du quartier populaire à la recherche de l'adresse indiquée. Et là, de deux choses l'une : ou bien elle n'osait pas me contredire, ou bien elle avait elle-même un sens de l'orientation digne d'une taupe lâchée en plein désert, car elle ne corrigea aucunement le trajet que je choisissais pour nous deux - nous trois, en comptant son ours. Il est probable que s'il prenait l'envie à quelqu'un de tracer à main levée notre parcours sur une carte de la cité, le dessin ressemblerait alors à un infâme gribouillis proche de la crise de démence. C'est plus par hasard que talent que je trouvais finalement la demeure indiquée, vieille et petite bâtisse mal entretenue coincée entre deux habitations de moins modestes dimensions : c'est Ève qui me la signala, au moment où je m'appuyais contre un muret, passablement étourdie par le flot humain alentour.
Je ne digérais vraiment pas cette ville. Ou peut-être était-ce le ragoût.


« Ah, je savais bien que c'était par là » fis-je alors remarquer avec satisfaction.

Un instant plus tard, j'entrais sans aucune gêne.
La première chose qui me frappa fut l'obscurité. Prégnante, omniprésente, elle semblait être ici depuis une éternité : je perçus une odeur de vieux bois fatigué avant d'apercevoir les meubles, qui avaient dû être de bonne facture mais que le temps avait fini par faire gondoler. De rares fenêtres laissaient s'écouler des cendres de lumière ici et là, comme délimitant un chemin dont on nous défierait de nous éloigner. Aucune tapisserie n'habillait les murs scarifiés de quelques fines lézardes, aucun tapis ne venait masquer la poussière du sol. Pour un peu, l'endroit aurait pu paraître inhabité, si ce n'est le bruit de pas précipités qui se fit entendre juste après notre entrée. Un homme apparut alors en haut d'un escalier qui se tenait à droite du vestibule d'entrée : grand, émacié au point d'en paraître dégingandé, il avait manifestement connu des jours meilleurs (de même que sa maison), mais paraissait encore bien en forme vue la hache qu'il portait sur l'épaule. J'eus tout le loisir de l'étudier tandis qu'il descendait les marches, lentement cette fois , ses cheveux tombaient en désordre sur ses épaules, aussi sombres que la barbe fournie lui mangeant le visage. Une chemise encore solide drapait sa poitrine, et je le supposais plus maigre qu'il n'y paraissait à la façon dont elle tombait sur son ventre. Je m'écartais d'un pas pour laisser de la place à Ève ainsi qu'à son plantigrade. Il était temps de faire les présentations, ou le pauvre homme risquait de nous sauter dessus.


« Bonjour. Je m'appelle Lucartë Lumisia et voici Ève Errin » fis-je le plus aimablement du monde en présentant au passage ma nouvelle compagne. Ce faisant, je lui jetais un coup d’œil et... quelque chose... retint mon intention. Quelque chose que je ne saurais décrire, que je pourrais comparer, en revanche, au lointain éclat d'un éclair à l'horizon. Quelque chose qui me sembla étinceler, de façon à la fois aveuglante et infime, à la périphérie de sa silhouette. Quelque chose qui me troubla et me coupa la voix l'espace d'un battement de cœur.
Ma destinée était d'accompagner celle des héros. Cette fille à la chevelure boisée et à l'armure de chevalier, marchant aux côtés d'une ourse... se pouvait-il que...


« Nous savons au sujet de votre fille et nous aimerions vous venir en aide » repris-je, moins assurée cette fois. « L'avis n'était toutefois pas très explicite. Pourriez-vous nous donner des détails ? »
« Hum... oui, bien sûr. Venez avec moi. »

Sa voix était bien plus jeune et chaude que je ne m'y serais attendue, et j'échangeais un regard neutre avec Ève avant de lui emboîter le pas. Le maître des lieux, son arme toujours à la main, nous emmena jusqu'à ce qui devait être le séjour, où nous pûmes nous asseoir sur un banc vieillot tandis que lui-même restait debout, faisant les cent pas. Je me sentis curieusement menue à côté de ma compagne : son épaule d'acier aurait pu être un mur contre la mienne.

« Je m'appelle Olaf Ederson, et ma fille se prénomme Babeth. Tout ça a commencé il y a presque deux semaines... »

« Ouh, mauvais signe » ris-je avec humeur. Puis, me recroquevillant devant son regard noir : « Pardon. Continuez, je vous en prie. »
« Hum. J'ignore pourquoi elle s'est retrouvée infectée, mais le fait est : je l'ai retrouvée sur le pas de ma porte, et elle était... comment dire... transformée. »
« J'imagine la scène, oui. Qu'avez-vous fait sur le coup ? »
« Que vouliez-vous que je fasse ? » grogna-t-il. « Je l'ai amenée devant le chamane, pour savoir ce qu'il pouvait faire afin d'y remédier. »
« Eeeet ? » le poussai-je comme il s'interrompait.

En guise de réponse, il nous tendit la hache qu'il transportait depuis tout ce temps, le regard vide. Il dissimulait bien sa détresse mais seul un fou l'aurait sous-estimée : il était si au bord du désespoir qu'il avait conservé l'arme, n'excluant peut-être pas de s'en servir si tout le reste échouait. Malgré mon apparente indifférence devant sa douleur, je sentais ma compassion à son égard grandir au fond de moi. C'était un sentiment dont je me méfiais et que je me débrouillais d'ordinaire pour l'enterrer sous des couches et des couches d'humour grinçant, ce qui pouvait parfois me faire passer aux yeux des autres comme inhumaine.
Je pris le temps de réfléchir un moment, accolant sans aucune gêne mon dos à l'épaule métallique de ma compagne, le menton pincé entre mes doigts et une expression songeuse sur le visage. Les loups-garous, pour ce que j'en savais, étaient soit victimes d'une malédiction soit des hommes ayant volontairement abandonné leur humanité au profit d'une identité plus animale, guerrière : des Berserkers ou Ulfarks pour les cas lupins. Néanmoins, ce ne devait pas être ici ce qui nous intéressait, car je voyais mal une petite fille se jeter à corps perdu dans la bataille au point de virer au monstre prédateur. Restait la piste du sort : avait-elle été directement choisie comme cible, ou bien n'était-elle qu'une victime malheureuse, contaminée suite à une morsure ? Il était facile de répondre à cette question en l'examinant.

Je rompis alors le silence, reprenant ma position initiale :


« Pourrions-nous voir votre enfant ? »
« Je suppose, oui. Babeth ! Babeth ! » se mit-il à appeler à tue-tête.

Aucune réponse ne nous parvint, et l'inquiétude qui passa sur ses traits n'était pas feinte. Je reportais un regard troublé vers Ève, ne sachant trop ce que cela signifiait.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Sam 17 Aoû - 0:05
Finalement, j’avais osé m’adresser à elle, causant probablement quelque trouble à la jeune femme ; probablement, car je n’avais osé la regarder en face les instants ayant suivi ma déclaration quelque peu révélatrice. Cependant, cette tirade – qui, au fond de moi, avait été aussi difficile que si je lui avais annoncé mon amour brûlant -, outre la gêne dont elle n’avait que ravivé la flamme, m’avait fait un grand bien, ôtant un poids certain qui reposait sur mon cœur depuis… Quinze minutes. Comme si je l’avais proposée en mariage, afin que tout soit au clair entre nous ; je n’avais que proposée de l’accompagner, glissant en prime un petit message en disant long sur mon orientation... En réalité, je l’aurais bien épousée immédiatement, mais, en premier lieu, l’idée même de m’adresser d’avantage à elle me fichait la frousse, et ensuite, dans cette société trop fermée d’esprit, il était impensable de marier des individus de même sexe ou même de voir une femme au pouvoir ; quel dommage, j’étais certaine que certaines Naines de mon village auraient fait des étincelles, sur le trône… Quoi qu’il en fût actuellement, j’attendais tête baissée sa réponse, la pigmentation cutanée trop rubiconde pour la lui dévoiler soudain ; elle finit par s’adresser à moi de sa belle voix, d’avantage encore hypnotisante que précédemment, si cela était seulement possible.
 
« Si ça peut vous faire plaisir. Venez, partenaire, j'ai quelques petites choses à voir avant que nous ne rencontrions l'heureux père d'une petite prédatrice monstrueuse. Et d'ailleurs, vous pouvez m'appeler Lucartë. Lucartë Lumisia. »
 
Et comment que cela me faisait plaisir. Il m’aurait été inconcevable de la laisser s’en aller sans même avoir pris connaissance de son nom, et même dans ce dernier cas, nul ne pouvait douter que je n’aurais manqué de faire ressortir mon caractère de tête de mule pour la pourchasser à travers vents et marées, pays et contrées, monts et vallées sans hésitation ; après un si long voyage, je n’étais plus à cela près, et j’aurais suivi cette magnifique jeune femme n’ importe où tant que mes jambes m’auraient porté. Ah, cet individu me subjuguait tant que j’en avais oublié toutes les conventions sociales humaines qui m’incombaient, et désormais que j’avais pu jouir de la façon dont je pouvais l’appeler, et l’ayant gravé dans un coin de ma mémoire, il en demeurait de mon devoir de lui faire savoir celui que mes géniteurs m’avaient offert. On ne savait jamais, peut être voudrait-elle me retrouver un jour, si par le plus terrible des malheurs nous nous perdions de vue. Huhu~
 
Je… Je suis Ève Errin.
 
D’ailleurs, elle m’avait appelée partenaire, sobriquet futile ne pouvant que me réjouir, et semblait s’y connaître quelque peu en lycanthropie, ainsi que d’avantage que ma personne sur la quête qui nous attendait toutes deux et qui restait pour moi, rappelons-le, initialement, un vulgaire prétexte ; uniquement de quoi me réjouir, en somme, même si depuis une petite moitié d’heure, ma vie s’était mise à tourner autour de Lucartë – un bien joli nom, ma foi, ne laissant supposer aucune origine particulière, mais qu’importe ! Il était exotique, et cela me plaisait. Nous n’avions tardé à quitter la sordide auberge pour regagner l’insipide soleil froid qui régnait à l’extérieur, illuminant tout de même les rues d’une lueur dorée, que l’on pourrait croire chaude, si la météo n’en faisait pas qu’à sa tête ; il m’était d’ailleurs étrange de pouvoir jouir de la présence d’Adèle parmi un temps si froid, et je percevais cela comme un bienheureux anachronisme. Lucartë put constater alors, ainsi que moi en apprécier l’effet, la splendide « aura de la peur » que générait Adèle tout autour de nous, et malgré que les gardes nous observaient d’un œil suspicieux, le matériel chargé sur l’animal ainsi que mon armure et mon arme en disaient long sur mon métier, et il en était le la même raison si les individus à l’entrée m’avaient laissé entrer avec tout mon fourbi. Nous ne tardâmes pas à arriver à la destination qu’elle avait prévue, à savoir une petite échoppe loufoque, dont l’intérieur au capharnaüm des plus divers nous poussaient jusqu’à produire un petit nuage de buée à chaque respiration ; je ne ressentais jamais les effets du froid, ou plutôt uniquement lorsque je le désirais, réchauffant la température de mon corps à volonté, malgré que, appréciant neige et glace, je n’en usais que peu souvent.  Emplis de bibelots et autres documents défraîchis qui ne représentaient absolument rien pour moi, Lucartë ne tarda à en extraire un vieux parchemin craquelé, arborant avec précision sur sa surfaçe ce qui me semblait être les phases de l’astre de la nuit, même calendrier lunaire dont elle avait parlé plus tôt, et réflexion faite, il s’avérait judicieux de s’assurer qu’aucune mauvaise surprise n’allait nous tomber sur le coin de la tête.
 
« Voilà qui pourrait nous éviter quelques surprises. La pleine lune ne surviendra pas avant cinq jours, ce qui nous laisse une certaine marge de manœuvre. Maintenant, suivez-moi : je sais où se trouve notre père en détresse. »
 
J’en étais rassurée ; non pas que mon sens d’orientation soit des plus mauvais – j’étais tout de même parvenue à me frayer un chemin du Monastère à Asunia – mais plutôt que la capitale humaine ne présentait absolument aucune ressemblance architecturale, et d’ailleurs, j’ignorais laquelle était la plus ancienne… Il était bien possible que ce soit la cité religieuse et sa disposition des rues et ruelles si archaïque, car, j’avais ouï dire d’une certaine Prontera, ancienne cité mère de Midgard, et Asunia avait donc manifestement été bâtie après la grande guerre ; ses avenues, d’ailleurs, dans certains quartiers, semblaient presque former un quadrillage géométrique, indice sans conteste de modernité. Perdue dans mes pensées, je finis par relever la tête, une quinzaine de minutes après notre départ, pour constater que nous étions exactement à l’endroit d’où nous étions partis, à savoir l’auberge du dragon vert et son enseigne immonde ; je n’osais me représenter le trajet que nous avions fait sur une carte mentalement, et préférai être un brin plus attentive pour, peut-être, empêcher Lucartë de faire n’importe quoi. Quelques temps passèrent encore, et tandis que j’avais discrètement attrapé son bras « pour ne pas me perdre »,  la jeune femme s’appuya dos à un muret, épuisée par cette futile marche dans laquelle nous ne semblions qu’avoir tourné en rond ; cependant, juste là, il me semblait apercevoir une bicoque des plus délabrée correspondant à la perfection à celle de la description.
 
Lu… Lucartë ? Je pense que nous sommes arrivées…
 
« Ah, je savais bien que c'était par là. »
Nous ne tardâmes pas à entrer, toutes deux ainsi qu’Adélaïde, dans l’ombre omniprésente de la maison, chargée de bibelots et de meubles unsés dont le fumet particulier embaumait tout l’intérieur ; par les quelques puits de lumière pouvaient se laisser voir moult grains de poussière flottant dans les airs, tous à la merci du moindre souffle. Si nulle indication ne m’avait été fournie sur ces lieux, j’aurais juré qu’ils étaient inhabités, en premier lieu à cause des quelques lézardes zébrant murs et sols, mais aussi par la température glaciale qui y régnait ; comme pour démentir mes pensées, des pas retentirent de l’étage, pressés, pour nous dévoiler leur propriétaire, un grand homme au visage creux, émacié de tous ses membres, la hache à l’épaule n’arrangeant rien au style sinistre qu’il pouvait laisser paraître si nous ne savions de qui il s’agissait. La barbe lui rognait le visage, ainsi que sa tignasse grise et sale le front, et il nous observait l’air un peu hagard. Alors que je songeais à nous présenter, mon amie – du moins je l’espérais – le fit pour moi.
 
 
« Bonjour. Je m'appelle Lucartë Lumisia et voici Ève Errin. »
 
 
Quel dommage… L’obscurité était complète et, dans cette marche, je n’avais pu prendre le temps de détailler encore un peu son visage. Cela me manquait.
 
« Nous savons au sujet de votre fille et nous aimerions vous venir en aide. L'avis n'était toutefois pas très explicite. Pourriez-vous nous donner des détails ? »
 
« Hum... oui, bien sûr. Venez avec moi. »
 
Il s’était exprimé de sa voix au doux timbre, chaud comme un feu dans l’âtre, formidable contraste entre sa propre personne et sa maison et la façon dont il parlait ; l’homme, d’un pas pressé, nous guida jusqu’à ce qui s’avérait être la pièce à vivre, nous invitant à prendre place sur un banc tandis qu’il déambulait, debout, au milieu de la pièce.
 
« Je m'appelle Olaf Ederson, et ma fille se prénomme Babeth. Tout ça a commencé il y a presque deux semaines... »
 
« Ouh, mauvais signe »
 
Je ne pensais pas que cela était le meilleur instant pour faire de l’esprit, malgré tout mon amour pour cette jeune femme…
« Pardon. Continuez, je vous en prie. »
« Hum. J'ignore pourquoi elle s'est retrouvée infectée, mais le fait est : je l'ai retrouvée sur le pas de ma porte, et elle était... comment dire... transformée. »
« J'imagine la scène, oui. Qu'avez-vous fait sur le coup ? »
« Que vouliez-vous que je fasse ? Je l'ai amenée devant le chamane, pour savoir ce qu'il pouvait faire afin d'y remédier. »
« Eeeet ? »
 
                                                      
Pour toute réponse, il nous désigna la hache, exprimant au même instant que même le chamane y avait renoncé ; cependant, il était force de constater que, dans son désespoir qui devait friser la démence, il avait accepté l’arme, et n’hésiterait probablement pas à en user si nous ne parvenons pas à sauver la petiote de l’emprise du maléfice ; j’avais bien entendu parler de certains cas volontaires de lycanthropie, mais je doutais que la fillette n’aie pratiqué ce genre de rites pour en devenir un. Lucartë, qui semblait avoir les mêmes réflexions que moi, s’était appuyée contre mon dos de vrai-argent, me faisant regretter mon armure soudain.
 
« Pourrions-nous voir votre enfant ? »
« Je suppose, oui. Babeth ! Babeth ! »
 
Pour toute réponse, le vent se fit entendre, jouant dans la maison et ses portes ouvertes.
 
On va la retrouver, votre enfant.
 
Elle ne pouvait pas être loin ; et puis, la pleine lune étant dans cinq jours complets, nous ne risquions rien à partir à sa recherche ; je souris à l’homme pour le rassurer et entamai une fouille de la maison, laissant Adèle devant la façade.
 
Ca ne vous dérange pas, si on fouille un peu votre maison ? Mais non, je ne sais même pas pourquoi j’ai posé la question.
 
 
 
Quatre à quatre, je remontai les marches de l’escalier que l’homme avait emprunté il y avait peu, ayant retrouvé un peu de mon entrain, pour prendre sans réfléchir la première porte s’ouvrant à moi et l’ouvrir à la volée ; il s’avérait que c’était la chambre de Babeth, au vu des décorations enfantines et de la masse aux respirations régulières sous les couvertures. Pour l’éveiller en douceur, je me plaçai juste au-dessus d’elle pour lui murmurer au creux de l’oreille, en douceur, sourire malicieux flanqué sur mes lèvres.
 
Bonjour…
 
Oups, ca ne fonctionne pas ; elle s’était soudain mise à hurler à plein poumons. Je n’avais jamais eu de chance avec les enfants…
 

Lucartë, Monsieur Olaf, elle est ici !
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Sam 17 Aoû - 1:08
Un sac de morve et de cris, voilà ce que c'est, un enfant ! Je faillis en faire la remarque à haute voix en entendant le hurlement perçant de l'étage, mais me retins en me pinçant les lèvres ; peut-être mes pensées se lurent-elles sur mes traits car Olaf me jeta un regard rien moins que peu amène, sans toutefois prendre le temps d'approfondir la question. Il s'élança en effet direction les escaliers et l'origine de ce volume sonore absolument fascinant s'il n'avait pas été si désagréable pour mes oreilles, moi-même lui emboîtant mollement le pas.

Lucartë, Monsieur Olaf, elle est ici !

Oui, oui, j'imagine. Mais est-ce bien nécessaire de continuer à brailler ainsi ? Ève n'avait pas l'air d'un boucher enfantin prompte à les couper en deux, alors à quoi bon faire un tel vacarme ! J'en venais presque à souhaiter abandonner la morveuse à sa condition, ce qui lui donnerait, au moins, de bonnes raisons de vociférer.
Il me fallut néanmoins mettre mes récriminations mentales au placard, car j'arrivais sur le pas de ce qui paraissait être la chambre de la petite. Encombrée de jouets de beau bois, elle semblait rassembler tous les meilleurs meubles qu'Ederson ai pu s'acheter au cours de son existence : Babeth était de toute évidence son joyau le plus précieux, et il lui constituait un écrin à sa mesure. En le regarder s'asseoir au bord du lit où émergeait à peine l'enfant, je ne pus conserver mon expression réprobatrice, et ce malgré tous mes efforts ; au lieu de quoi je détournais innocemment la tête, préférant ne pas m'attarder sur le spectacle d'un père réconfortant sa petite fille.

Quelque part, j'aurais voulu être à sa place. Et ça m'agaçait à un point prodigieux.

Je n'avais plus le droit de voir ma famille. Elle était hors de ma portée, au-delà de mon exil volontaire, et ce jusqu'à ce que je puisse vaincre la malédiction dont j'étais moi-même victime. Elle avait pour nom trahison : le sort m'avait frappée du sceau de la duplicité, me forçant à me parjurer envers ceux que je côtoyaient. Je ne savais jamais quand, ni comment, la chose se produirait : mais elle existait bel et bien. Dans ces conditions, et parce que cette fatalité avait été jetée dans le but express d'atteindre mes parents, j'avais choisi de m'en éloigner à tout jamais. C'était un choix cruel, et cette scène ne me le rappelait que trop bien.


« Oui, bon. Maintenant que nous avons trouvé notre petite lyc... »

Je sentis peser sur moi le regard d'Ève.

« ...petit coléoptère, nous allons devoir procéder à un bref examen. Vous voulez bien...? » congédiai-je assez froidement Olaf en désignant la porte du menton.

Il hésita un instant, ses yeux sombres allant de moi à Ève puis à Babeth, revenant finalement sur ma personne ; je les soutins sans broncher pendant plusieurs battements de cœur, avant qu'il ne se décide enfin à sortir. La porte se referma un peu sèchement, et je pu entendre ses pas fatigués descendre l'escalier.


« Bonjour, cachottière » murmurai-je en guise de présentation. « Je te présente Ève, et pour ma part, tu peux m'appeler Lucartë. Nous ne vous embêterons pas longtemps, ton papa et toi. On vient juste régler ton petit problème, tu sais, à la pleine lune. »

Je n'étais pas certaine qu'elle comprenne exactement l'étendue de son propre problème et n'avais pas spécialement envie de l'alarmer outre-mesure (mes oreilles ne supporteraient probablement pas la débauche sonore qui découlerait d'un accès de panique). Il était question ici de l'amadouer.

« Il faudrait que l'on t'examine, ma partenaire et moi, pour être sûre que tu n'as pas été mordue : ça laisse de vilaines cicatrices si on ne le guérit pas à temps. » Devant son air soupçonneux, je rajoutais avec un sourire malicieux : « Et après, tu pourras aller voir l'ourse d’Ève. Je t'ai dit qu'elle avait une ourse, non ? »

Il n'en fallut pas plus pour que la gamine ne saute de son lit avec une manifestation de joie un peu trop bruyante à mon goût, frappant entre ses mains et sautillant un peu partout. Je n'éprouvais absolument aucun remord d'utiliser ainsi le familier de ma compagne, et me concentrais sur l'essentiel : calmer la morveuse le temps qu'elle se déshabille, et que nous ne puissions l'examiner sous toutes les coutures. Je ne tardais pas à découvrir ce que je m'attendais le plus à retrouver, c'est à dire une belle marque de crocs au niveau de l'épaule. Les cicatrices étaient déjà formées, profondes et parfaitement délimitées : nul doute que la mâchoire d'un loup-garou était faite pour tuer de l'homme. Je me détournais de la blessure avec un frisson au bas de l'échine, la laissant se rhabiller et descendre les escaliers à toutes jambes pour retrouver son dû (à savoir le placide plantigrade devant la façade de sa maison).

J'allais alors m'asseoir sur son lit, levant un visage troublé vers Ève :


« Pas besoin d'être grand-clerc pour déterminer que cette morsure est à l'origine du problème. De ce que j'en sais, les victimes ne se rappellent pas forcément de la façon dont elles ont été infectées. Certains disent que la mémoire se refuse à livrer à l'esprit des évènements trop... perturbants. Mais surtout, ça veut dire qu'elle n'est pas le seul loup-garou à grogner dans les parages, ce qui aurait pu être le cas si quelqu'un lui avait jeté le maléfice de lycanthropie. Alors... je sais qu'on ne sera rétribué que pour le sauvetage de la fillette, mais... ça serait mieux si on s'occupait des deux, tu ne crois pas ? »

J'en étais venue à la tutoyer sans m'en rendre compte (ou du moins, après coup seulement). Et puis... pourquoi pas, après tout ? La situation devenait un poil problématique, aussi haussais-je les épaules en réaction à cette question intérieure. Je n'avais jamais croisé de lycanthropes jusqu'à maintenant, et les légendes que je connaissais à leur sujet demeuraient rares, mais... explicites. Traiter avec l'un d'eux n'était jamais une mince affaire, fût-il une morveuse haute comme trois pommes : la magie coulant dans leurs veines s'en moquait bien. Elle dévastait toute parcelle d'humanité, repoussait la raison en faveur de l'instinct primaire, y ajoutait une dose de bestialité, et faisait mijoter le tout dans un nuage de faim dévorante. Ces choses étaient faites pour chasser, car telle était la volonté du maléfice. Il existait toutefois un moyen d'y remédier. Un moyen, j'entendais, autre qu'un coup de hache sous la gorge.

« Lorsqu'un homme devient un garou, après sa première transformation, il se voit abandonner une peau de loup qui recèle tout le pouvoir de sa lycanthropie, or la brûler suffit à conjurer le sort. Ils les cachent généralement dans des lieux sauvages, au creux d'un tronc ou au fond d'un lac. Je pourrais parier mes chaussures... »

Pas mes chaussures ! Pas mes chaussures !

« Euh... non, je pourrais parier... voyons voir... »

Je levais le nez en l'air, fronçant les sourcils, repassant mentalement l'étendue de mes possessions. Voyons, que pouvais-je bien mettre en balance ? Mes mitaines ? Non, beaucoup trop... trop... pas précieuses, mais... enfin, trop. Alors quoi ?
Dilemme cornélien s'il en était, dont je me débarrassais en haussant de nouveau les épaules.


« Disons que je suis prête à parier beaucoup de choses qu'on pourrait trouver la peau de notre Babeth quelque part dans la forêt avoisinante, du Vergeau si je ne dis pas de bêtises. Évidemment, ça ne sera pas une sinécure, c'est même pire que de rechercher une aiguille dans une botte de foin, mais en s'y prenant de façon méthodique, en évitant les bêtes sauvages, les quelques monstres qui doivent s'amuser à manger les voyageurs, et en faisant attention à ne pas se perdre, ce qui est ma spécialité... de ne pas me perdre, je veux dire, ne va pas croire que je sois mauvaise en orientation... qu'est-ce que je disais, déjà ? » finis-je par demander en arquant un sourcil.

Et il y eu à nouveau ce minuscule éclair, tandis que je fixais Ève... à la limite de sa silhouette, ou de mon champ de vision je ne saurais dire ; comme un coup de foudre infime, d'un autre monde, discernable par je-ne-savais quel miracle ; un éclat étincelant et pourtant presque invisible, donnant à sa silhouette un mystérieux... mystère.
Trouver des héros et les accompagner en vue de narrer leur périple, telle était ma vocation. Et mon flair de Skalde ne m'avait encore jamais trompée...


« Dis-moi, Ève. » Mon ton aurait pu être celui d'un fauve cherchant à enjôler la proie sur laquelle il s'apprête à bondir. « Peut-être pourrions-nous profiter de cet instant pour faire un peu plus ample connaissance ? Tu n'as pas l'air plus familière que moi avec Asunia - heureusement que j'ai mené la marche tout à l'heure ! D'où viens-tu ? »

Je la fixais impitoyablement, de grands yeux de corbeaux rivés à de grands yeux marins, pressentant au fond de moi-même que, quelque part dans les mains des Nornes, les fils de nos destins étaient en train de s'entrecroiser.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: ♥ Mer 21 Aoû - 11:00
Thème sur lequel j'ai pris une version avec paroles exprès enfin bref~

 
 
Lucartë m’avait enfin rejointe dans la chambre, l’illuminant véritablement de sa présence, et son visage me fit oublier les cris incessants de la petiote et même l’ensemble de la chambre de la petite Babeth, meublée avec richesse et goût, emplie de luxe et de beau bois, chose étonnante pour une maison et un homme sans moyen comme celui-ci, et cela ne pouvait que me pousser d’avantage à régler ce problème de lycanthropie qui accablait sa fille à laquelle il tenait tant ; quoi qu’il en était, actuellement, elle avait disparu de mes sens, eux-mêmes s’étant retrouvés monopolisés par la, banale en soi mais si magnifique, entrée de la jeune femme, comme si j’avais redécouvert son exceptionnel corps et faciès soudain, m’offrant à nouveau cette bouffée de chaleur et de choses indescriptibles ici au fond de moi. J’avais, au fil du temps, de plus envie de l’embrasser, et tant d’autres choses encore, mais il aurait été des plus malséant de les décrire ici et maintenant, dans ce carnet ; imaginez qu’elle tombe dessus… De plus, je le mets à jour régulièrement, dès qu’un moment de libre s’offre à moi, et elle serait donc au courant de tous les événements passés… Non merci.  La jeune et belle individu s’était à nouveau postée à mes côtés, me rappelant à l’ordre de sa présence et attirant à nouveau mon regard vers des endroits interdits, jusqu’à ce que je remarque monsieur Olaf qui, non loin de mon corps cuirassé, réconfortait la petite fille ; dans un geste poli, j’exécutai un pas de côté, observant un seul instant le père et son enfant au lieu de reluquer Lucartë – c’était dire comment ma famille et en particulier mon petit frère Simon me manquait.
 
« Oui, bon. Maintenant que nous avons trouvé notre petite lyc... »
 
Mon regard réprobateur alla se poser sur la jeune femme – ou plutôt, remonta jusqu’à son visage, endroit tout aussi agréable à regarder que celui que j’observais auparavant ; le problème n’était pas que j’avais peur de faire échouer la quête en vexant Olaf… Enfin, si, mais pas pour les raisons conventionnelles ; il était beaucoup plus aisé de trouver une excuse pour suivre Lucartë si nous étions partenaires de quête, et je n’osais imaginer si nous échouions… Je devrais m’en séparer. IMPENSABLE.
 
« ...petit coléoptère, nous allons devoir procéder à un bref examen. Vous voulez bien...? »
 
L’homme, dans sa démarche caractéristique des hommes hauts, quitta rapidement la pièce, nous laissant seules – avec la gamine. Dommage…
 
« Bonjour, cachottière… Je te présente Ève - Je fis un petit signe de la main pour signaler ma présence -
, et pour ma part, tu peux m'appeler Lucartë. Nous ne vous embêterons pas longtemps, ton papa et toi. On vient juste régler ton petit problème, tu sais, à la pleine lune.
 
A dire vrai, j’ignorais si Babeth avait réellement conscience de sa… Maladie, car j’avais ouï dire que certains adultes, mûrs et intelligents, ne s’étaient, dans leur démence, rendus compte de leur mal ; il ne m’aurait donc nullement étonné qu’une enfant comme ça ne comprenne pas ce qui lui arrive à chaque lune pleine, et si elle s’en souvenait même.
 
« Il faudrait que l'on t'examine, ma partenaire et moi, pour être sûre que tu n'as pas été mordue : ça laisse de vilaines cicatrices si on ne le guérit pas à temps. Et après, tu pourras aller voir l'ourse d’Ève. Je t'ai dit qu'elle avait une ourse, non ? »
 
Sa réflexion me fit sourire, et j’imaginais déjà la scène joyeuse d’Adèle, qui devait être en train de grignoter des restes –elle n’avait aucun mal à aller piocher dans la réserve de nourriture que j’avais mise à sa disposition – lécher affectueusement le visage de l’enfant riant aux éclats, apportant un peu de joie dans cet inquiet visage ; et de toute façon, je n’aurais rien refusé à Lucartë. Manifestement, l’idée avait plu à la môme qui avait entamé une sorte de danse de la joie sur son lit, non sans l’agrémenter de cris d’excitation un brin exaspérant. Je reportai mon regard vers la belle qui me faisait oublier tout le reste  tandis qu’elle déshabillait la gamine, dévoilant non sans un certain frisson de ma part une belle morsure sans aucun doute de lupin, nette et profonde, marquée et sans nul doute commençant à dater un peu, ne faisant que m’inquiéter d’avantage. Ceci étant fait, Babeth s’était empressée de se rhabiller pour dévaler les escaliers et retrouver l’ourse, et je pouvais déjà entendre son rire et ses soucis oubliés – pour l’instant.
 
« Pas besoin d'être grand-clerc pour déterminer que cette morsure est à l'origine du problème. De ce que j'en sais, les victimes ne se rappellent pas forcément de la façon dont elles ont été infectées. Certains disent que la mémoire se refuse à livrer à l'esprit des évènements trop... perturbants. Mais surtout, ça veut dire qu'elle n'est pas le seul loup-garou à grogner dans les parages, ce qui aurait pu être le cas si quelqu'un lui avait jeté le maléfice de lycanthropie. Alors... je sais qu'on ne sera rétribué que pour le sauvetage de la fillette, mais... ça serait mieux si on s'occupait des deux, tu ne crois pas ? »
 
 
Je n’avais pas vraiment réfléchi à la question à laquelle je n’avais pas fait attention non plus, obnubilée par le fait qu’elle m’ait tutoyée soudain ; je ne pouvais m’empêcher d’y voir un bon signe, tout en me répétant au fond de moi de ne me pas m’imaginer trop de choses. Cependant, il me restait à lui répondre, et il semblait qu’elle m’avait demandé un avis simple, du type réponse affirmative ou négative. Parfait.
 
Euh, oui, oui, je suppose ! Lui répondis-je en souriant.
 
« Lorsqu'un homme devient un garou, après sa première transformation, il se voit abandonner une peau de loup qui recèle tout le pouvoir de sa lycanthropie, or la brûler suffit à conjurer le sort. Ils les cachent généralement dans des lieux sauvages, au creux d'un tronc ou au fond d'un lac. Je pourrais parier mes chaussures... Euh... non, je pourrais parier... voyons voir... Disons que je suis prête à parier beaucoup de choses qu'on pourrait trouver la peau de notre Babeth quelque part dans la forêt avoisinante, du Vergeau si je ne dis pas de bêtises.
 
 
Il s’avérait que je ne m’y connaissais que peu en lycanthropie et autres affaires du genre – cette quête n’était, au fond, qu’un prétexte, même si elle commençait à me tenir à cœur – et me délectais donc encore d’avantage de la présence de Lucartë et de sa connaissance en la matière ; par exemple, j’ignorais totalement le sort qui liait un loup-garou à sa peau, et sans elle, je n’aurais jamais pu la mener à bien. Et à y réfléchir, j’avais du mal à imaginer comment j’avais pu vivre sans sa présence. Bref, là n’était pas la question.
 
 Évidemment, ça ne sera pas une sinécure, c'est même pire que de rechercher une aiguille dans une botte de foin, mais en s'y prenant de façon méthodique, en évitant les bêtes sauvages, les quelques monstres qui doivent s'amuser à manger les voyageurs, et en faisant attention à ne pas se perdre, ce qui est ma spécialité... de ne pas me perdre, je veux dire, ne va pas croire que je sois mauvaise en orientation... qu'est-ce que je disais, déjà ? »
 
 
C’était faisable ; de toute manière, il n’arrivera rien à Lucarte, puisque je serais là pour la protéger.
 
« Dis-moi, Ève. Peut-être pourrions-nous profiter de cet instant pour faire un peu plus ample connaissance ? Tu n'as pas l'air plus familière que moi avec Asunia - heureusement que j'ai mené la marche tout à l'heure ! D'où viens-tu ? »
 
J’ignorais, à vrai dire, qu’il était possible de ressentir tant d’émotions au même instant, tant positives que bouleversantes, et également qu’il était possible de se mordre la lèvre inférieure, sourire et rougir en même temps, pourtant je pense que c’est ce qui se passa à cet instant. Je pense aussi que je laissais échapper quelques mots étranges avant de me reprendre et de m’exprimer normalement.
 
 
Euh… Je… Tu permets que je retire cette armure avant que… Enfin, je commence à avoir chaud, là-dessous. Je la revêtis au travail ou en voyage, mais elle est encombrante et je ne suis  à ni l’un ni l’autre actuellement alors… Je n’aurais qu’à la remettre lorsque nous irons dans la forêt… Qu’en penses-tu ?
 
Je descendis rapidement les escaliers pour retrouver Adèle seule – Olaf avait dû rappeler Babeth – qui me « sourit » et, attache par attache, pièce par pièce, je m’enquis de la laborieuse tâche de retirer mon lourd équipement pour le placer sur l’ourse, à l’emplacement prévu à cet effet, dévoilant mes vêtements habituels, à savoir une simple tunique d’un bleu marin, courte et serrée, offrant un léger décolleté ainsi que la vision de mon nombril et mon ventre plat, sans oublier mes pras presque nus, la manche ne couvrant qu'un petit fragment du bras. Nous ne tardâmes pas, la besogne remplie, à nous exporter jusqu’à la plus proche terrasse.
 
Je viens du Monastère, une ville pieuse, à deux semaines de cheval de Tubalcain, dans la chaine de montagnes de la Lame. C’est une ville Naine, et mon père l’était lui aussi ; mais j’ai hérité du physique de ma mère, humaine…
 
Je crois que je rougissais au fil de mon récit ; non pas car je pensais à ma famille et au passé, mais plutôt à l’espéré futur que je pouvais vivre avec Lucarte…
 
Je… Je forge des armes et armures avec ma s… mon ourse, et… Euh… Je suis partie peu après mes vingt ans, il y a… Euh, deux mois… Et…
 

Je n’avais pas achevé ma phrase, mais je pense tout de même être parvenue à relever mon visage rougissant pour lui lancer mon plus beau sourire, le plus sincère de tout Rune Midgard. L’avantage dans tout cela, c’est que je n’allais avoir besoin de lui annoncer que je l’aimais… Elle n’allait pas tarder à le savoir, si ce n’était déjà fait.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Sam 24 Aoû - 0:31
La femme se révélant sous l'armure, je me surpris à penser qu’Ève aurait pu faire tourner la tête à certains hommes et à ce propos, je pourrais peut-être l'emmener dans l'une des tavernes de la ville, un de ces soirs. Ses habits à la coupe serrée lui allaient bien, écrin très simple d'un corps que le travail de la forge et sans doute le métier des armes avaient parfaitement découplé. Je réponds à sa question (« Je n’aurais qu’à la remettre lorsque nous irons dans la forêt… Qu’en penses-tu ? ») par un grognement approbateur difficilement compréhensible, occupée à admirer le système d'harnachement qui permettait à son ourse de porter son équipement, maintenant que je le voyais à l’œuvre.
Ce fut alors comme si elle se libérait d'une entrave invisible : plus détendue semblait-il, elle m'emmena derechef dans la rue et ne tarda pas à nous choisir une place auprès d'un marchand de vin et autres boissons parfois moins corsées. C'est là qu'elle répondit à mon interrogation sur ses racines, et j'en appris plus que je ne l'avais anticipé : je connaissais bien le Monastère, pour avoir eu la chance rare d'y mettre les pieds. Il fallait dire que j'avais tellement arpenté les chemins que j'avais traîné mes guêtres un peu partout, mais je gardais un souvenir particulier de cette ville. Le chant grave des cloches, les murs éternels et impénétrables qui ceignent la cité d'une couronne de roche renvoyant l'écho, et les Nains eux-mêmes ; tantôt bougons, tantôt jovials, ils prenaient la vie avec un pragmatisme déconcertant (et nul doute qu'à l'époque ma fantaisie devait les avoir déconcertés à leur tour).

Mais Ève ne ressemblait pas à une naine, ni même l'idée que je me faisais d'une demie-naine. Ou peut-être... peut-être n'était-ce pas la seule habitude du labeur qui lui avait donné ce corps vigoureux. Elle rougissait au fil des mots et rendit les armes après maints bafouillements en me lançant un éclatant sourire.


« Le Monastère... » fis-je songeusement tandis qu'un jeune garçon, probablement commis, nous apportait de quoi boire avec des airs timides. Vin de paille pour moi, dans un grand gobelet d'argile froid. J'y bu une longue gorgée, observant ma nouvelle compagne d'aventure derrière mes cils ténébreux, un sourire aux lèvres. J'avais envie de lui jouer un tour de mon cru et je savais à présent lequel...

Je me levais, mon verre à la main, pour venir juste à côté d'elle en passant un bras autour de ses épaules ; la seconde d'après, je versais juste ce qu'il fallait de boisson sur la table, devant elle.


« Regarde, Ève. Regarde, on dirait que le vin veut te dire quelque chose » susurrai-je à son oreille, d'une voix qui hésitait entre le rire et le langoureux, entre l'amusement et l'hypnotisme. Dans la libation que je venais de faire se discernaient des tourbillons de nuances fauves, comme si le liquide n'était que la surface d'un miroir ouvert sur d'insoupçonnables réalités. « Mille et encore mille ans plus tôt, la glace et le feu se côtoyaient sur Yggdrasil. L'une était le souffle de Nifleimr, royaume du givre, et l'autre celui de Muspellheim, fief de celui qui détruira les mondes lors du Ragnarök. Et lorsque ces deux respirations se mêlèrent... »

J'avais la joue presque contre la sienne, et nos propres souffles étaient déjà en train de s'entrecroiser. Dans la flaque de vin pourtant petite se révélaient les formes immenses et colossales de deux mondes s'opposant dans le cosmos. Regarder au fond de cet or liquide, c'était plonger dans l'abysse du ciel pour une infinie seconde.

« La glace a fondu et a coulé sur l'écorce d'Yggdrasil. Ainsi est né Ymir, le père des géants de givre, ceux-là qui défient nos dieux. Plus tard naquirent à leur tour Odin et ses frères, Vili et Vé. Ensembles, ils vinrent à bout d'Ymir et le tuèrent pour ce qu'il était, avant de jeter son corps dans le vide séparant le feu et la glace, pour s'en servir afin de créer Midgard : sa peau et ses muscles pour la terre, ses cheveux pour les forêts, ses os pour les montagnes et la roche. Mais il ne chuta pas seul, car déjà la vie reprenait ce qu'elle avait donné et de petits êtres étaient en train de manger la chair du roi des géants... »

Je promenais un index moqueur sur la pommette d’Ève, l'amenant à fixer encore plus avant ce miroir d'ambre que je lui offrais. On y voyait les Nains, minuscules mais gorgés du pouvoir d'un titan qu'ils avaient commencé à dévorer. Et dans cette vision des choses, il apparaissait évident que cette race devait être la plus forte de toutes, car une part d'Ymir était désormais gravée dans chacun de leurs représentants.

« Dis-moi, demie-naine... quel effet cela fait-il d'avoir mangé un géant ? »

La question avait été posée avec le même ton fasciné ; je la laissais planer un instant, avant de balayer doucement du plat de la main la flaque et ses reflets mythiques, les laissant retourner d'où ils venaient : au fond des légendes.
J'éclatais d'un rire chaleureux, contente de mon petit effet et de ma tentative pour la mettre dans l'embarras. Je troquais toutefois très vite mon sourire pour une mine dépitée en observant le fond de mon gobelet, un peu trop loin à mon goût. Et bah oui, à force de faire n'importe quoi avec la boisson, on se retrouve à ne plus boire tant que ça.
Mais ça en avait valu la peine...


« J'y pense ! » m'exclamai-je comme si l'idée m'était spontanée (alors que je la préparais depuis maintenant plus d'une dizaine de minutes... Il fallait profiter qu'elle soit encore, au choix, perturbée ou amadouée par mon petit tour. « On pourrait peut-être s'offrir une petite sortie entre filles, ce soir. Non pas que je ne prenne pas notre travail au sérieux, mais la pleine lune n'est pas pour tout de suite, après tout ; le réconfort avant l'effort, c'est ma devise. »

Je lui jetais de grands yeux humides, comme si cette décision revenait à lui confier ma vie. C'est vrai que, lorsqu'on pense à la suite que prirent les évènements, cette formule n'était pas si éloignée que ça de la plus stricte vérité ; mais ceci est la suite de notre histoire...
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Sam 24 Aoû - 3:56
ouvais être ridicule… J’espérais au moins que mon sourire avait arrangé les choses et m’avait fait paraître moins idiote qu’auparavant, car, à première vue et dans une situation normale, il n’y aurait eu aucune raison pour que une partenaire de mission qui souhaitait simplement se présenter ne bégaye et rougisse de cette manière, allant même jusqu’à fuir son regard, sacrifiant l’espoir de pouvoir admirer plus longtemps encore ses yeux magnifiques ; décidément, les têtes à têtes ne me réussissaient pas, malgré l’euphorie et la chaleur que m’offraient ces seuls instants à la savoir non loin de moi, et j’en revenais de plus en plus à me demander comment ma vie aurait pu continuer sans jamais la rencontrer. J’espérais seulement parvenir à la séduire, ne m’étant jamais demandé si elle aimait les femmes ; à vrai dire, je ne m’étais pas interrogé à ce sujet avant de l’apercevoir ce matin, et après cela, il m’a semblé logique que… Enfin, que c’était elle ; je ne crois pas réellement en l’âme sœur et ce genre de niaiseries pour petites filles, je crois simplement ce que je ressens.
 
 « Le Monastère... » 
 
 Elle s’était exprimée, pensive, opinant du chef sans réelle conviction tandis qu’un jeune individu nous avait apporté de quoi nous désaltérer, toutes deux du vin ; cependant, je ne souhaitais pas continuer dans cette lancée, préférant m’assurer de garder le contrôle de mes gestes en ces instants sur lesquels j’avais la sensation de jouer ma vie – et peut être étais-ce le cas, je ne pouvais donc terminer ivre et agir de manière irraisonnée auprès d’elle. Lucartë semblait connaître le Monastère, et malgré que ses origines soient incertaines, il m’aurait grandement étonné qu’elle soit elle-même Naine ; peut-être avait-elle beaucoup voyagé au cours de sa vie, suffisamment pour avoir la chance de découvrir cette splendide cité. Elle ne semblait pas âgée pour autant, juste un brin plus que moi-même, et j’aurais pu, il y a cinq années plus ou moins, la croiser en cette cité, trop idiote pour la remarquer ou y faire d’avantage attention ; sans son activité professionnelle, cependant, il m’était impossible de pouvoir efficacement fouiller mes souvenirs pour me remémorer si, réellement, j’avais eu la chance de jouir de sa présence en ville. Au fond, cela n’avait nulle réelle importance, et plutôt que de ressasser le passer, je me concentrai sur la jeune femme devant moi, subjuguée à nouveau par… Par sa personne toute entière.
 
« Regarde, Ève. Regarde, on dirait que le vin veut te dire quelque chose »
 
Elle s’était levée pour entourer mes épaules de son bras, et je ne pus m’empêcher de tressaillir d’allégresse devant ce chaleureux contact qui, dans ma tête, donnait des indices futiles sur ses intentions à mon égard, et, déchirée en deux entre mon envie d’y croire et mon esprit réaliste, je me contentai de jouir de cette situation, le visage toujours cramoisi – et l’alcool n’y était pour rien. D’ailleurs, pour une raison qui m’était toujours obscure, elle avait versé une certaine quantité de vin sur la table, tout en susurrant dans mon oreille, et je ne me posai pas de questions ; elle était magicienne, et elle avait le don de m’ensorceler par quelque moyen que ce soit. A la manière de ce matin, dans la taverne, le liquide avait entrepris, comme de se propre volonté, d’agir selon une force invisible et de tournoyer, tel un tourbillon fauve ; sa voix à nouveau, sa magnifique, mélodieuse, envoûtante, splendide, les superlatifs me manquaient, me sortit de mon émerveillement, ainsi que le soudain rapprochement qui s’était produit entre nous.
 
« Mille et encore mille ans plus tôt, la glace et le feu se côtoyaient sur Yggdrasil. L'une était le souffle de Nifleimr, royaume du givre, et l'autre celui de Muspellheim, fief de celui qui détruira les mondes lors du Ragnarök. Et lorsque ces deux respirations se mêlèrent... »
 
Sa joue était si près de la mienne, son souffle presque dans le mien et ses lèvres, ses belles lèvres aussi sombres que les miennes étaient roses si proches… Nul, à cet instant, individu vivant, ne pouvait jauger ni imaginer, ne serait-ce qu’une seule seconde, la volonté qu’il me fallait pour me retenir de l’embrasser ; je pouvais aller jusqu’à sentir sa respiration, et pouvais encore plus qu’à mon habitude sentir sa délicieuse odeur… Je pense qu’elle s’était exprimée, parlant vaguement de géants, de feu et de glace, et de Midgard ; mais la seule chose qui était parvenu à me détourner de Lucarte juste à côté de moi était sa création, sur la table, dans laquelle on pouvait distinguer moult créatures minuscules, sur cet abysse opaque… Son index alla se promener sur ma pommette et je n’osai détourner la tête vers elle tandis qu’elle me parlait d’une voix encore plus énigmatique et séduisante que jamais.
 
« Dis-moi, demie-naine... quel effet cela fait-il d'avoir mangé un géant ? »
 
Euh… Je… Moi ? Enfin…
 
Caravan Palace - Bambous



Elle ne me laissa pas le temps de m’interroger d’avantage sur sa question, brisant le silence gêné par un éclat de rire puissant, beau, qui aurait pu me ramener à la vie tant il représentait sa joie de vivre qui était aussi mienne. Ah, et il fait un moment que je n’ai parlé de la couleur de mon visage, et vous, sans aucune gêne, qui lisez mon journal, commencez peut-être à vous interroger à son sujet. Alors, à votre avis ?
 
« J'y pense ! On pourrait peut-être s'offrir une petite sortie entre filles, ce soir. Non pas que je ne prenne pas notre travail au sérieux, mais la pleine lune n'est pas pour tout de suite, après tout ; le réconfort avant l'effort, c'est ma devise. »
 
Parfois, il m’est difficile de décrire précisément certaines séquences, même si elles ont été vécues quelques heures plus tôt seulement, tant la puissance des sentiments  y est grande. Je pourrais simplement dire que mon cœur, dans un sursaut euphorique et existé, rata un battement tandis que je faisais de mon mieux pour ne pas hurler avec enthousiasme une réponse affirmative ; certes, je n’étais pas très subtile quant à mon amour, mais il ne fallait pas exagérer les choses outre raison.
 
Ce… serait avec grand plaisir !
 
Ouf, j’avais réussi à m’exprimer clairement. Et en souriant, en plus, c’était un véritable exploit.
 

L’après-midi fila trop vite. Quelques verres furent repris à la même taverne, avant de rapidement la quitter pour une autre, dans la joie et les rires, les discussions inutiles – c’est ce qui les rendais intéressantes – sur de futiles sujets, emplies d’anecdotes pittoresques, au sujet de mon enfance, ou de quelques-uns de ses voyages, de légendes qu’elle me comptait avec sa voix envoûtante – à ce sujet, il me semblait évident que Lucarte, de par son talent certain pour raconter et sa connaissance intarissable des contes et mythes, devait ou devrait être une… Je ne savais pas comment on appelait cela. Quelqu’un qui rappelle les noms qui sont oubliés. Le soleil poursuivait inlassablement sa course tandis que les gobelets se vidaient, dépourvus d’alcool pour ma part, de peur, comme dit plus haut, de perdre le contrôle ; je ne savais cependant ce qu’il en était pour ma compagne. Nous déambulâmes également sans réel but dans Asunia, découvrant au fil de la marche la beauté qui animait ses rues, se retrouvant sans comprendre comment ni pourquoi, au bout d’un temps, non loin du château royal, dans les hauteurs de la cité ; tandis que Lucarte était adossée à un petit mur, je demeurais devant elle, essoufflées toutes deux et hilares comme des gosses pour une raison que j’avais oublié. Non loin derrière moi, au-dessus de la pente abrupte qui plongeait directement sur le marché de la ville qui, doucement, se vidait de ses habitants ; dans mon dos, déjà, les premières étoiles pointaient dans leur toile sombre, aussi belles que Lucarte, devant moi, dont je ne pouvais m’empêcher de m’approcher, peu à peu, alors que le silence s’était fait. Déjà, je pouvais sentir son souffle, si proche, et pourtant si loin derrière le pas qu’il me restait à franchir.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Lun 26 Aoû - 2:12
La nuit. La nuit est un monde dans le monde, pour qui sait frapper à sa porte. J'étais une aventurière dans l'âme, avide de nouveaux paysages mais avide, également, de toujours retrouver l'ambiance délurée et surchauffée d'une auberge en liesse. Si le jour j'abhorrais la masse humaine et ses remous bruyants, je la recherchais une fois le soir venu. N'oublions pas que j'étais une Skalde, vivant de ses histoires et de l'argent que me rapportaient mes récits : la scène était mon domaine, le fief où je régnais en maîtresse. Ce soir n'allait pas faire exception !

J'avais peut-être bu plus que de raison. Peut-être, comme le ciel est peut-être bleu. L'après-midi avait filé ainsi qu'un souffle de zéphyr en plein visage, et je m'étais bien vite retrouvée bras-dessus bras-dessous avec Ève, lui racontant toutes sortes de contes échevelés qu'à certains moments, j'improvisais sur place. Mais l'heure était venue où les chiens ont disparu pour laisser la place aux loups, lorsqu'il n'y a plus guère que la lumière des étoiles pour guider vos pas. Asunia pouvait être belle, sous le regard d'argent des cieux ; si vaste, si pleine de recoins, si passionnante à explorer ! Nous dominions le marché que nous avions traversées tout à l'heure, et la demie-naine me fit la remarque que nous aurions peut-être bien besoin de nous reposer, s'il nous fallait aller à la chasse au loup-garou le lendemain. Tentative guère convaincue de mettre un holà à notre sortie qui devenait de plus en plus effrénée, ce à quoi je répondis que je pouvais toujours lui raconter des histoires à dormir debout ; et l'effrontée de me signaler que c'était déjà le cas, amenant un rire irrépressible sur mes lèvres (même si j'avais bien tenté, à ce moment-là, d'adopter une expression rigoureusement outrée : sans succès). Intéressant de noter que plus tard, elle me certifia n'avoir aucun souvenir de cette remarque insolente.


« Ève, grandir au Monastère est une chose terrible. Laisse-moi arranger ça, tu veux ? »

Pour impérieux qu'avait mon ton, ce "tu veux ?" aurait tout aussi bien pu être un "Vu ?" clair et net. Je l'emmenais alors à ma suite, la guidant par le coude jusqu'à cet établissement dont j'avais déjà entendu parler mais dans lequel je n'avais jamais mis les pieds : le Pendu. Un nom guère engageant et pas davantage original pour un boui-boui, mais voilà : ça n'en était pas un. Il s'agissait de la taverne la plus osée, à la clientèle la plus hétéroclite, qu'il était donné de trouver sur les terres des hommes. Vous y rencontriez tant le petit peuple que la grande bourgeoisie, ou la noblesse ; les chevaliers y côtoyaient les rogues, et certains juraient avoir déjà bu une pinte là-bas avec un prêtre auprès duquel ils s'étaient confessés dans la journée.

C'est dans une atmosphère des plus délurées que nous allâmes mettre les pieds : des cris, des discussions plus qu'animées, parfois des chopes qui volaient. Plus qu'un endroit de beuverie et lupanar à l'occasion, le Pendu était aussi un endroit où l'on mettait sa vie en jeu, et ce qui m'intéressait se tenait tout au fond de l'établissement, sur une sorte d'estrade illuminée par un cercle de torches (idée des plus risquées si l'on tenait compte de la structure en bois, de l'alcool omniprésent et de la meute de soiffards complètement ivres des environs).


« Tu veux jouer à un jeu ? » susurrai-je avec facétie à l'oreille de ma compagne. Même le plus candide des lapins aurait pu entendre la note de joie diabolique qui faisait vibrer chaque lettre de ma phrase, façon pacte avec le démon. On avait déjà utilisé cette analogie à mon égard, d'ailleurs : lorsque je proposais à quelqu'un d'acquérir un surcroît de pouvoir grâce à mon don. Mais ceci concerne d'autres histoires...
Sans vraiment lui laisser le temps de répondre, je l'entraînais à nouveau à ma suite direction la scène. On y avait dressé une potence, donnant son nom à l'endroit, et un parchemin était cloué dans le bois avec le nom de ceux qui avaient tenu le plus longtemps face à l'étau de la corde. L'ambiance était de plus en plus survoltée à mesure que nous nous approchions de l’échafaud, là où le vin se sent dans la gorge comme dans l'air, là où les hommes ne sont plus tout à fait eux-mêmes, là où ils sont un peu plus... fous.

L'un des clients se leva subitement en criant qu'il en serait, et monta sur l'estrade avec une gaucherie révélatrice de son état. Deux matamores gardaient la potence, dont le travail consistait à pendre ceux qui le demanderaient, et à les libérer au bout du temps qu'ils avaient eux-mêmes impartis avant de se laisser passer la corde autour du cou.Si vous teniez votre pari, c'était un remontant à la hauteur de votre audace qu'on vous décernait... Inutile de préciser que maints aventuriers un peu trop ambitieux, ayant donné une durée un peu trop longue, avaient fini par suffoquer et mourir. Toutefois, la clientèle était telle (et les pots-de-vin probablement colossaux) que les autorités avaient toujours fermé les yeux sur cette pratique somme toute volontaire. J'entendis le type demander à être pendu pendant deux minutes, ce qui n'était pas très loin du record si j'en jugeais à ce qui était inscrit au vélin cloué ; un score disons... audacieux.

Sans trop savoir ce qu'en pensait Ève, je nous trouvais l'une des rares tables autour de l'esplanade qui soit encore libre, y commandant un grand verre de liqueur de mûres. Le temps qu'il arrive, et j'avais tout le loisir d'observer notre impudent pendu découvrir les joies de la suffocation. Son air bravache ne tarda pas à disparaître lorsque l'un des cerbères, vêtu de cuir noir laqué, lui passa l'épaisse corde sur la jugulaire. Il n'y avait pas de trappe, auquel cas les gens risquaient de se briser la nuque, ce qui rendait le jeu nettement moins attrayant ; non, ici vous sautiez d'un tabouret (et dans le cas où vous hésitiez un peu trop, on vous y aidait d'un coup de pied bien placé). L'homme passa du rouge de l'alcool au rouge de l'étouffement, puis au bleu. Ça paraissait mal parti, malgré les encouragements bruyants qui fusaient de toutes parts.
Mon verre arriva au moment où il cessa de battre des pieds.


« Notre vie est notre unique bien. A nous de décider qu'en faire, et comment le rendre » philosophai-je avec fatalisme en haussant les épaules, avant de vider mon verre cul-sec.

A ce stade, les volutes d'alcool m'apparaissaient comme autant de couleurs vaporeuses planant dans les airs. La douce musique de l'ivresse sonnait à mes oreilles, le monde était mien, et je devais faire quelque chose pour aller encore plus loin, pour me sentir encore mieux qu'en cet instant ; et il n'y a qu'une seule chose que j'aime plus encore que le vin. Il s'agissait de mettre ma vie en jeu, en faire ma mise, et remporter les plus audacieux paris.


« A mon tour ! » lançai-je en bondissant de ma chaise pour filer jusqu'à l'attraction, avant qu’Ève ait l'idée de me retenir (sait-on jamais), un éclat de joie féroce au fond de mes yeux fauves.

Mettre les pieds sur l'échafaud, c'était comme pénétrer un tout nouveau monde, franchir une invisible barrière séparant la scène du reste de l'établissement. Vous étiez d'un seul coup sous le feu de tous ces regards : impossible de reculer, impossible de fuir la présence soudainement menaçante, et non plus joueuse, de cette potence très fonctionnelle.


« Une minute ! »

On était très loin des records mais c'était déjà relativement dément pour quelqu'un de ma constitution. Je n'étais vraiment pas habituée à l'effort, et retenir sa respiration est une chose ; être pendue en est une autre. Je savais que le piège était la panique, le mouvement incontrôlable de tout le corps qui vous faisait suffoquer encore davantage au bout de votre corde, mais le savoir ne vous empêche pas forcément de le faire : c'est ce que je me disais tandis qu'on passait la corde autour de mon cou, une corde de lin rêche, terriblement lourde, terriblement effrayante. Je souris, d'un sourire sauvage : c'était ce qui rendait tout ça aussi amusant.
Je n'avais plus qu'à sauter de mon tabouret, et c'est ce que je fis.

Une minute. Une minute pour, battement de cœur après battement de cœur , approcher de la mort. La première dizaine de secondes ne posa pas de difficulté, mais en dire autant du reste serait un mensonge. Le vin circulait dans mon sang avec une toute nouvelle lourdeur, me donnant l'impression que mes veines étaient en train de se boucher, que ma poitrine allait finir par exploser. Les sons autour de moi commençaient à s'assourdir, à s'éloigner ; les couleurs perdaient de leur vivacité et viraient au sombre. J'essayais bien de compter, mais les secondes s'en étaient allées depuis longtemps : il ne me restait que le tambourinement de mon cœur, sa chamade effrénée... et un visage, en face de moi. Un visage autour duquel tout avait disparu, mais qui avait subsisté là où rien n'avait pu perdurer : le visage d’Ève, bien sûr. Je me demande si, à cet instant précis, je n'avais pas froncé des sourcils en la regardant, comme m'interrogeant sur la raison pour laquelle je parvenais encore à la distinguer alors que l'évanouissement me menaçait. Mais quel qu'en fut le pourquoi, il y en avait bien un, et alors que le monde devenait noir, les traits de la demie-naine restaient gravés dans mon inconscience.

Je me réveillais, ou bien je pris conscience de mon réveil, qu'une fois dehors : c'est ce que je compris de l'air frais qui me passait sur la figure. J'étais cramponnée à ma forgeronne comme...
Ma forgeronne ? Depuis quand Ève était-elle "ma" quoi que ce soit ?

Je battis des paupières, chassant la brume de mon esprit. Nous étions bel et bien dehors, et la nuit semblait bien avancée. Impossible de reconnaître dans quelle partie de la ville nous étions, et si j'avais marché longtemps, ainsi agrippée à elle : mais ce dont je suis certaine... ce dont je peux jurer et ce devant les dieux dont je raconte si souvent les légendes... c'est que cet éclair, cette lumière fugace que j'entrevoyais tantôt dans la journée autour de cette fille du Monastère... avait cessé de fuir. L'éclair était devenu tonnerre, la lumière une aura ; j'avais déjà vu pareil éclat dans ma vie. C'était le signe des héros, que reconnaissent les Skaldes de mon acabit, car nous sommes faits pour être à leurs côtés et raconter leur histoire.

Je m'arrêtais, stoppant notre marche. Raconter son histoire ? Non, je voulais faire mieux que ça. Je voulais bien évidemment la vivre.


« Tu... tu resplendis » murmurai-je. « Je le savais. Je le savais ! »

Je m'écriai cette fois et au lieu de m'appuyer sur elle, je la serrais dans mes bras avec un plaisir sincère. Enfin ! Mon errance prenait fin, et une nouvelle débutait ! J'étais de nouveau sur la route de mon destin, et une nouvelle chance de briser ma malédiction m'était accordée !

Et ce qui se passa ensuite arriva si... naturellement, que je devais en être troublée longtemps après. Un instant je la tenais là, dans mes bras, et l'instant d'après j'avais ses... ses lèvres sur les miennes. Je ne sais pas qui initia le baiser, et j'aime à croire que ce fut elle : je ne sais pas non plus ce qu'elle en pensa de prime abord. Je n'avais jamais envisagé un jour d'embrasser autre chose qu'un homme, et d'ailleurs, je n'étais pas très portée sur les choses de l'amour de façon générale, bien que je disposais d'un talent certain pour jouer avec le désir.
Il y a des moments de bien-être qu'il vous faut chérir et conserver précieusement dans votre mémoire. Ce moment-là en était un : la surprise passée, je m'aperçus que je n'avais pas envie de briser cette union de nos souffles. Que ses mains dans mon dos me réchauffaient plus qu'aucun alcool n'y parviendrait jamais ; que son corps contre le mien était comme un rempart entre la nuit et moi-même. Je percevais son parfum, celui de ses cheveux différent de celui de sa peau ; je percevais sa propre chaleur, extraordinaire, là où moi-même n'étais généralement que tiède, au mieux, syndrome de ma malédiction. La seule chose que je regrettais était de ne pas voir ses yeux, ayant fermé les miens : je rouvris alors les paupières, et...

Un hurlement de loup déchira les ténèbres. Au-dessus de nous, la lune était pleine et elle dispensait l'argent de sa lumière avec une générosité que, sur l'instant, je lui haïssais.


« Euh... hum. Tu vas rire mais je crois que j'ai mal lu mon calendrier lunaire. Amusant, hein ? »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Lun 26 Aoû - 23:02
Je n’osais pas. Alors que derrière moi, la nuit, dans sa splendeur naturelle et sa pureté éthérée, ses étoiles resplendissantes, son doux zéphyr sur ma peau, et Lucartë devant moi, la belle Lucartë, ses iris dorés, envoûtants, magnifiques, ses lèvres sombres, comme aimantées par les miennes, ses pommettes, son cou, son buste, sa voix, et même son souffle que je sentais dans le mien… Et pourtant, je n’avais pas osé. Alors que tout y était propice , je n’avais osé l’embrasser, dans une crainte qu’elle ne veuille pas de moi, qu’elle me repousse, et que toute chance soit anéantie comme une flamme de bougie dans un ouragan ; il en était comme si je jouais avec ma vie – et qui sait si, suite à un refus de sa part, j’allais continuer à vivre  - et je ne souhaitais tout gâcher par précipitation. Ce n’était pas le bon moment. Il viendrait, un peu plus tard ; le moment venu, le doute ne sera plus une solution. En attendant, ce fut un peu frustrée mais toujours plein d’espoir que je m’engageai à nouveau à sa suite, à ses côtés, coudes à coudes, m’offrant à nouveau un intense frémissement pour un si anodin contact, et plutôt que de m’interroger sur l’établissement douteux dans lequel elle m’emmenait, je ne fis qu’apprécier son bras sur le mien et le balancement de es cheveux dans le haut de son dos, respirant à plein poumons l’air frais de la nuit ; il agissait comme un coup de fouet, ravivant mon esprit, presque aussi agréable que l’odeur de Lucartë que je pouvais sentir d’ici, et me faisait revivre, oublier le reste de l’univers, comme plongée dans une petite bulle avec uniquement la jeune femme et moi.

http://www.youtube.com/watch?v=WAlRwhkjToU

Le Pendu, tel s’appelait l’établissement dans lequel elle m’avait menée, et dont jamais je n’avais ouï le nom ; il fallait dire que, au Monastère, peu parlaient des hommes, et lorsqu’ils les évoquaient, ce n’était pas pour traiter des tavernes. Déjà fallait-ils qu’ils acceptent la puissance de Tubalcain avant de ne penser même qu’un instant à celle d’Asunia ; aucun contact ne se faisait entre les deux cités, mais si il y en avait eu, le moindre mot de travers aurait éclaté en une guerre sanglante et, soyons réaliste, à notre désavantage. La n’était cependant pas le sujet, et ce fut l’atmosphère comme qui dirait quelque peu mouvementée qui régnait dans le bâtiment qui me rappela à l’ordre, ainsi que cris, choppes en plein ballet acrobatique et échanges dépassant le verbal, et une seconde à l’intérieur en disait plus qu’une description interminable sur ce… Je ne savais même pas comment l’appeler, au vu des clients qui le peuplaient, tant bourgeois qu’ivrognes crasseux, se côtoyant sans gêne aucune, l’alcool aidant, lui-même qui régnait en  maître dans l’air vicié de vin du lieu ; ce ne fut que quelques instants après mon entrée là-dedans que je remarquai, non loi, la potence, pourtant mise en valeur par un hasardeux système d’éclairage par torches, et également par une petite estrade, de bois elle aussi, rendant l’ensemble aussi dangereux qu’Adèle lorsqu’elle a faim.
 
« Tu veux jouer à un jeu ? »
 
La phrase m’avait été chuchotée, susurrée au creux de mes tympans, comme pour contraster avec l’apocalypse auditive qui régnait ici, et qui m’offrait enfin un son agréable parmi tant d’autres dissonants ; elle semblait cependant avoir un peu abusé de l’alcool – le mot était faible – et je craignais le pire, je voyais venir les malheurs dans ma tête comme des flashs de souvenirs un lendemain de cuite, des images que je ne voulais pas voir… D’autant que son ton en disait long sur ses intentions, ayant dépassé l’envoûtement pour un véritable tour de force par les mots ; d’ailleurs, elle ne me laissa le temps de réagir, m’entraînant déjà vers une tablée non loin de l’instrument dont j’ignorais la réelle utilité – quelque chose me disait, au fond de moi, que ce n’était pas là pour faire joli, et c’en était tout le plus inquiétant, car au fil de notre progression, tout se faisait plus dense, l’air comme l’alcool dans les veines, comme les souffles rauques des soiffards, et nous parvînmes tout de même à la structure sur laquelle était cloué un parchemin, couvert de noms et de durées, allant d’une trentaine de secondes à deux minutes environ… J’avais peur de comprendre.
 
Ce fut soudain, et sans qu’aucun client ne semble s’en étonner outre mesure qu’un poivrot s’éleva difficilement sur ses jambes pour se trainer jusqu’à la potence de sa démarche gauche, pour y brailler d’un seul souffle qu’il escomptait y tenir deux minutes, pari bien surréaliste à mes yeux. Chez les Nains, la mort n’est pas vue de la même façon, tantôt déshonneur le plus complet, tantôt gloire éternelle, et il en était de la raison pour laquelle les Nains atteignaient rarement leur espérance de vie maximale, avoisinant les deux siècles, préférant largement décéder au combat suite à d’atroces blessures plutôt que de cesser d’exister à la suite d’une maladie sénile, accablant ceux tombés de cette façon d’une honte éternelle sur leur nom ; pour ma part, je n’avais nullement l’intention de mourir jeune, comme lorsque j’étais adolescente, mais plutôt de passer toute ma vie auprès de Lucartë, qui valait bien un déshonneur sur treize générations. Et donc, en apercevant le corps du malheureux dévergondé qui avait cessé de s’agiter, ce ne fut ni de la tristesse, ni du dégoût, mais bien de la honte qui m’accabla, devant cette vie gâchée par la boisson.


« Notre vie est notre unique bien. A nous de décider qu'en faire, et comment le rendre. A mon tour ! »
 
Elle s'était levée pour approcher l'estrade, d'un bond, sans que je ne puisse réagir à temps.

NON !
 
J’avais hurlé, sans m’en rendre compte. Que croyait-elle ? Qu’elle avait mon autorisation ? Ou était mon armure, ma hache ? Pourquoi les avais-je laissées à l’entrée ? Je ne pouvais pas aller les rechercher sans la quitter des yeux, et je n’avais plus que mes poings pour tenter de me frayer un chemin vers la potence ou elle se tenait déjà.
 
« Une minute ! » 
 
Je ne l’aurais même pas laissée dix secondes dessus sans paniquer, comment vouliez-vous que je la laisse une minute pendue ? Et en plus, elle souriait ! Elle souriait au moment où la corde fut glissée à son cou ! Je pense pouvoir affirmer que des larmes ne tardèrent pas à dévaler mes joues tandis que chargeais le personnel qui avait formé un rempart entre moi et elle ; le plus étonnant était qu’ils ne m’avaient pas encore jeté dehors, me laissant dans ma rage furieuse – je crois que ça faisait partie du jeu, et elle me regardait tandis que nous suffoquions tous deux – pas pour les mêmes raisons. Je finis au sol, le visage mouillé de larmes, maintenue par les bras pour achever la minute la plus longue de toute ma vie, tandis que le public avait les yeux rivés sur nous deux ; aucune importance, je n’avais plus qu’à me débattre vainement tandis qu’on me maintenait par terre et abandonner tout espoir de vie heureuse.
 
Il s’avéra que les soixante secondes étaient écoulées, et, par conséquent, avant de s’enquérir de l’état de santé de Lucartë, me la jetèrent dans les bras ; en temps normal, j’aurais jubilé de cette situation, mais il m’était plus vite venu à l’idée de tâter son pouls, chose quelque peu inutile puisque je sentais sa poitrine se soulever contre la mienne. Hum, au moins elle était en vie. Une petite voix au fond de moi me disait que profiter de cet instant n’était pas très honnête, et je m’empressai donc de me relever, la belle dans les bras pour quitter en toute hâte l’établissement, le cœur léger malgré tout ce ridicule ; mais qu’elle ne croyait pas qu’elle n’allait pas me le payer. L’air frais et nocturne, à l’extérieur, vivifiant, ne pouvait que me pousser d’avantage loin de l’ambiance sordide et dévergondée que l’on pouvait pressentir même sur le devant du bâtiment, et à m’enfoncer d’avantage dans la cité, calme et tranquille, Adèle non loin de moi. Cela ne me surprenait guère, mais mon amie était des plus légères, plus encore que certains outils de forge que je me devais de transporter, et j’en avais oublié son poids tandis que j’observais, toujours un peu choquée mais heureuse, son visage et ses lèvres qui me faisaient oublier le monde alentour.
 
Elle sembla, au bout d’un temps de marche silencieuse dans cette douce atmosphère – je ne savais moi-même ou j’allais ni ou j’étais allée – avoir repris des forces, et, un instant, avait même marmonné une grappe de propos inintelligibles, et j’y avais vu là un signe sur l’amélioration de son état, me poussant à la lâcher à mon grand regret pour que nous continuions notre aléatoire déambulation.
 
« Tu... tu resplendis… Je le savais. Je le savais ! »
 
Je n’avais même pas remarqué qu’elle s’était totalement éveillée, et sa phrase me troubla assez pour détourner mon attention de ses iris un instant ; étais-ce un compliment à la tournure étrange ? Je ne sut pas ce qui la prit cette fois, mais je pus dire, par la suite, que je ne m’en plaignis pas, plutôt tout le contraire ; elle s’était jetée en plein dans mes bras, m’étreignant soudain avec force. Je ne comprenais rien, mais ce n’était pas un problème ; c’était le moment. Plus de questions, plus de doute, plus rien. Juste nous deux, et nos lèvres unies ; j’aurais aimé à jamais ; à jamais sentir sa douce tiédeur, ses mains sur mes épaules, son visage si près du mien ; j’aurais aimé connaître l’éternité pour la vivre avec elle, nos corps comme en rempart face à l’univers, et que plus rien au monde n’aie d’importance. Juste Lucartë. Juste cette euphorie dévastatrice qui parcourait mon corps à grande vitesse, me faisant frémir d’allégresse à chaque instant, réchauffant tant mon corps que j’aurais pu faire fondre les neiges éternelles, tant que je n’osais plus lâcher mes bras de son dos de peur qu’elle s’en aille ; rien ne m’en séparera. Je ne la lâcherais plus, et surtout je l’empêcherais de faire des bêtises avec sa vie. Ca, elle allait vraiment me le payer.
 
Un hurlement lupin avait retenti ; je savais pertinemment de quoi il s’agissait, mais je ne voulais pas stopper cet instant. Sentir encore un peu son souffle dans le mien. Ce fut elle qui brisa le silence, nous séparant pour mon plus grand regret.
 
« Euh... hum. Tu vas rire mais je crois que j'ai mal lu mon calendrier lunaire. Amusant, hein ? »
 
 
J’avais à nouveau envie de l’embrasser, une envie maladive, mais me forçai cependant à maintenir un comportement décent ; je ne parvenais pas à m’inquiéter de la situation, submergée par un trop-plein d’émotions fortes, tel un véritable mélange de l’ensemble des sentiments positifs qu’il était possible de ressentir, et je devais faire de mon mieux pour ne pas faire des choses insensées comme exprimer ma joie soudain par un cri ou autre. Les pommettes rougies, non pas par le froid, je tentai de m’exprimer.
 
On… On va s’en occuper. Mais avant, j’ai  p… Plus important à régler.
 
Voilà le plus important : lui offrir une gifle monumentale, ce que je m’empressai de faire. Non mais !
 
La prochaine fois que tu risqueras ta vie inutilement comme ça, je m’assurerai que tu t’en sortes pour te le faire payer ! Compris ?
 
Je ne voulais pas rester sur une si mauvaise note avant d’entamer la mission… Ca nous porterait malheur ; je pris donc son visage entre mes mains pour lui voler un long baiser, juste pour le plaisir, pour enchainer sur un clin d’œil. On pouvait y aller.
 
Il nous fallait nous dépêcher, car si la lune était de sortie dans sa plus parfaite sphère, Babeth s’était métamorphosée et elle, ainsi que son entourage courait un grand danger, et il nous fallait nous empresser d’aller fouiller de fond en comble la forêt pour trouver sa peau de louve. Il semblerait qu’Adèle nous attendait déjà à l’entrée de la forêt, peut-être dans le but de ne pas nous déranger mais surtout car elle avait remarqué la situation critique bien avant nous ; nous pouvions donc courir pour la rejoindre, sans devoir nous occuper de son rythme lent. Mais alors que je m’étais élancée, je remarquai un léger… détail.
 

Je ne sais pas où est la forêt !
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Mer 28 Aoû - 11:54
Je m'étais attendue à bien des réactions, il ne faut pas croire. Qu'elle me rie au nez, qu'elle s'irrite ou ne se mette à rougir comme une brique sur le point d'être cuite ; et j'aurais alors à mon tour rit aux éclats. Mais non, rien dans mon esprit n'avait anticipé la claque que je reçus dans les gencives comme une possible conséquence de mon initiative. Ou alors c'était pour ma gaffe avec le calendrier lunaire ?

La prochaine fois que tu risqueras ta vie inutilement comme ça, je m’assurerai que tu t’en sortes pour te le faire payer ! Compris ?

Non, définitivement non, ce n'était pas pour le calendrier. Peut-être n'était-ce pas plus mal, au fond, songeai-je en me massant la joue (qui, une fois n'est pas coutume, venait de prendre des couleurs). Je préférais de loin être considérée comme une imbécile de téméraire que comme une imbécile tout court. A chacun sa note particulière de vanité...

Et...

Pas le temps de réfléchir davantage, qu’Ève décide de réitérer l'expérience dite du baiser, amenant un sourire amusé sur mes lèvres alors même qu'elles se scellent aux siennes ; et pourtant, il fond en quelques secondes. Je préfèrerai crever que l'admettre un jour devant l'intéressée, mais cette embrassade qu'elle me dédia... fit disparaître mon air bravache, fit disparaître tout ce qui faisait, en cette seconde, mon panache : sa tendresse était bien trop contagieuse. Je fermais les yeux comme à chaque fois, finirait-elle par s'en rendre compte, que la forgeronne me dédiait ce genre de caresse. J'étais davantage une amatrice des baisers brefs et fougueux ; elle, semblait-il, de ceux qui étaient longs et doux.

Lorsque nous nous séparâmes, je la fixais de mes yeux d'ambre au fond desquels brillait une lumière réjouie.
Ève se lança en avant de s'arrêter presque aussi brutalement qu'elle était partie, se heurtant à la réalité :


Je ne sais pas où est la forêt !
« Attends, je souffle toutes les chandelles que tu as allumées devant mes yeux et j'essaie de m'orienter » grinçai-je en simulant l'agonie. Quelques secondes mélodramatiques plus tard, je regardais le ciel et surtout, ses lucioles cosmiques. « Voyageur des plaines, tu n'oublieras jamais de saluer la roue du tissage de Frigg, les trois étoiles de la ceinture d'Odin, qui toujours t'indiqueront ta route en Midgard. »

Trouvez le Nord, sachez où vous allez, et vous ne pouvez pas vous perdre. Je n'ignorais pas que la forêt du Vergeau était à l'Ouest d'Asunia. Il ne nous restait plus qu'à laisser la roue de Frigg sur notre droite, et nous arriverions tôt ou tard à la porte correspondante de la ville. De là, rejoindre la forêt serait un jeu d'enfant, et je l'expliquais à Ève tout en prenant la tête.
Ce n'est pas parce que je me perdais d'une rue à l'autre que je ne savais pas m'orienter : c'était la cité qui me déboussolait.

Bon d'accord... je m'arrêtais assez souvent pour demander le chemin aux passants tardifs (dont assez peu d'ailleurs répondaient, du moins par quelque chose de constructif). Il nous fallut pas moins d'une bonne demie-heure pour arriver enfin en périphérie d'Asunia, annoncée par ses hauts remparts. Un sentiment d'urgence me tenaillait, car déjà d'autres hurlements avaient déchiré la nuit, provenant d'au-delà des murs. J'ignorais s'ils appartenaient au même garou ou non, n'ayant jamais eu l'occasion d'en étudier paisiblement au cours de mon existence passée (figurez-vous que les intéressés avaient une nette tendance à protester contre l'observation pacifique, protestation se résumant bien trop souvent à vous dépecer avec les griffes qu'ils avaient fort longues).

Quoiqu'il en soit, la silhouette du corps de garde finit enfin par se découper sur l'horizon d'encre noire. Deux soldats en faction en défendaient l'accès, d'un côté comme de l'autre d'ailleurs : ils nous firent signe de nous arrêter, ce dont je les remerciais intérieurement (même si j'étais devant, Ève n'avait pas tardé à devoir ralentir pour éviter de me laisser en plan : je n'avais pas son endurance).


« Halte ! Ça gronde dehors, ce n'est pas le moment d'aller faire des fantaisies. »
« Sans blagues ? » ironisai-je avec toute ma morgue, quand bien même l'effet pâtit quelque peu de mon essoufflement. « Moi qui croyais que c'était des chats. On aurait dit à s'y méprendre celui de ma grand-mère lorsqu'il réclame sa pâtée de bœuf... »

Les deux hommes échangèrent un regard qui devait probablement servir à déterminer si je valais la peine qu'on me jette dans les geôles l'espace d'une nuit, pour m'apprendre à rire de la garde. Je ne leur laissais pas l'occasion de se mettre d'accord :

« Nous ne sommes pas d'Asunia, alors vous ne risquez pas de vous faire taper sur les doigts pour avoir laissé deux citoyennes se faire grignoter. C'est notre mission qui nous amène ici, et figurez-vous qu'elle a un rapport avec l'extermination de diverses calamités lupines - ce qui au passage vous éviterait de vous y frotter, si par miracle on arrive à faire notre travail correctement, sans qu'on nous en empêche. »

Mon sarcasme avait beau être criant, il n'en était pas moins tiré de la plus stricte vérité, si bien qu'on nous ouvrît assez rapidement.
J'avais beau afficher mon habituel air confiant, je n'en éprouvais pas moins un grand frisson en mettant le pied au-dehors des murs : comme pour nous accueillir, un grand vent froid se leva lorsque les portes se refermèrent derrière nous. La lumière des flambeaux aux créneaux n'éclairait pas si loin, et les ténèbres tombaient ainsi qu'une chape opaque autour de la cité. Il nous fallait pourtant la pénétrer, l'affronter, et nous enfoncer dans la forêt ; là où d'adorables hurlements affamés se réverbéraient, d'arbre en arbre, d'étoile en étoile, vibrants d'une soif de sang que seule la malédiction de lycanthropie était à même d'instiller.


« Et si tu restais près de moi, hein ? » soufflai-je à l'adresse d'une Ève qui se voyait rejointe par son ourse, tandis qu'elle se revêtait de son armure.

Le regard de la lune était suffisamment opalin pour nous permettre de distinguer la masse sombre de la sylve, pas si éloignée que ça. Nous parvînmes rapidement à la lisière, d'où émanait (du moins pour moi) une menace tangible. C'était comme si le bois me mettait au défi de venir dans sa noirceur ; et comme à chaque fois que la peur venait se mettre sur mon passage, je l'accueillais à bras ouverts. On ne dompte un taureau qu'en le prenant par les cornes !

Je déglutis avant de relever fièrement le menton et franchir la limite invisible de la lisière.

La nuit, la forêt est un monde à part. Un monde de bruits infinis, un monde d'ombres fantoches, un monde où les silhouettes se croisent et s'entrecroisent. Nous avancions à tâtons, et j'avais la désagréable impression d'être un aveugle au milieu d'une meute de loups, ce qui l'un dans l'autre pouvait très bien se retrouver être la vérité.

Toutefois, Adèle (ainsi que se nommait son ourse, comme je devais l'apprendre par la suite) paraissait être capable de se retrouver dans un tel environnement, et notamment de déterminer à peu près les parages de la bête qui poussait désormais à intervalles réguliers de longs feulements prédateurs. J'aurais bien parié qu'il n'y en avait qu'une, mais je ne l'aurais pas juré devant les dieux.

Elle nous tomba dessus sans prévenir.

J'avançais sans trop savoir où je mettais les pieds, un peu derrière le plantigrade à la démarche pataude et pourtant nettement moins bruyante : lorsque soudain, une masse plus sombre que le reste jaillit des fourrés et réussit le tour de force de projeter Adèle au terme de son élan. La bête se cabra pour rugir à notre face, et une trouée dans les nuages laissa passer un rideau de rayons lunaires qui la révéla : elle était musculeuse, au-delà de l'humainement possible, bien que toute humanité ne soit pas absente de sa silhouette. Ses mains pourtant griffues auraient pu se servir d'outils, ses pieds pourvus d'ergots tranchants n'auraient pas démérité à l'escalade. Je la voyais bien mieux courir debout qu'à quatre pattes, et une intelligence qui n'avait rien d'animale étincelait dans ses yeux froids.

Toutefois, lui parler aurait été vain, la chose était évidente.

Heureusement, Ève n'était pas femme à parler aux loups-garous, ou pas du moins sans quelques arguments de poids. Le marteau qu'elle avait dans les mains en me dépassant, dans l'intention manifeste de rendre la politesse au monstre, avait un je-ne-sais-quoi de pesant et de très fonctionnel.
J'étais là, figée dans les ténèbres, témoin de ce spectacle que je n'oublierais jamais : une guerrière à l'armure frappée d'un lion, étincelante sous une pluie de lumière et brandissant son arme face au suprême prédateur. Riez-en ou non, mais mon âme de Skalde, à cet instant précis, savait plus intimement que jamais que ma place était à ses côtés.

Tandis qu’Ève faisait face à son adversaire, je posais les paumes dans l'humus gras du sol et fermais les yeux. Ma magie n'était pas qu'un vulgaire tour de passe-passe destiné à faire briller les pièces ou le vin. Elle était un ordre, un commandement impérieux qui rappelait les légendes de leur oubli, qui les faisait revivre non plus dans leur histoire mais dans celle du monde présent. Je pouvais l'espace d'un instant lier le fil du destin d'une personne à celui du destin d'un héros.

Ma voix prit un timbre farouche et sauvage, tandis que je citais ma poésie skaldique aux oreilles de la forêt.


« Écoutez Völuspà, l'Edda qui raconte le Ragnarök, le jour où les dieux connaîtront le goût de la mort. Il est dit que la race du loup de Fenrir dévorera le soleil, et que Fenrir lui-même mangera le cœur d'Odin... »

J'invoquais mon pouvoir avec des tournures dépassées, qu'on n'entendait guère plus qu'avec emphase dans les vieilles sagas. C'était normal : je m'étais faite leur parole. Leur réminiscence.

« Écoutez ! » criai-je. « Car alors arrive le noble fils de Sigfödr, Vidar ; et il vient pour tuer le charognard. La bête a mangé le dieu, et en retour un autre dieu lui fendra la gueule : ainsi Vidar a marché sur la mâchoire de Fenrir et a brisé le loup. Écoutez ! »

Mes mots n'étaient pas que de simples mots, et ils roulèrent dans la nuit comme peut rouler tonnerre. Chaque phrase venait épaissir l'air, travestir la réalité. J'évoquais comment un dieu avait tué le père des loups, et j'abattais cette légende tout autour de nous comme on peut jeter une couverture sur un feu pour l'étouffer : peut-être Ève aurait-elle dû mourir face au garou, ou peut-être pas. Mais avec ma bénédiction, elle pourrait lui briser le crâne d'un coup de pied, ou accomplir quelque autre prodige face à lui.
Elle était devenue pour moitié Vidar, victorieux face à Fenrir : c'était là l'essence de ma magie. Créer des parallèles avec les légendes et en déterminer l'issue, telle que les sagas l'avaient voulu...

Je me détournais du combat qui s'intensifiait, laissant à Ève le soin de triompher : je n'oubliais qu'il s'agissait probablement de Babeth, et je devais trouver sa peau, sans doute toute proche.
La petite devait être libérée, et non tuée. Nous étions là pour la sauver...
[/b]
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Jeu 29 Aoû - 2:46
Ma vie, en ces quelques instants, ces simples gestes, fut immédiatement propulsée de « plaisante » à « particulièrement extraordinaire », et ce quel qu’étaient les événements futurs qui pourraient me tomber dessus, comme par exemple le fait que la lune soit pleine ce soir ; fait qui, au fond de mon esprit, restait tel un désagrément mineur, ne parvenant pas réellement à attribuer à la chose la gravité qui, pour un individu normal, lui était attribuée. Je n’avais réellement apprécié qu’elle risque sa vie quelques instants plus tôt et donc, en toute logique, lui avait offert une claque, belle et sonore, mais je ne tenais pas à rester sur une note aussi négative ; et puis, elle était si belle, ses lèvres si magnétiques, qu’il aurait été un crime de ne pas à nouveau lui voler ce long et doux baiser, sucré et addictif. Comme pour rendre ma vie parfaite, elle semblait plus que consentante à ses « échanges », m’offrant un sourire réjoui qui faisait à nouveau déferler en moi l’euphorie comme un raz-de-marée sur la morosité ; et comme si ce n’était pas assez, la belle et sa voix magique, j’en étais certaine maintenant, n’hésitait pas à me flatter, rougissant mes joues sans scrupules pour me rappeler que je n’aurais jamais ce talent des mots – heureusement, ce n’était pas les seules choses à faire avec sa bouche…
 
« Attends, je souffle toutes les chandelles que tu as allumées devant mes yeux et j'essaie de m'orienter… »
 
Apparemment, elle n’était pas la seule à flotter sur un petit nuage, et c’était en cet instant que je vouais une haine profonde envers la pleine lune qui brillait de tous ses feux dans son ciel étoilé ; n’aurait-elle pas pu nous laisser tranquilles le temps d’une nuit ?
 
« Voyageur des plaines, tu n'oublieras jamais de saluer la roue du tissage de Frigg, les trois étoiles de la ceinture d'Odin, qui toujours t'indiqueront ta route en Midgard. »
 
Sans aucun doute les constellations clés à repérer dans la carte céleste ; j’aurais dû y penser, sauf que moi et les étoiles, ça faisait deux, et que j’avais peine à retrouver le simple nord grâce à elles, en témoignait l’étrange « disparition » de Lumïa au milieu de ses pleines qui avait semblé éviter mon parcours, ou encore la voie torturée que j’avais emprunté dans les montagnes jusqu’à Shor. Et si Lucartë ne semblait posséder un sens de l’orientation décent, elle avait le don de connaître les constellations pour se repérer dans Rune Midgard à grande échelle, et lorsque l’on savait la forêt à l’ouest d’Asunia,, la direction paraissait claire ; en prenant rues et avenues au hasard dans cette direction, nous ne tarderions pas à tomber sur un pan de muraille qu’il nous aurait suffi de longer pour atteindre une porte. La belle avait pris les devants, moi progressant derrière, et je souriais de plus en plus au fil des passants noctambules interrogés et surtout au silence qui suivait la plupart de ses interrogations, ou aux borborygmes des badauds ivres qui peuplaient les rues les plus sombres ; une trentaine de minutes tout de même nous fut nécessaire pour atteindre les limites d’Asunia, malgré que, je n’en doutais pas, un itinéraire calculé nous aurait pris moins de la moitié du temps.
 
Les gardes se dévoilèrent enfin, jusqu’à lors occultés par la nuit, leur présence comme justifiée par les hurlements lupins qui retentissaient derrière les murs de pierre ; je ne savais si je préférais qu’ils soient tous poussés par la même bête, témoignant alors une agressivité hors du commun, ou s’ils étaient plusieurs à en vouloir à l’humanité, à baver et faire d’autres choses bestiales et contre la société. J’ignorais même s’ils, entre eux, en possédaient une certaine forme, ou s’ils s’entre-tuaient pour leur intérêt personnel – à vrai dire, la seconde solution, qui aurait pu me soulager de me réduire du travail, m’inquiétait plus qu’outre mesure : si ma théorie se révélait réelle, Babeth courrait un grand danger, et nous devions donc agir au plus vite.
 
« Halte ! Ça gronde dehors, ce n'est pas le moment d'aller faire des fantaisies. »
 
« Sans blagues ? Moi qui croyais que c'était des chats. On aurait dit à s'y méprendre celui de ma grand-mère lorsqu'il réclame sa pâtée de bœuf... »
 
Si nous finissions en geôle pour le reste de la nuit… En fait, une part de moi-même aurait aimé que nous soyons jetées toutes deux dans la même cellule pour les six prochaines heures, tandis qu’une autre, plus raisonnable, priait tous les dieux pour qu’ils nous laissent passer.
 
« Nous ne sommes pas d'Asunia, alors vous ne risquez pas de vous faire taper sur les doigts pour avoir laissé deux citoyennes se faire grignoter. C'est notre mission qui nous amène ici, et figurez-vous qu'elle a un rapport avec l'extermination de diverses calamités lupines - ce qui au passage vous éviterait de vous y frotter, si par miracle on arrive à faire notre travail correctement, sans qu'on nous en empêche. »
 
Sa langue acérée avait encore frappée, elle qui, il n’y a pas une heure, me faisait un joli compliment, jouais désormais du sarcasme comme un oiseau se joue des courants d’air ascendants, sans oublier ses talents pour conter les légendes dont j’avais pu profiter plus tôt ; et malgré son ton satyrique, la vérité  se cachait dans ses paroles, force étaient les gardes de l’admettre, et de nous offrir l’opportunité de nous faire déchiqueter pas les loups  - ou aux loups de se faire déchiqueter, cela restait à voir. Adélaïde n’avait pas tardé à nous rejoindre tandis que nous nous approchions de la forêt, et j’ignorais comment on avait pu la laisser sortir ; je supposai que, dans l’après-midi, les nobles aimaient à faire des promenades dans les bois et que, pour eux, les portes étaient ouvertes. Quoi qu’il en était, elle portait mon armement – ainsi que mon matériel de forge dont je n’avais cure pour l’instant – et quelque chose me disait que j’allais en avoir besoin dans les prochaines heures ; tandis que je lui fis un clin d’œil pour la remercier et également la saluer, je défaisais les harnais et attaches qui retenaient mon armure ainsi que Fafnir, mon marteau de guerre. L’arme, d’un bon mètre et demi, pesait son poids en métal, et, si certains, plus téméraires et robustes, en useraient à une main, un bouclier dans l’autre, je préférais l’user à deux, pour plus de maniabilité – et aussi, mais je n’aimais pas trop l’avouer, car je manquais de force pour l’employer de cette manière. Je ne tardai pas à terminer mon habillement, retrouvant la chaleur métallique de l’armure, m’offrant un certain repos, car, jusqu’à lors, j’avais dû réguler ma température corporelle à l’aide de la magie.
 
« Et si tu restais près de moi, hein ? »
 
 
Comme si j’avais envie de la perdre ; j’avais presque envie d’y aller seule plutôt que de l’emmener ici avec moi. Ce fut à l’instant où nous pénétrâmes la forêt que l’obscurité profonde et effrayante me tomba dessus, m’apparaissant soudain comme s’il en avait toujours été ainsi, et que les quelques flambeaux des remparts derrière nous n’avaient jamais existés ; malgré cela, la lune, par endroits, laissait percevoir quelques rais de lumière blanche, transperçant les feuilles, offrant quelques zones ou notre acuité était plus efficace, mais pas pour autant plus utile. Comme d’habitude lorsque un de mes sens était à l’épreuve, en l’occurrence la vue, je me concentrai sur les autres, et l’ouïe n’en était pas plus rassurante : nombreux étaient les sons inquiétants qui nous entouraient, offrant une atmosphère métamorphosée ; je n’avais jamais que exploré des forêts le jour, et à vrai dire, j’aurais aimé conserver cette ignorance plutôt que vivre cette expérience. Adèle progressait non loin de nous, et je l’avais emmenée car elle connaissait la forêt et ses dangers ; malgré cela, je le regrettais de plus en plus, de peux qu’il lui arrive malheur, et au moindre indice concret du danger qui, nous le savions toutes les trois, nous entourait, je l’expédierai aux murailles.
 
Sans crier gare, l’ombre fila devant Adèle, la faisant se stopper soudain dans sa marche ; dans un rayon de lune, nous pûmes apprécier la vue de cette créature digne des enfers se mesurer à nous, de son corps plus musculeux que raison et ses griffes et crocs trop imposants. Prenez un humain, ajoutez-y un trop plein de force, des poils drus de loups et des ongles se rapprochant plus de lames d’épées que de réelles griffes, et vous obteniez l’animal, si je pouvais appeler cela ainsi, qui se tenait devant nous. Il ne me restait plus qu’à faire s’exprimer la part de Naine qui était en moi, faire honneur à mon peuple et exterminer cette abomination ; ou plutôt, la rendre hors d’état de nuire, car, certes, il était possible que le loup ne soit la petite Babeth, mais je ne pouvais vérifier cette information, et j’allais devoir prendre garde à ne pas tuer la créature, de peur de descendre la fillette par la même occasion. La meilleure solution était probablement de tenir la bataille le plus longtemps possible, de manière à ce que Lucartë puisse dénicher la peau de louve de l’enfant et la brûle.
 
Adèle, sauve toi immédiatement et retourne aux murailles. C’est un ordre, je te déconseille d’essayer de me désobéir.
 
Certes, j’aimais l’humour, et tout ce qui touchait au rire et à l’amusement, sauf lorsque l’on parlait de vies ; je n’aimais pas vraiment que l’on risque inutilement des individus vivants. J’en avais déjà trop souffert avec Adèle, alors je refuse de devoir le subir une seconde fois, et il en était de même pour Lucartë qui n’avait pas intérêt à rester près d’ici.
 
Baruk Khazâd ! Khazâd ai-mênu !
 
« La hache des Nains ! Les Nains sont pour vous ! »
C’était plutôt un cri destiné à l’armée, pour entamer les grandes batailles épiques, celles qui restaient dans les mémoires, mais… J’avais toujours rêvé de le crier. Fafnir, dans mes mains depuis un certain temps déjà, commençait à me démanger ; il n’allait pas être aisé de neutraliser une bête pareille, surtout lorsque je me rendis compte de la vélocité démente qui l’habitait.
 
« Écoutez Völuspà, l'Edda qui raconte le Ragnarök, le jour où les dieux connaîtront le goût de la mort. Il est dit que la race du loup de Fenrir dévorera le soleil, et que Fenrir lui-même mangera le cœur d'Odin...  Écoutez ! Car alors arrive le noble fils de Sigfödr, Vidar ; et il vient pour tuer le charognard. La bête a mangé le dieu, et en retour un autre dieu lui fendra la gueule : ainsi Vidar a marché sur la mâchoire de Fenrir et a brisé le loup. Écoutez ! »
 
Je n’avais pas écouté, il me semblait simplement qu’elle comptai une légende ; je n’y portai guère attention et me contentai de profiter de l’adrénaline qui avait déferlé dans mes veines aussi vite que l’euphorie après le baiser il y a quelques heures ; j’allais déplacer des montagnes, défier des dieux, braver les forces naturelles et tuer le Jörmungandr, le démon Loki et le loup Fenrir, d’un seul coup de marteau ! Sus au loup-garou ! La bête n’eut le temps de réagir que je lui avais offert un coup de pied cuirassé dans les côtes, l’envoyant directement s’écraser contre un arbre derrière lui, faisant par l’impact trembler tout son écorce. Tout comme je m’y attendais, un peu sonné mais plus haineux que jamais, dans un élan de rage féroce, il s’élança vers moi, au même instant que Fafnir vers lui, de toute mes forces pour que je puisse admirer au fond de ses yeux, un instant, une lueur fugace de désespoir et de compréhension face à l’erreur qu’il avait commis ; il jurerait, mais un peu tard, de ne plus se faire avoir. Effectivement, il aurait fallu s’y prendre plus tôt, petit chien ! Car en ce moment, tu exerces un vol plané digne des plus grands, pour finir une demi-douzaine de mètres plus loin, le menton frappé durement par une racine. Alors que je m’étais approché de lui pour l’immobiliser, l’écrasant de tout mon poids, je me fis la réflexion que cela avait été un peu trop facile… D’ailleurs, je n’avais toujours pas saisi ce que la belle avait énuméré, toute seule, juste avant le combat, ni où elle avait disparu…
 

L… Lucartë ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Mer 4 Sep - 23:03
Je n'avais pas perdu de temps après avoir jeté ma bénédiction sur Ève. J'avais d'ailleurs agi sans réfléchir, me rendais-je compte tout en courant à travers bois, m'éloignant de l'affrontement entre la bête et la naine. Mes dons se payaient parfois au prix fort, sans que je n'aie mon mot à dire : cela, je n'en avais pas prévenu mon amie, et elle le découvrirait bien assez tôt lorsque je devrais rompre le charme.
Le rouge me monta aux joues et je jurais entre mes dents de me faire pardonner auprès d'elle.

Mais pour l'heure, il y avait plus urgent : retrouver la peau de Babeth, à supposer que ce soit bien l'enfant qui nous soit tombée dessus, ce dont je n'osais douter. Où pouvait-on bien mettre en sûreté une pareille chose, dans un forêt ? Je n'avais du sujet qu'une maîtrise théorique. Des charognards pouvaient-ils mettre en péril une pelisse mal gardée ? Était-elle entourée de quelque funeste aura qui éloignait les importuns ? Et si...

Je n'eus pas l'occasion d'approfondir mes interrogations. Mon pied dérapa dans l'humus gras et je passais à travers un buisson, pour découvrir non sans déplaisir qu'un magnifique dénivelé m'attendait - vers le bas, bien entendu. Je me retrouvais à passer pieds par dessus tête dans un tourbillon de feuilles et de brindilles (Lucartë qui roule amasse mousse) sur ce qui m'apparut comme une vertigineuse descente, stoppée un peu trop froidement à mon goût par une étendue d'eau ténébreuse. Je crevais la surface à la façon d'une pierre, n'ayant jamais été une très grande nageuse.

Les ombres mouvantes du lac me cernèrent de toutes parts, et je battis furieusement des pieds afin de remonter à l'air libre. Je toussais avec l'impression d'avoir avalé de la boue, déjà transie et gagnée par un sentiment de danger : la température était si basse que j'avais l'impression qu'on comprimait ma poitrine dans un étau invisible, et je me demandais un instant si je n'étais pas guettée par un péril ou un autre lié à l'eau froide et dont je n'aurais pas été au fait. Il ne m'arriva toutefois rien de fâcheux, et je pu me traîner sur la rive proche en maudissant les dieux d'avoir mis autant de végétation autour de cette cuvette noyée, m'en ayant masqué la vue. Autant mettre un tapis au-dessus d'une trappe ouverte !

Je m'apprêtais à récriminer à voix haute, cette fois, lorsqu'une pluie de faisceaux lunaire se déversa par une crevée des nuages, au beau milieu de l'étang. Je battis des paupières, sonnée par le spectacle de ce rideau opalin qui faisait se découper un énorme rocher que les ténèbres m'avaient jusque là masqué. Des éclats nacrés de lumière tombaient en morceaux épars dans l'eau, mais ce qui retenait mon attention était cette masse sombre sur la pierre, cette... cette peau, j'en aurais juré, énorme et assez grande pour servir de couverture.

Finalement, les dieux étaient peut-être encore plus farceurs que je ne l'aurais cru, et je n'étais pas la seule victime de leur humour.


« Il est temps de retourner faire trempette... » soupirai-je.

Je pris cette fois la précaution d'ôter la plupart de mes vêtements, qui n'étaient certes pas très imposants déjà au départ, mais n'ayant rien d'une sirène... mieux valait se mettre à l'aise autant que possible. Je n'avais jamais eu pour ambition de faire d'un lac plein de vase ma dernière demeure. J'essayais bien de rentrer lentement dans l'eau, mais son baiser glacé était décidément bien trop sévère. Prenant une grande inspiration, je me jetais dans les bras ouverts de ces ténèbres liquides.
Le choc me coupa le souffle, et j'eus à nouveau cette sensation de mains de givre cherchant à m'écraser la poitrine entre leurs paumes. Je nageais, aussi vigoureusement que je l'osais, pas très rassurée par les résidents sous la surface que mon imagination me laissait supposer. J'atteins péniblement le rocher émergé, agrippant sa surface moussue avec les doigts et respirant à grande haleine.

Décidément, ce genre d'effort n'était pas pour moi !

Je me détrompais d'un sourire narquois, escaladant la surface glissante en ignorant la douleur que le froid faisait naître partout dans mes membres. J'avais l'impression que mes doigts étaient congelés, et que chaque goutte d'eau perlant sur ma peau était comme une pointe de neige s'y étant enfoncée, mais là n'était pas le plus important.
Je parvins jusqu'au sommet de ce monolithe à moitié noyé, posant mes mains sur la pelisse tant convoitée. Elle était noire, noire comme le charbon dans le ventre de la terre ; je l'étudiais avec la curiosité qu'on me connaissait, cherchant à y découvrir des membres, une tête, une queue, et à chaque fois que je croyais tenir enfin une patte, la peau me glissait des mains et retombait en un tas informe et mystérieux. Je renonçais à en percer les secrets : c'était bien là la marque de la magie.

J'étais secouée de tremblements, mais celui qui remonta soudain le long de mon échine n'était en rien dû au froid. Je devais brûler ce cuir que j'avais trouvé, mais avec quelle torche ? Je m'étais bien dit, rapidement, que je pouvais le faire avec ma sorcellerie, la facette mauvaise du pouvoir qui m'habitait ; mais je ne pouvais maintenir ma bénédiction en même temps, et de ce fait, Ève en paierait immédiatement le contre-coup. Mettre un terme à mes charmes héroïques occasionnait systématiquement un revers souvent douloureux, que je n'étais pas toujours à même de prédire avant qu'il ne survienne.

Je n'avais pas pensé devoir me séparer de la demie-naine : une négligence qui pouvait maintenant la mettre en danger.
J'aurais donné cher pour être en mesure de la prévenir en cet instant, mais je n'en avais aucun moyen. J'esquissais une grimace dégoûtée, tournée d'abord vers moi-même : je me faisais l'effet d'une manipulatrice, avec le sentiment de m'apprêter à trahir cette fille du Monastère. Ma malédiction me rattrapait sitôt que je tournais les yeux, semblait-il...

Il fallait faire vite. Je tendis les mains vers la pelisse comme s'il s'était agi d'un brasier dont j'aurais désiré la chaleur. Des flammèches apparurent subitement sur ma peau, me léchant voracement les doigts, et elles n'avait rien de chaleureux ou de bienveillant. Il s'agissait là de ma sorcellerie, un feu surnaturel qui brûlait sans réchauffer, non pas orangé et lumineux mais sombre, bleuté, violacé. Avec un rictus de colère, je le jetais contre la peau de loup ; une gerbe affamée s'abattit dessus et commença à la dévorer.

Je sus alors, intimement, que ma bénédiction venait de se dissiper ; et avec son départ venait le mal. Là encore, je sus au plus profond de moi-même ce qu'il en était, et quel tourment allait affliger Ève, tandis que j'aurais été incapable d'en avoir ne serait-ce qu'une vague idée une minute plus tôt. Vidar était connu dans mon Edda pour avoir brisé le loup, et en contrepartie, celui qui recevait sa bénédiction finissait par se sentir brisé à son tour. C'était là une douleur abominable, sans qu'elle ne s'accompagne d'une réelle blessure, et je savais que moi-même n'aurait pas été capable de la surmonter. Mais Ève... elle était plus forte. Elle pouvait l'endurer, croyais-je.

Je devais le croire, j'y étais forcée. Je ne l'avais pas prévenue des effets parfois pervers de mon pouvoir et si jamais je la mettais en danger à cause de cette ignorance...

Je me jetais à l'eau, laissant derrière moi les vestiges du loup retourner à la cendre. Je traversais le lac en ignorant mes muscles endoloris et ma respiration éperdue ; je gravis à toute allure la pente que j'avais dévalé plus tôt et détalais dans la sylve, reprenant le chemin inverse que j'avais emprunté. Je devais retrouver Ève au plus vite. Elle était cette héroïne qu'il me fallait ! Cette héroïne que mon destin réclamait ! J'étais frappée du sceau maudit de la trahison, et si je voulais l'effacer... si je voulais m'affranchir... je savais que je n'y parviendrais qu'aux côtés d'une véritable légende.
Ève deviendrait cette légende. Et moi, je trouverai ma liberté à ses côtés.

Pour ça, ricana une voix au fond de ma tête, il allait falloir qu'elle survive à mes bourdes et à mes erreurs. C'était mal parti.

Je regagnais enfin l'endroit où je l'avais laissée ; la cime des arbres masquait le regard des étoiles et les ombres se faisaient oppressantes. Nul combat, car il était déjà fini, et sans prendre le temps de m'enquérir de la présence du loup, ou de son absence, je couru jusqu'à elle ; la demie-naine était adossée à un arbre et j'ignorais comment elle avait encaissé le contre-coup de mon charme.

Je ne pris pas le temps de le vérifier.

Mes bras se nouèrent à son cou comme si ce geste était le plus naturel du monde et je me collais, glacée et trempée, au métal guère moins froid de son armure. J'allais virer au bloc de neige, mais je m'en moquais pas mal !


« Pardonne-moi ! » soufflai-je dans le col de sa cuirasse.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Jeu 5 Sep - 7:21
Mon esprit et mon bon sens se battaient férocement contre ma vantardise et mon estime de mes capacités guerrières, refoulées par le précédent combat, si ‘l’on pouvait nommer cela ainsi ; d’après moi, ce genre d’événement était censé durer plus de quelques secondes… Un coup de ma botte de vrai-argent l’avait envoyé s’écraser contre un arbre, et le violent coup de masse d’arme qui s’en était ensuivi n’avait rien arrangé à l’état de santé du lycanthrope qui s’en était parti voler contre une racine, plusieurs mètres plus loin ; je pense qu’il respirait cependant encore – information capitale, si l’on considérait que Babeth, la petiote que nous étions censée sauver de sa malédiction, était potentiellement cette bête inanimée non loin. Je n’en connaissais pas grand-chose, mais il me semblait que ce genre de créatures ne se laissaient pas avoir si facilement ; probablement qu’elle était assommée, tout simplement, et l’on pouvait dire que c’était l’état le plus adapté s’il se révélait que sous ce corps velu se cachait la fillette. Après avoir expédié l’animal, je n’étais pas resté inactive, et avait ressenti le besoin soudain de faire un tas de choses épiques, comme tuer un dragon ou sauver un royaume, mais je n’avais rien de quoi faire ce genre de prouesses ici, alors je m’étais employé à passer ma rage sur un tronc d’arbre qui gisait non loin après avoir posé sur le cadavre de mon ennemi pendant plusieurs minutes, triomphalement ; au bout d’une quinzaine de coups, il en était au bord du déracinement, et c’est à l’instant où il s’écroula que je me demandai pourquoi je l’avais fait, pourquoi aussi j’avais pu massacrer à un tel point le loup-garou et pourquoi j’étais si agitée. Tant de questions, trop peu de temps, trop d’énergie à revendre ; pour passer le temps, je songeai à Lucartë, et l’envie me vint de partir à sa recherche soudain pour la sauver d’un monstre terrible, et d’enchaîner sur le sauvetage du monde ; j’avais vraiment un problème.
 
Heureusement, un grognement à ma droite m’indiqua qu’une de ces abominations lupins fonçait droit sur moi, ayant mis de côté toute notion de discrétion pour s’atteler à une approche plus directe du morceau de viande le plus proche – moi. Peut-être était-ce en fonction de l’avancement de la nuit, car il avait semblé qu’il était plus féroce que tout à l’heure. Quoi qu’il en fût, je m’étais placé en position de combat pour le recevoir.
 
Je n’avais plus aucun espoir. Une vague d’horreur m’avait secoué tout le dos, me glaçant l’échine et me faisait tourner la tête tandis que j’avais les mains sur les genoux, tête baissée. Je n’avais même plus envie de regarder l’animal se ruer sur moi ; mon seul regret était de ne pas avoir Lucarte près de moi pour ma fin, Lucarte, la belle, l’acidulée, comme un bonbon, celle que j’avais l’impression de connaître depuis cinquante ans, celle avec qui j’aurais aimé vivre l’éternité, celle que je ne voulais plus quitter. Je m’efforçais de graver son visage dans ma mémoire avant de périr, de sentir une dernière fois dans mon esprit le goût de ses lèvres, son odeur, si subtile et douce, ou même sa voix aux milles merveilles, lançant des sarcasmes comme des serpents venimeux tant que des fleurs magnifiques ou des légendes que l’on ressentait jusqu’au fond de soi.  Et surtout, je voulais revoir ses yeux, son regard doré, ses iris si magnifiques, aux mille facettes, brillants, pétillants, joyeux, magiques, et ses courbes, discrètes et majestueuses, parfaitement dessinées. Je ne pouvais pas abandonner ça. J’allais vivre. Vivre avec elle, vivre pour elle. Pour toujours.
 
La bête me lacère l'arrière de la tête avec ses crocs, ou autre chose plus tranchante encore. La douleur perla soudain à l’arrière de mon crâne, comme si ma chair s’était déchirée et que les griffes de la bête me lacéraient la tête, arrachant la chair à vif de mon corps dans des giclées de sang.
Elle est blanche, horrible, et j’ai l’impression d’avoir une lace qui traverse mon crâne de part en part, mais ce n’est pas le temps de flancher. Pourtant, des images me parviennent, de ma vie d’avant, du temps ou mon grand père et ma sœur sont encore en vie. Je me souviens lorsqu’Adèle est morte, les images me reviennent en mémoire soudain, alors que tout était si flou. Je me sens un peu comme en cet instant, et mon ancêtre me vient en tête ; il n’a rien dit lorsque je lui ai amené les deux corps sans vie, il est resté très calme, et dans sa détermination, il a sauvé deux vies. Je crois qu’il s’appelait Shiro, je me rappelle de ses cheveux courts et gris et de ses lunettes rondes. Alors je tente d’agir comme lui.
J’ai lâché ma masse sur le sol sous l’impact, et je vois flou l’herbe verte foncée dans la nuit, mais je parviens à la ramasser, et la soulever tandis que la bête tente de lacérer mon armure ; inutile, elle est en vrai-argent. Et dans la même volonté, la même puissance que mon père, mon grand-père, que leurs pères et leur mères ont eu, avec la même puissance qui est en tous les Nains, la force d’Ymir, j’abats ma masse d’arme sur sa tête, dans un sinistre craquement. Je ne regarde plus son crâne enfoncé, je ne fais plus que tenter d’oublier la douleur qui me martèle le crâne, adossée à un arbre, comme si de rien n’était.
 
Le silence s’était fait, et l’atmosphère si particulière de la nuit m’avait englobée, en compagnie de celle de la forêt, de ses sons étranges, de ses bruissements, de ses mystères ; seuls les hululements de la chouette se font entendre avec précision tandis que je ferme les yeux le plus fort possible, pour retenir mes larmes. Lorsque je les ouvrai à nouveau, je vis Lucartë approcher, et je soupirai de soulagement ; je ne pensais pas qu’elle n’ait vu aucun signe de mon état, car elle s’était approchée de moi en courant pour m’enlacer.
 
« Pardonne-moi ! »
 
Avait-elle été responsable de quoi que ce soit dans les passés événements ? Je l’ignorais. Peut-être, mais j’avais la tête trop embrumée et beaucoup trop de mal à réfléchir tant je souffrais ; je lui souris, pour montrer le corps de la petite fille non loin, que j’avais expédié, au bout de mon doigt, et que j’avais remarqué en même temps que la belle. Je n’ai même pas l’envie de savourer notre victoire.
 
Adèle, peux-tu venir, s’il te plaît ? J’ai besoin de toi.
 

Je n’arrive même plus à différencier mes échanges mentaux et verbaux, c’est trop tard. Alors je l’embrasse avec toute ma chaleur – je crois que j’ai de la fièvre, je suis brûlante – tout mon amour, toute ma vie ; je la presse contre moi, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que je doive me dégager. Alors, je tente de murmurer un « je t’aime » avant de m’écrouler, mais je ne sais pas si elle l’a entendue. Je l’espère. Son visage est la dernière image qui me vient avant de tomber dans l’inconscience, et que le sang qui s'écoule de ma tête ne vienne tâcher l'herbe verte.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Jeu 12 Sep - 8:21
N'avez-vous jamais eu cette impression, où le monde change soudainement de visage ? Comme si vous veniez seulement d'ouvrir les yeux, de voir pour de bon ; comme si un instant vous vous fourvoyiez complaisamment dans un miroir, et que la seconde d'après il volait en éclats en vous livrant la réalité nue, brutale et effrayante.

Il y a deux battements de cœur, je me laissais supporter par les bras de métal d’Ève. A présent, je sentais couler sur mes doigts noués dans son dos la chaleur familière du sang, et je levais le nez pour lire dans son regard : j'y vis la lumière de sa vaillance qui vacillait. Là où avait brillé les flammes féroces d'une résolution de fer ne restait plus que la timide langue d'une bougie ballotée en tous sens. Je la dévisageais, mortellement pâle : j'ignorais quel était l'état exact de la demie-naine, mais elle paraissait au moins durement touchée, et je n'osais lui demander de se retourner afin que j'examine la blessure dont elle devait souffrir.
Le sourire qu'elle me lança à cet instant n'était pas des plus convaincants.

Je remarquais alors seulement la petite fille, notre Babeth, étendue plus loin et inconsciente. A quelques mètres de là gisais le corps brisé d'un loup-garou au faciès écrasé. La lutte avait fait rage ici, mais Ève avait comme l'air... paisible.
De la paix qui peut régner dans un cimetière.

J'ignore ce qui lui prît : toujours est-il que ses mains se refermèrent sur mes épaules, ses doigts de fer meurtrissant dans leur hébétement une peau gelée que je ne sentais même plus ; elle venait d'appeler son ourse à haute voix, alors même qu'elle avait renvoyé Adèle un peu plus tôt. J'y voyais le signe de son épuisement et d'un début de délire, mais mes pensées stoppèrent net lorsque les lèvres de la forgeronne vinrent, pour la troisième fois aujourd'hui, s'unir aux miennes.

Pourtant, je ne répondis pas à son baiser. Je demeurais là, figée, comme frappée par la foudre, incapable de réagir hormis au moment où elle glissa au sol, car je tentais de la retenir en vain. La demie-naine eut toutefois le temps de murmurer dans un dernier souffle des mots que je ne compris pas. Et puis, pour être honnête, j'avais plus urgent à m'occuper que de déterminer ses éventuelles dernières paroles...

Je l'attrapais par le col, dans un effort futile ; elle était si lourde avec sa cuirasse que jamais je ne pourrais la déplacer. Le vent qui se leva alors aurait pu être le rire d'un dieu malin, me confrontant à ma propre impuissance. Un filet de sang venait faire virer au pourpre l'herbe sombre de la forêt, donnant aux feuilles tombées les reflets d'un détestable automne.
A quoi bon enfin trouver un héros si elle devait mourir dans l'heure !

Ma main marbrée de vermeil se referma sur la mâchoire d’Ève et je la dévisageais d'un regard farouche, comme si cela pouvait l'empêcher d'expirer.


« Essaie seulement d'en finir, et je te maudis jusqu'à tes ancêtres » grondai-je entre mes dents.

Je détournais les yeux après avoir prononcé cette sentence... pour me retrouver nez à museau avec l'ourse harnachée de la forgeronne. Mes sourcils s'arrondirent sur une expression de stupéfaction, renforcée par la vive intelligence qui brillait dans les iris du plantigrade. Je crus y lire non pas une pensée, ni une demande, mais tout un discours que je ne comprenais pas tout à fait. Il y a des moments, lorsque les évènements vous dépassent, lorsque le destin prend une tournure que vous n'auriez jamais imaginée... où il faut simplement faire confiance à d'autres. C'est ce que je fis ce soir-là au moment où Adèle se coucha afin que je parvienne à installer Ève et Babeth sur son dos.

Le harnais de l'animal n'avait déjà pas l'air très confortable et voir la forgeronne ainsi que l'enfant installées dessus était plutôt cocasse, aussi en aurai-je ri si la situation n'était pas si dramatique. Pour l'heure, j'avais plus envie de mettre à mort le genre lupin dans son ensemble (avec à l'esprit maintes idées intéressantes sur la manière de procéder) que de rigoler au clair de lune.

Le chemin du retour se passa comme... comme dans un rêve. Lorsque vous marchez sans trop savoir où ni trop savoir pour quelle raison, suivant la silhouette pataude de l'ourse qui se frayait un chemin dans les broussailles sans guère se soucier de si je parvenais à la suivre ; seul son fardeau importait. Je pris toutefois conscience qu'il y a un inconvénient évident aux tenues aguicheuses que j'affectionnais de porter : lorsque vous aviez froid, c'était pour de bon, car je garde de ce trajet dans la forêt un souvenir aux relents hivernaux.
Un instant nous étions dans les bois et l'instant d'après, je perdais Adèle de vue ; et après avoir couru, gagnée par un sentiment de panique, j'émergeais de la lisière pour découvrir les champs déserts des alentours d'Asunia.

Revoir les étoiles sembla me rendre un peu de la vivacité d'esprit dont la fatigue de cette nuit mouvementée m'avait privée. Il fallait regagner la cité au plus vite, et trouver un endroit et si possible quelqu'un pour s'occuper d’Ève, qui allait autrement finir par avoir plus de sang sur elle qu'à l'intérieur (ce qui n'a jamais été un signe de bonne santé, chez qui que ce soit) : je m'occuperai de Babeth plus tard, dont l'état paraissait moins critique. Ceci dit, souhaiter une chose ne l'a jamais concrétisée et je devais bien avouer ignorer totalement où aller ni qui voir. Cette ville que je ne connaissais pas, dans les bas-fonds de laquelle j'étais ordinairement prête à me laisser entraîner sans pudeur ni hésitation, me faisait soudainement peur. Si grande, si insensible, si... sans visage... Trouver un guérisseur compétent à cette heure indue n'avait rien d'une sinécure.

Sauf, évidemment, lorsqu'un garde vaguement dégourdi vous indiquait aussitôt l'adresse en vous voyant arriver avec une gamine et une personne au visage ensanglanté, inconsciente sur le dos d'une ourse. Surtout quand ladite personne revenait après avoir annoncé partir à la chasse au loup-garou.
Devant mon air dépité, le soldat se laissa aller à un soupir et se résigna à me guider dans les rues éclairées de la capitale.

L'édifice devant lequel il me laissa ne payait pas de mine, avec une façade depuis longtemps défraîchie et un toit aux tuiles inégales. Aucune lumière ne se laissait apercevoir par les fenêtres, dont on devinait la propreté au ciel qui s'y reflétait. Je frappais à la porte avec insistance et lourdeur, consciente de l'étrangeté de notre équipage. Une étrangeté qui se devina sur l'expression de l'homme maussade qui vint m'ouvrir avant que je ne finisse par réveiller tout le quartier : le roi en personne aurait pu venir frapper sur son seuil que ses yeux ne se seraient pas davantage agrandis.


« Vous avez une minute ? » fis-je avec un sourire aussi matois que fatigué en réponse à sa question muette.

***
Très pratique, cette ourse. On pouvait dire non à une Skalde échevelée, mais il était déjà plus difficile de faire essuyer un refus à une plantigrade sous la patte de laquelle vous pouviez disparaître en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Bon gré mal gré, Eskil Lotharson (puisque c'était là son nom) avait accepté de prendre Ève et Babeth en charge, sinon de pallier à leurs premiers soins. C'est en maugréant contre les mœurs sauvages des étrangers réveillant les honnêtes gens en pleine nuit qu'il avait fini par obtempérer, tant sous la menace que la promesse d'une bourse bien remplie que je n'avais pas, mais à présent qu'il auscultait la forgeronne (ayant décrété que la petite n'avait strictement rien et se remettrait de ses mésaventures, quelles qu'elles puissent être, au bout d'une bonne nuit de sommeil) une vive lueur d'intérêt brillait dans son regard. Une lueur que je connaissais bien, et pour cause : c'était celle de la curiosité et de la passion pour son travail, non de la convoitise de l'or (bien qu'ici il ne fallait pas s'y tromper : j'étais d'une rare vénalité).

C'est ainsi que je me retrouvais à fixer bêtement ma compagne d'aventure, étendue sur ce qui ressemblait à une table d'atelier en plein séjour du maître des lieux, la tête bandée d'un tissu épais ayant, disait-il, stoppé le saignement. Il s'attela alors à la soulager de son armure et je m'approchais pour l'aider, posant la main sur l'une des sangles de la cuirasse ; l'homme m'arrêta presque aussitôt, grommelant que j'allais le gêner et que je ferais mieux d'aller m'asseoir dans un coin et de cesser de venir me fourrer dans ses pattes. Je fus séduite par l'idée de lui répondre sur un ton cinglant, mais un zeste de bon sens s'interposa aussitôt entre la tentation et moi, histoire de m'empêcher d'aller de sottise en sottise.

Il se passa un long moment, peut-être une heure, ou deux, ou même trois, pendant lesquelles le médecin s'affairait à suturer la plaie. Je finis par m'enquérir d'une voix grinçante ce qui pouvait bien prendre autant de temps, ce à quoi il me répondit que les griffes de la bête responsable avaient profondément lacéré la chair et que ces zébrures se superposaient à certains endroits. Il alla même jusqu'à rajouter que j'étais décidément bien plus agréable lorsque j'étais muette, s'attirant aussitôt un regard plus mauvais que celui d'une vipère sur la queue de laquelle il aurait marché.

A ma grande honte, je finis par m'assoupir. L'épuisement d'une soirée de folie et d'une nuit de péril a fini par se faire sentir, songeai-je en ouvrant un œil fatigué. Je balayais du regard la pièce éclairée par l'éclat de l'aube naissante, remarquant qu’Ève était toujours sur la table mais cette fois, sur un nid de coussins et de couvertures rapiécées qu'Eskil lui avait préparé. Pour ma part, j'étais installée au fond du fauteuil que je m'étais accaparé auparavant pour le regarder faire, Babeth endormie dans mes bras, et n'en avais pas bougé (ce qui se sentait dans mes muscles endoloris). L'ourse de la forgeronne était roulée en boule - une boule volumineuse - juste à côté de sa maîtresse.
J'avais l'impression d'avoir vieilli de vingt ans, j'avais faim et froid dans mes vêtements encore humides, mais ma compagne semblait tirée d'affaire.

Il serait temps de s'inquiéter du reste plus tard, me dis-je en refermant la paupière et me renfonçant dans le siège, prenant mystérieusement plaisir à me laisser bercer par la respiration discrète de l'enfant contre moi.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Ven 13 Sep - 7:34
Tandis que je sombrais dans l’inconscience, je tentais de voir le côté positif des derniers événements, et je devais bien avouer qu’il m’était de plus en plus ardu d’en dégotter un ou deux ; enfin, si, il y en avait un, et non des moindres : Lucartë, la belle Lucartë m’avait retrouvée, et s’était même approchée à portée de mes lèvres, que j’avais tenté d’unir aux siennes un instant, probablement une dernière fois mais… On ne pouvait nommer cela une union lorsqu’elle demeurait à sens unique ; elle m’avait tout bonnement laissée faire, laissant glisser mon baiser tel le vent à travers une grille par un acte, ou plutôt une absence d’acte d’une cruauté sans nom, et cela aussi, elle allait me le payer, lorsque je serais à nouveau en état de m’occuper d’elle. Car je ne doutais un instant que j’allais retrouver la forme bien vite et pouvoir à nouveau la voir, et calmer ma frustration de ne pas avoir pu aller plus loin auparavant ; car oui, malgré l’air innocent (comment ça, pas du tout ?) que je pouvais donner parfois, à chaque furtif regard, la flamme de l’envie était ravivée en moi, toujours grandissante devant un tel visage et corps que ceux qu’elle possédait, non sans rappeler ses origines si incertaines et mystérieuses ne pouvant que renforcer le charme dévastateur qu’elle possédait déjà naturellement.
 
A vrai dire, si j’étais si assurée sur mes chances de survie, c’était avant tout grâce à l’espoir qui vibrait en moi, mais aussi car Adèle n’allait pas tarder à arriver, observer la situation, et, tout comme mon grand-père Shiro et exactement à l’inverse de ce que j’avais fait pour elle en de pareilles circonstances, rester d’un calme et d’une efficacité impressionnante pour sauver ma peau ; et là, en cette position que je ne situais même plus vraiment, toute sensation physique ayant disparu hormis la douleur qui me transperçait le crâne, je me sentais bêtement égoïste et narcissique, tous s’affairant auprès de moi pour me garder en vie alors que je n’étais pas vraiment certaine de le mériter. En avais-je les raisons ? Certes, je voulais, moi, vivre, pour Lucartë, mais n’avait-elle pas décidé, elle, sous un coup de tête, de m’offrir ce baiser, ou plutôt de ne pas me contester, dans le but d’une histoire sans lendemain, un soir ou la lune pleine et l’alcool enivrants avaient embrouillés son esprit? Car Odin savait que je n’avais pas l’intention de la lâcher de sitôt, tandis qu’elle avait peut-être, ou probablement d’autres projets. Tout à coup, je n’étais plus si certaine de vouloir en réchapper, si la réalité se résumait à ces macabres pensées ; car soudain, il y a quelques heures, ma vie entière avait trouvé un sens, un point autour duquel toutes mes pensées allaient graviter, tous mes regards et tous mes fantasmes, et le perdre aurait été perdre la foi en la possibilité d’un futur bonheur, de tout espoir de futur joyeux. Et cela, je ne pouvais le concevoir.
 
Je pense qu’après cela, je sombrai plus profond encore dans l’inconscience, car mes pensées devinrent floues, se rapprochant d’avantage d’un mélange de coma, de sommeil et de lendemain de cuite que à un vulgaire trajet sur une ourse – c’était ce que je supposais de ma situation, car j’avais perdu tout contact avec l’univers ; et si certains auraient pu imaginer l’événement comme agréable, c’en était plutôt tout le contraire. Je n’aurais réellement su le définir, mais si j’avais été contrainte de le faire, j’aurais pu qualifier cet état de mélasse d’inconscience poisseuse, confuse et malsaine, laquelle était parsemée de scènes ou Lucarte se trouvait à ma place à l’instant ou le lycanthrope avait frappé, ou encore la vision de son corps pâle et froid pendu à une potence, entourée de soiffards lubriques et vicelards dans un établissement dont j’avais oublié le nom. De temps en temps, de douces images passaient, tels des flocons de neige, dans mon esprit, comme notre baiser – le premier ou le second, pas le troisième qui fut un échec (oui je les compte, et alors ?) – ou les monts de la lame, les frais tapis blancs au monastère, ma mère, mon père, ma sœur, ou, plus récente, la vue du petit Simon, mon jeune frère aux boucles de blé ; bien sûr, dans un tout autre registre, ne manquaient à l’appel les grottes et autres souterrains dont j’étais terrifiée désormais, depuis quelques années déjà, je vous laisse deviner quel événement ayant pu alimenter ladite phobie.
 
Le noir se refermait de plus en plus autour de moi, entourant mon esprit comme ma tête d’un étau sombre et mortel, malsain et morbide, m’emportant en élucubrations étranges et désagréables dans les torturées méandres de recoins de ma conscience dont je ne soupçonnais même pas l’existence, me rappelant que la mort de ma sœur était de ma faute, que Lucartë ne s’était laissée embrasser par la pire des pitiés, que mon père avait honte de moi, que Adèle était déshonorée d’être de ma famille, que mon mentor me reniait et que je n’avais jamais su forger une arme utilisable, mille et une choses, partout dans ma tête, cherchant la moindre faiblesse à exploiter, et je savais qu’il y en avait trop. Hormis ces attaques sur ma psychologie, il demeurait toujours bien sur des images d’éboulements dans des boyaux sombres et immondes, araignées géantes et autres serpents venimeux ; dans un élan de lucidité, un instant, je remarquai que cela devait être des hallucinations dues à la fièvre, mais j’oubliai bien vite cette affirmation pour replonger dans la terreur.
 
Je ne savais réellement combien de temps avait duré cette descente aux enfers, mais probablement plus longtemps que si j’avais demeuré consciente en Midgard, car je n’avais toujours pas ouvert les paupières cependant déjà, la lumière pointait, rendant mon obscurité rougeoyante et incommodante, et je m’efforçai de rouler sur le côté pour me renfoncer dans l’ombre, et, telle une enfant maugréant pour cinq minutes de répit, m’éloigner de l’agressivité des rayons du soleils, même si je n’avais aucune envie de replonger dans ce coma trouble ; j’aspirais à un sommeil lourd et sans rêves pour l’instant, n’importe quoi pouvant combler ma fatigue, mais il ne pouvait venir, car la douleur, différente de la veille, plus sèche et brûlante, alimentant ma fièvre,  me martelait, à l’inverse de la froide et blanche lacération de hier soir – et qui sait si cela ne faisait pas plus d’un jour que je sommeillais ? Cela aurait expliqué du même coup la chronologie étrange de mes songes.
 
Tandis que je somnolais, je remarquai une chose, qui ne m’avait frappé jusqu’ici : j’étais vivante, et… Lucartë ! Était-elle présente ? Ou était-elle ? Et Adèle ? Et puis, ou étais-je, également ? J’essayais tant bien que mal de ressentir au mieux tout mon corps, qui s’avérait reposer sur une sorte de table couvert de couvertures, et je n’avais plus mon armure, mais il semblait que j’étais toujours dans les habits qui se trouvaient en dessous ; de même que ma tête reposait sur des coussins, détails sans importance qui ne m’importaient aucunement. Ou était Lucartë ? J’ouvris les paupières, agressée par la simple lumière ambiante, pour découvrir une sorte… De maison, je supposai… J’étais dans un bâtiment, et au milieu de la pièce, fait tout à fait étrange. Il fallait que je trouve Lucartë ! Je ne savais plus bien ou j’étais, ni ce que je faisais ici, ni même bien qui j’étais mais cela n’était pas le problème premier. Ou était-elle ? Pas dans mon champ de vision, en tout cas, car je l’aurais repérée immédiatement. Je tentai aveuglément de me redresser d’un seul coup, et ma blessure à la tête me ramena à la réalité, faisant tourner le monde autour de moi.
 
Toute ma mémoire revint d’un seul coup ; je m’appelais Ève Errin, je devais avoir à peu près une vingtaine d’années, j’avais une sœur-ourse nommée Adélaïde et j’avais rencontré Lucartë Lumisia – je me souvenais de l’instant où elle m’avait appris son nom – et j’en étais immédiatement tombée amoureuse. Nous avions pour objectif de ramener une petite fille changée en loup-garou. Et elle, ou était-elle ? Je pense que c’était contre un lycanthrope que j’ai reçu cette chose à la tête, et pour cette même raison que quelque tissu était serré contre mon crâne, un bandage probablement – je n’avais pas encore vérifié. Malgré que tout tanguait autour de moi, j’avais tout de même parvenu à me lever, et à voir la magnifique jeune femme, encore plus belle que dans les songes de cette nuit, serrant contre elle une gamine, que je supposai être celle que nous devions secourir ; également, à mes pieds, une masse de poils bruns ronflant qui me fit sourire. Je replacai mon regard sur la jolie dame, debout, l’air probablement un peu désorientée. Et j’avais beau être désorientée, il y avait une chose que je savais. Une chose dont j’étais certaine.
 
 
Lucartë…
 
"Au moins tu n'as pas perdu la mémoire des noms. Je savais bien qu'il fallait avoir la peau dure pour vivre avec une ourse. Ce n'est pas tout le monde qui peut jouer à pierre-feuille-ciseaux avec un loup-garou et se réveiller le lendemain comme une fleur (à ce propos, le bandage autour de la tête te va à merveille, mais essaie de ne pas en faire une habitude). Non pas que tu sois vraiment une fleur, remarque, plutôt un genre de... de ronce tenace et têtue."
 
 
Elle avait éclaté d’un beau rire, mélodieux, et la petite s’était réveillée.
 
- Cette ourse, Adélaïde, c’est ma sœur dans un corps animal.
 
- …
 
- Je t’aime.
 
Je n’avais, dans l’instant, fait qu’énoncer une réalité, l’une des seules et uniques choses dont j’étais certaine actuellement ; plus tard, je me rendrais compte que j’avais tout précipité, peut être tout gâché, dans un élan amoureux. Mais présentement, j’étais contente d’avoir mis les choses au clair.

BIM HAHAHA:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Mer 18 Sep - 15:33
Apparemment, je n'étais pas la seule à posséder un caractère plaisantin. Ève savait y faire, de toute évidence, car soit elle se payait ma tête, soit elle était au moins à moitié folle. Soit le coup sur sa tête avait été bien plus profond que présumé, ce qui était encore possible, et je fronçais les sourcils en me demandant si cela m'interdisait de lui flanquer une tape sur le crâne pour lui apprendre à raconter des âneries. La Skalde ici, c'était moi, c'était donc à moi que revenait le précieux privilège de pouvoir raconter des histoires invraisemblables à mon entourage !

Toutefois, il y avait un éclat très sérieux au fond de ses yeux de corail marin. Un éclat que je reconnaissais, et qui clamait haut et fort qu'elle croyait à ce qu'elle disait. L'ourse, sa sœur ? Était-ce une parabole ? Je gageais que non, pas d'après la façon dont elle me l'annonçait. Quant à sa déclaration, elle me frappa étrangement, comme une vague de givre qui passerait juste à côté de vous : quelque chose qui ne vous heurte pas, qui ne vient pas frapper à la porte de votre cœur, et qui pourtant vous traverse d'un grand frisson. Je ne comprenais pas, alors, toutes les implications que ce « Je t'aime » supposait et préférais de loin ne pas me pencher sur le sujet ; je l'avais toujours évité et ce n'était pas aujourd'hui que j'allais changer mes habitudes, ni même demain.


« Adélaïde, ta sœur ? Il y a peut-être un air de famille dans le regard affamé, en effet, voire dans la façon dont vous chassez le miel, mais de là à prétendre que vous êtes du même sang... »


Je badinais, évidemment, mais avec l'étrange sentiment que c'était bien moi qui étais à côté de la plaque, comme un profane blasphémant devant l'autel d'Odin. Je décidais alors d'accorder sa part au bénéfice du doute, et réfléchis en mon for intérieur : il est vrai que le plantigrade semblait comprendre Ève d'une façon aussi extraordinaire que mystérieuse, et qu'elle avait accouru au moment propice sous l'injonction de la forgeronne, semblait-il, bien que se tenant à des kilomètres de là (comprenez qu'une Skalde telle que moi ne puisse croire aux coïncidences). Et si... et s'il y avait une histoire là-dessous, justement ? Et si je n'étais pas la seule que le sort avait transformée ?

Ça en devenait... intéressant. Un sourire pétillant étira mes lèvres sombres.


« Mmh... Excuse-moi, je ne devrais pas dire ça. »

Ce n'était guère dit sur le ton du repentir, mais c'était déjà un effort auquel je n'étais pas tellement habituée. Poussant un soupir, je chassais Babeth de mes genoux et me levais, après quoi je m'étirais langoureusement. Je ne sentais plus vraiment mon corps, tout fourbu et froid. Mais cela, j'y étais habituée, songeais-je en me massant les bras. Depuis le jour où j'avais été maudite, jamais ma chair n'avait retrouvé sa chaleur.
A l'inverse, Ève semblait ne jamais souffrir du moindre coup de frais.


« Ramenons Babeth chez elle. »

La petite pépia de joie à cette évocation, et nous sortîmes en douce (soit Eskil n'était pas encore levé, soit il jugea bon de ne pas se manifester) pour raccompagner la fillette. Un sentiment d'inquiétude courait dans mes veines sur le trajet, comme je craignais que l'identité du second loup-garou ne s'avère être celle de son père ; un doute qui se dissipa bien vite lorsqu'Olaf nous ouvrit la porte, l'air plus usé et troublé que jamais. Pourtant, à la vue de son enfant, il s'éclaira d'une lumière que même l'or ne possédait pas...

Nous repartîmes, alourdies d'une bourse pleine que je tins absolument à garder entre mes mains, sachant qu'il nous fallait la remettre à Eskil pour l'aide de cette nuit. Inutile de souligner à quel point je trouvais la vie injuste, à cet instant précis, posant un regard absolument désolé sur la précieuse besace.
Je marchais au milieu des passants sans desserrer les lèvres, cherchant à étouffer dans mon esprit l'écho des paroles d’Ève, l'écho de ce « Je t'aime » qu'elle m'avait lancé avec tant de... de...

Ça n'avait pas été de la désinvolture, encore moins de la nonchalance. Ça avait été de la simplicité : la simplicité de la sincérité. Or, la sincérité n'était vraiment pas un de mes points forts, tant j'aimais biaiser et louvoyer au travers des mots. La demie-naine était aussi franche qu'un ciel d'été, là où j'étais trompeuse comme un blizzard... Je savais d'avance que cette franchise risquait de me désarmer.
Pousser la porte de la demeure d'Eskil me demanda un effort surhumain, tant je rechignais à l'idée d'abandonner nos précieux gains au guérisseur. Nous n'eûmes pas le choix cependant, et j'avoue avoir pris un malin plaisir à le tirer du lit, sans gêne aucune, pour lui jeter la bourse dans les paumes avec une mine renfrognée. A ce sujet, je notais que Lotharson vivait bien seul, ainsi que je l'avais supposé.


 « Je suppose que ça règle ce que nous vous devons pour cette nuit » grognai-je d'un ton peu amène.

Il cligna des yeux depuis son lit, mais je ne lui laissais pas l'occasion de signaler que c'était trop (sait-on jamais, peut-être était-il probe) : à la place, je claquais la porte en entraînant Ève à ma suite.
Repartir sans le sou était le prétexte parfait pour me produire ce soir dans une taverne, et je comptais bien impressionner la forgeronne, avant que nous ne nous reprenions chacune notre route.

Il était encore tôt dans la matinée, et je décidais de fausser compagnie à la demie-naine ainsi qu'à son ourse, arguant que j'avais quelques affaires personnelles à régler mais que j'aimerais la retrouver ce soir au Dragon Vert ; c'était une auberge du bourg, implantée dans les quartiers moyens, et dont j'avais souvent entendu du bien sur les routes. Vous allez me dire qu'on entend bien des choses, sur les routes, mais s'il y a une rumeur à laquelle on peut généralement accorder du crédit, c'est bien la rumeur d'hospitalité.

C'est ainsi que je m'enfuis, tourner les talons à cette femme que je dépassais d'une tête mais dont je sentais instinctivement que les valeurs étaient bien plus grandes que les miennes. Je la fuyais, oui, dans les échoppes de la ville ; mais je lisais son nom dans les livres sur lesquels mon regard se posait, je discernais son visage dans les enluminures délicates, j'entendais sa voix dans les recoins des bazars que j'explorais. Ce n'était pas de l'amour, non, rien de tout ça : c'était une curieuse obsession, un mystère de l'âme que je ne m'expliquais pas.

Midi était passé depuis longtemps lorsque je finis par m'asseoir au sortir d'une énième boutique, accolant mon dos à la devanture et fermant les yeux. C'en devenait... insupportable ! Cette fille !
Où qu'allât mon attention, elle revenait systématiquement à Ève. Merci de ficher le camp de mes pensées !

Mais mes pensées étaient bien plus libres de moi que moi d'elles, et elles ne m'obéissaient pas à ce point. Je me surpris à guetter le soir, comme une gamine attendant sa fête.


* * *
Music ♫
Oui, c'était l'heure. Quelque part, un cantique dédié au dieu Thor s'élevait jusqu'aux étoiles naissantes. La nuit tombait sur Asunia, à la façon d'un châle discret. Je sentais l'humeur du soir m'envahir, faire pétiller mon sang et battre mon coeur plus vite. Le Dragon Vert...

J'étais entrée par derrière, franchissant une porte accessible après avoir traversé une cour abandonnée. L'ambiance y était chaude et enjouée, avec d'énormes piliers soutenant un étage réservé aux chambres tandis que la grand'salle se laissait envahir tant par les voyageurs que les habitués avides de nouvelles fraîches. Je m'y sentais chez moi, considérant comme mon foyer ces lieux de passage dédiés aux amoureux du périple. Ève était-elle déjà là, étant donné qu'il était déjà un peu tard ? Je l'ignorais : l'endroit était bondé, aussi allais-je directement au comptoir.


« Un grand verre de ton vin le plus fort »
roucoulai-je à l'adresse du jeune homme se tenant derrière, manifestement à peine sorti de l'adolescence. Le rouge lui monta aux joues aussi vite que ses yeux baissèrent vers le corsage que je n'avais pas, et un sourire quasi prédateur naquit sur mes lèvres : cela suffit à le décourager de passer plus de temps à me reluquer qu'à satisfaire ma commande, au point qu'il en oublia de demander la couleur de mon argent. J'en profitais pour m'esquiver prestement.

Je venais de voir la table. Pas n'importe laquelle, non : celle qui était au centre de la salle, celle vers laquelle tous les regards pouvaient converger, celle qui pouvait devenir mon estrade. Elle n'était pas libre, mais que m'importait ? J'y allais d'une démarche souple, limite conquérante, et à chacun de mes pas je sentais mon pouls s'alourdir. La magie - ma magie - commençait déjà à fouetter mon sang et battre à mes tempes, ainsi qu'une avalanche se mettant lentement en marche. Je la sentais, battement après battement, pulsation après pulsation, s'éveiller du plus profond de moi afin de remonter à la surface, magma mal refoulé. Encore un pas, encore une onde de mon invisible pouvoir qui, pourtant, forçait déjà le regard à me suivre et l'oreille à m'écouter. Encore un pas, et encore un autre. Derrière moi, je devinais tout un sillage envoûteur.

Il y avait deux personnes à cette table. Deux sœurs.


« Bonsoir, Ève » susurrai-je à son oreille en passant, l'effleurant de la main en même temps. Sans rien demander, je montais dessus après avoir vidé mon verre cul-sec. Le geste ne passa pas inaperçu, d'autant plus que je me sentais à présent saturée d'un charme qui ne demandait qu'à exploser. « Une jeune naine au visage d'ange... »

J'avais prononcé ces paroles à voix basse, que seules les deux comparses avaient pu entendre. Je claquais des doigts, frappais du talon, et chantais. Je chantais, avec la magie dans ma voix ; je chantais, ainsi qu'une Skalde doit le faire lorsqu'elle raconte ses histoires. Je chantais, haut et clair.

« Une jeune naine au visage d'ange
Avait toujours vécu avec son père dans la grange,
Blanche comme la neige et belle comme le jour
Ils sont trois capitaines qui veulent lui faire la cour !

Le plus jeune des trois la prit par sa main blanche,
Le plus fougueux des trois la prit par la hanche,
Venez, ma belle, ne prenez pas cet air surpris,
Chez les nôtres l'on vous mène dans un fort beau logis !

Leur passant devant le plus âgé lui sourit,
Et interrompant les autres plus ahuris,
Déclare plutôt : chez moi mangez la belle selon votre appétit
Avec le capitaine vous passerez la nuit !

Au milieu du repas, la belle est tombée morte
Sonnez sonnez les cloches, tambours et régiments
Ma maitresse est morte à l'âge de seize ans !

Mais au bout de trois jours, son père s'y porte
Ouvrez ouvrez ma tombe mon père si vous m'aimez
Trois jours j'ai fait la morte pour mon honneur garder ! »

C'était un air bien connu, narrant comment une jeune fille de basse condition préserve sa virginité des avances des grands. Normalement, il n'était pas précisé que la vierge était naine : cette entorse était de mon cru.
Un homme se leva à la fin de la comptine et tira une chaise près de moi, s'y installant avec un luth dans les mains. Nous échangeâmes un regard complice, et quelques instants plus tard la musique reprenait.

Et elle reprit toute la nuit, dans les nouvelles vapeurs de ce vin d'ambre que j'envoyais chercher et que le tenancier m'offrait tant que je continuais mon service improvisé. Des heures durant, je délivrais mon don aux quatre vents, faisant chatoyer l'air de la taverne, l'irisant de nuances à peine perceptibles. J'étais comme une fontaine spectaculaire, buvant et chantant et charmant à tout va, laissant l'auditoire reprendre en chœur les fables les plus populaires de mon répertoire et écouter attentivement les moins répandues. Il y en avait pour tous les goûts, des paillardes aux tragiques en passant par celles qui sont drôles et enseignent la sagesse quotidienne des anciens. Cela dura toute la nuit, et à chaque conclusion je rivais mon regard fauve à celui d'azur que je surplombais, afin qu'elle n'en perde pas une miette.

Il se faisait entre ténèbres et aurore lorsque ma voix se fêla. Aucune source n'est intarissable et la mienne était épuisée pour un moment, sentis-je tandis que mes paupières se fermaient toutes seules. Mes dernières paroles moururent sur mes lèvres mouillées de vin et je fis un pas en avant. Un pas dans le vide.
Le monde se renversa, à mon image, et je me retrouvais dans les bras d'une Ève abasourdie. Je lui dédiais un sourire aussi matois qu'idiot.


« Euh... je crois que c'est tout pour aujourd'hui, qu'est-ce que t'y... qu'est-ce que tu... ouh ça m'énerve...! qu'est-ce que t'en dis ? »

Tout tournoyait autour de moi, et j'étais persuadée que me dégager de son étreinte reviendrait à tomber dans un gouffre sans fond.

« Et des fois que j'ai besoin de te le faire remarquer, ma grande, je n'arriverais pas à monter ces fichus escaliers toute seule. »

Un fou-rire incontrôlable me secoua alors, que je réprimais à grand-peine au bout d'un instant. Ma langue était pâteuse, remarquai-je comme dans un brouillard.


« Tu serais gentille si tu me trouvais une chambre à l'étage, tu sais ? On se met d'accord sur ce genre de choses, elle m'est offerte pour ma prestation alors fais pas d'histoires... c'est moi qui les raconte... pfuahaha... »

Je ne sais pas trop comment nous y arrivâmes, mais le fait est : je me retrouvais soudainement allongée sur un lit qui aurait pu être fait de cailloux, au point où j'en étais. L'ivresse avait largement envahi mon esprit et mon corps, et pourtant je savais que je devais être à peine tiède au toucher. Je parvins, sans trop savoir comment, à attraper la main d’Ève au travers de la brume éthylique nimbant mon univers.

« C'est toi » annonçai-je cette fois le plus sérieusement du monde. Dans ma tête, j'entendais toujours son « Je t'aime ». « Ça a toujours été toi. Cette aura qui te tourne autour, cet éclair insaisissable... Ce matin tu m'as dit deux choses. Si tu étais sincère, si tu ne me mentais pas... »

Je pressais ses doigts entre les miens, compulsivement.

« Commence par m'en prouver une » soufflai-je.

BIM HAHAHA:
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Guillerette
Localisation : Asunia
Exp : 1506

Messages : 65
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Ven 20 Sep - 12:07
http://www.youtube.com/watch?v=otx49Ko3fxw
 
- Je t’aime.
 
Je ne pense pas que l’on aurait pu trouver des paroles plus sincères et honnêtes que les miennes, trois mots si simples dans leur concept qui, lorsque l’on y réfléchissait, n’objectaient que peu de choses ; une personne en était amoureuse d’une autre, voilà tout, et je l’avais avec simplicité annoncé, stipulant par mes mots qu’elle obnubilait mes pensées et avait pris une place dans ma vie qui surpassait toutes les autres raisons de me lever le matin, et quelle que soit notre relation, tout faire pour la voir, la sentir, la toucher, la… Hum, goûter, bref, sentir sa présence réconfortante auprès de moi, pour ne pas que toute joie de vivre s’envole avec elle, et cela même si elle me rejetait. J’avais tout simplement souhaité le lui signaler, de manière qu’elle soit au courant de cette… Petite formalité, que ce sentiment que je n’avais jamais ressenti auparavant m’avait envahi avec la force d’un raz-de-marée, et pour moi, en cet instant d’égarement, il n’allait pas de sens caché découlant de cette déclaration, rien n’ensuivant; elle le savait, et c’était tout.
 
Cependant, désormais, je le savais, j’avais probablement tout gâché ; malgré que j’en aie la certitude, ce n’était pas chose à dire après 24 heures de relation, et je n’avais souhaité effrayer Lucartë par une sincérité peut-être trop précipitée. Certes, nous nous étions embrassées, mais je n’étais que trop bien placée pour savoir que cela n’engageait rien, et moins encore que je lui ouvre mon cœur pour recevoir une réponse positive de sa part ; s’il en était même une possibilité, elle ne pouvait en être certaine et je doutais d’elle qu’elle ne reconnaisse de cette manière un amour si rapidement, si brûlant pourrait-il être. Je n’aurais jamais cru pouvoir m’en vouloir autant.
 
Le pire restait tout de même sa réaction, ou plutôt son absence de réaction ; je ne savais si elle me croyait au fond, car elle en était restée on ne pouvait plus de marbre, semblant tout de même réfléchir un brin devant ma déclaration, et le fait que j’ignorais totalement sa portance sur les choses de l’amour ne pouvait que m’inquiéter, que pouvais-je savoir si elle aimait, avait déjà aimé, souhaitait aimer, et si je lui convenais ? Que pouvais-je faire, hormis rester là, les bras ballants et le cœur beaucoup trop lourd, à désespérer… ?
 
« Adélaïde, ta sœur ? Il y a peut-être un air de famille dans le regard affamé, en effet, voire dans la façon dont vous chassez le miel, mais de là à prétendre que vous êtes du même sang... »
 
J’en avais même oublié a première affirmation, qui devait être pour le moins surprenante, mais occultée par la seconde tant elle comptait pour moi ; cela n’était un tabou ni une information capitale, et comme elle devait se poser des questions sur la manière dont j’avais pu solliciter mon ourse, dans les bois, à des kilomètres de distance uniquement en l’appelant à haute voix, il m’avait semblé naturel de le lui apprendre, malgré le concept pouvant être difficile pour certains d’entre nous. Nombre était ceux qui pourraient croire l’animal en lui-même comme un membre de ma famille, cas pour lequel je n’osais songer à ce qu’ils s’imaginaient de mes parents, et me jugeaient immédiatement d’un regard mi- épouvanté mi- dégouté, m’estimant des caractéristiques sauvages et un arbre généalogique hasardeux, et j’avais souhaité écarter immédiatement cette idée de l’esprit de Lucartë, cependant, je n’eus pas la force de prononcer les mots ; le désespoir m’avait enserré, et malgré que je ressentais son étreinte glacée, je n’avais réellement eu le temps de songer à mon moral, et ne le souhaitait pas. Pas ici, et pas à ses côtés ; je ne voulais pas qu’elle me voie si faible que pour déverser toutes les larmes de mon corps. Je supposai simplement, pour me rassurer sans y croire moi-même, que, tout comme moi, elle souhaitait… Je ne sais pas, un peu de temps pour songer à ces mots chargés de tant de sentiments. Ou tout du moins, je l’espérais. Je ne pouvais faire que ça.
 
Elle sourit, et sa beauté cruelle ne me fit que me sentir pis encore qu’auparavant ; pourtant, elle semblait sincère.
 
« Mmh... Excuse-moi, je ne devrais pas dire ça. »
 
Elle chassa la petiote dont j’avais totalement oubliée l’existence de ses genoux pour s’étirer et me faire fondre de peine ; chacun de ses mouvements m’approchait de la tristesse plus profonde encore, chacun de ses cheveux, de ses doigts, ses sourires. Je ne pourrai plus vivre.
 
« Ramenons Babeth chez elle. »
 
La fillette avait assisté à ma déclaration en direct, mais je n’en avais cure ; à quoi bon, de toute manière ? De plus, elle n’avait pas l’âge ou ‘l’on s’intéressait à ces choses-là, et elle ne devait probablement que n’y rien comprendre. Moi à cette époque me contentais simplement de m’ébattre dans le Monastère et alentours, de taquiner ma sœur et de me rouler dans la neige, et ces histoires auraient immédiatement été classées dans les « histoires compliqués d’adultes ». Et si notre histoire était compliquée, je n’avais même pas le sentiment d’être une adulte comme j’en croisais dans la rue, juste une adolescente écervelée qui jetait son dévolu sur son amour en le perdant par cet excès.
 
Mais l’heure n’était présentement pas aux lamentations, plutôt au concret, l’enfant étant toujours sur nos bras, et nous filâmes en douce au nez et à la barbe du médecin – nous reviendrons, de toute manière – vers l’homme dont j’avais oublié le nom qui nous avait acquittés de cette quête ; le trajet se résuma à une silencieuse marche durant laquelle je me contentai de ressasser les précédents événements et retenir mes larmes d’aller foncer le sol. Le père nous ouvrit l’air hagard,  expression s’évaporant à la vie de sa petiote, expression de joie et de bonheur que j’aurais souhaité à tous, même à la pire des crapules, tant elle redonnait de l’espoir. Mais cela ne me toucha point. La bourse entre les mains de la belle, nous nous dirigeâmes alors vers la demeure du guérisseur rencontré dans la journée, découvrant son habitation plus en détail pour comprendre que le désordre apparent qui envahissait la pièce principale avait également gagnée les chambres. Je pense qu’il se nommait Eskil, mais je n’en étais plus certaine, et cela n’avait plus d’importance, je suppose, désormais, puisque je n’allais jamais le revoir de ma vie et que j’avais bien d’autres chats à fouetter. Avec un regret apparent, Lucartë avait lancé la bourse sur le torse du pauvre homme, ensommeillé au fond de son lit, qui venait manifestement de se faire extirper de sa torpeur bienfaitrice.
 
« Je suppose que ça règle ce que nous vous devons pour cette nuit. »
 
 
 
Nous ne tardâmes pas à quitter la bâtisse, et le retour dans l’air frais des cités d’Asunia me ramena à la réalité et me fit soudain remarquer que j’avais cessé de penser depuis un certain temps déjà, me contentant de subir la vie, et de la voir défiler de l’extérieur, observant mon corps se mouvoir à une volonté dont je ne me sentais même pas posséder. La cité était belle pourtant, dans les lueurs rosées du matin, les silhouettes pointues des toits se détachant sur le ciel bleu pâle et ses étalés nuages blancs ; badauds, vieux comme jeunes, intellectuels comme baroudeurs, parcouraient déjà les rues et ruelles de la capitale, arpentant les avenues pavés d’un pas pressé et déterminé, vers un but précis. Moi, je n’en avais pas. Je n’en avais plus.
 
http://www.youtube.com/watch?v=EjOakKMV0go
 
Peut-être aurais-je pu en survivre si elle ne s’était pas séparée de moi pour l’après midi ; couché sur papier, cette phrase semble ridicule et dérisoire, puérile, mais elle m’avait fait l’effet d’un coup au creux de l’estomac, brisant la respiration et amenant les larmes aux yeux tandis que l’envie irrépressible de m’endormir par terre jusqu’à ce soir me prenait avec force. Mais si je restais au sol, couchée, j’allais avoir mal au dos ; je n’avais aucune envie d’avoir mal au dos. Aucune. Je n’avais pas besoin de ça pour me sentir mal. Elle fit donc volte-face et s’en alla, et je tentai de me réconforter de sa silhouette et de sa démarche féminine s’éloignant et tout le lot de réjouissances qu’elles pouvaient apporter, mais cela ne fonctionna même pas.
 
Je ne savais même pas ce que j’allais faire ; je n’avais ni l’humeur de faire les marchés, ni de visiter la ville, et encore moins d’aller boire à la taverne, sans quoi j’allais m’enivrer bien trop vite et rater le rendez-vous qu’elle m’avait promis – et ça, je ne me le serais jamais pardonné, jamais. Je ne pouvais pas rater la dernière chance que je possède pour la rattraper. Adélaïde était toujours à côté de moi, et malgré qu’elle ne semble pas saisir le sens de ma détresse, elle me lécha la joue, de sa longue langue rose. Je l’en avais presque oubliée, et je me sentais coupable. Mes peines de cœur m’avaient tellement obnubilée que j’en avais oublié ma pauvre sœur, qui nous avait suivis sans objection durant toutes ces aventures, et qui m’avait même sauvé la vie ; sur son dos, elle portait toujours mon lourd matériel, un soufflet, une bassine pour accueillir de l’eau, et moult autres choses, comme un marteau, ainsi que mon armure. Si j’étais malheureuse, je pouvais au moins, elle, la rendre joyeuse.
 
Je commençai par me traîner au marché, lui achetant un peu de miel liquide et trois pommes – une pour moi – et me dirigeait alors vers un lieu qui me serait familier, malgré que je n’aie jamais mis les pieds dans cette ville auparavant. L’église se dressait non loin du château royal, dans les hauteurs, et surplombait la ville de ses vitraux dorés. Je ne souhaitais y rentrer, cependant, je fus ravie de constater un petit jardin sur son côté ; je me déchaussai alors, profitant de l’herbe entre mes orteils et du doux soleil de l’après-midi pour tenter d’oublier mes peines. Car il y avait encore de l’espoir, au fond, malgré que j’aie tendance à oublier. Je sortis alors le fruit de mes emplettes, à savoir des pommes et du miel – je savais que elle préférait ces deux aliments entre tous – et j’écoulai le liquide sur le fruit, réduisant sa température à l’aide de la magie afin qu’il se change en une fine couche semblable à du caramel autour du mets, et répétai l’opération deux fois. J’en conservai tout de même une pour moi-même, posai les deux autres sur le banc de pierre sur lequel j’étais assise et entamai ma dégustation pendant qu’Adèle en faisait de même. C’était doux et sucré, à l’inverse des lèvres de Lucartë, tièdes et fougueuses. Comment pouvais-je arriver à penser à elle en mangeant une pomme ? En regardant une fontaine ? Une église – qui au passage aurait plus tendance à raviver mes souvenirs d’enfance – ou même ma sœur. Il fallait bien que j’avoue qu’elle n’avait pas quitté mes pensées un seul instant, et cet absence de réaction n’avait que ravivé mon amour, juste pour m’enrager. Je voulais la revoir le plus vite possible, et l’embrasser à nouveau. C’était… une nécessité. Aussi simple que cela.
 
Comme selon mes souhaits, l’après-midi et son soleil enivrant passèrent vite, un sommeil sans rêve m’ayant emporté plusieurs heures durant, mais qui fut cependant sans pitié interrompu par la langue râpeuse de mon ourse que je n’aurais jamais assez remerciée cependant, car elle me permit d’arriver à temps au rendez-vous ; le dos encore un peu engourdi d’avoir sommeillé sur un banc de pierre, je me mis en route à travers les rues, et n’eus pas de problème pour trouver l’auberge, me repérant aux indications de badauds au hasard tandis que, au-dessus de a tête s’élevaient déjà les premières étoiles, impatientes, alors que le soleil jetait toujours ses derniers feux dans la bataille quotidienne.
 
http://www.youtube.com/watch?v=gqiTM4_ES3I (Ouais, je mets beaucoup de chansons.)
 
µJe ne tardai pas à pénétrer le bâtiment dans lequel régnait une joyeuse ambiance, festive, et un jeune homme ne tarda pas à m’accueillir, jetant un regard suspicieux avant de m’examiner, moi, mes joues rouges, mes lèvres roses et mon air innocent ; je ne savais si je plaisais aux hommes mais celui-là n’avait manifestement pas l’habitude de voir des femmes telles que moi. Je parvins tout de même à lui offrir un sourire avant d’aller m’asseoir à une des tables tandis qu’il était resté là, les bras ballants, mais je ne lui accordais plus un regard. J’avais fait quérir un simple vin fruité et peu alcoolisé, préférant, à l’image des fois précédentes, garder toute ma conscience pour la suite des événements.
 
« Bonsoir, Ève. »
 
Je ne l’avais même pas entendue arriver que sa voix m’ait envoûtée, et malgré qu’à mon plus grand regret je ne pus apprécier immédiatement les joies de son visage, j’en étais déjà… Revigorée. Elle avala d’un seul trait son verre avant de monter sur ma table sans aucune gêne, place qui s’avérait être celle qui se trouvait au centre de la pièce, et je n’y avais même pas fait attention.
 
« Une jeune naine au visage d'ange... »
 
Décidément, elle avait les mots pour me faire rougir… Et balancer un frisson assez puissant pour me secouer jusqu’à l’échine, comme l’on frisonne d’effroi, mais à l’opposé. Et elle s’était mise à chanter, sa voix emplie d’une dévastatrice magie, que je commençais peu à peu à cerner, la même qu’elle avait employé à la précédente taverne, ou encore en la joyeuse compagnie de ces chers lycanthropes ; mais malgré que ses enivrantes voix, corps et mots m’emportaient, je n’écoutais point, les yeux braqués au fond des siens, ses iris dorés et brillants dans ce charivari joyeux et léger. Un instrument ne tarda pas à venir se joindre à ses merveilles, splendides chants aussi connus qu’ignorés de tous, mais je n’avais que d’autres chats à fouetter plutôt que de chanter ; j’étais bien trop obnubilé par elle. Et tandis qu’à la fin de chaque chanson elle fixait son regard dans le mien, je le soutenais, un léger rouge aux joues et un grand sourire sur le visage ; et tandis qu’elle se démenait, c’était très simple : je tombais d’avantage et de plus en plus amoureux d’elle, et de tout ce qui la composait.
 
Je ne prendrais pas le temps de la détailler à nouveau, l’ayant bien trop fait au cours de ces chapitres, mais il s’avérait de ma raison de vivre. La nuit s’écoula comme on lâche une trainée de poudre, un après-midi de grand vent : en une seconde, nous nous retrouvions quelques heures avant le jour, et la belle n’en pouvait plus, ayant trimé durant bien trop longtemps, pour mon plus grand bonheur. Totalement ivre, elle ne sembla pas envisager le fait qu’elle se trouvait toujours debout sur une table et que non loin, le gouffre suivi du sol l’attendait ; heureusement que j’étais présente pour la récupérer entre mes bras, et sentir à nouveau avec une explosion d’euphorie sa peau tiède sur la mienne.
 
« Euh... je crois que c'est tout pour aujourd'hui, qu'est-ce que t'y... qu'est-ce que tu... ouh ça m'énerve...! qu'est-ce que t'en dis ?  Et des fois que j'ai besoin de te le faire remarquer, ma grande, je n'arriverais pas à monter ces fichus escaliers toute seule. Tu serais gentille si tu me trouvais une chambre à l'étage, tu sais ? On se met d'accord sur ce genre de choses, elle m'est offerte pour ma prestation alors fais pas d'histoires... c'est moi qui les raconte... pfuahaha...
Elle m’arracha un sourire, et je m’acquittais de la tâche de la porter jusqu’à l’étage – elle n’était pas bien lourde – et de dénicher une des dernières chambres libres qui s’y trouvaient encore. Je la lâchai le plus simplement du monde sur le lit, et avant que j’aie pu dire un mot, elle prit la parole.
 
« C'est toi. Ça a toujours été toi. Cette aura qui te tourne autour, cet éclair insaisissable... Ce matin tu m'as dit deux choses. Si tu étais sincère, si tu ne me mentais pas... »
 
 
Elle entoura mes doigts des siens, d’une simple pression tandis que mon cœur ne battait plus.
 
« Commence par m'en prouver une. »
 
 
Seuls les dieux pouvaient savoir combien j’en avais envie… Mais mon éthique et mon amour envers elle, dans une puissante bataille, s’échangeaient avec une véhémence rare des arguments de poids.
 
« - Regarde ses lèvres ! »
 
« - Elle est ivre ! »
 
« - Regarde ses seins ! »
 
« -Elle a bu toute la soirée, elle n’est pas dans son état normal ! »
 
« -Regarde son… » Bref ; c’en fut la conscience qui l’emporta cependant, tandis que je tentais d’étouffer mes ardeurs. En guise de réponse, je m’allongeai sur son corps, posant sur ses lèvres un long baiser.
 
« Tu es bien trop ivre pour cela, mais sache que ce n’est pas l’envie qui manque… »
 
Je ne voulais pas entendre sa réponse, alors la fit taire de la plus belle des manières, un long moment, et lorsque nous nous séparâmes, son envie de protester semblait s’être évanouie. Nous n’échangeâmes plus un mot ou je ne les entendis pas, et je me contentai de me blottir tout contre elle, la tête dans son cou ; et de m’endormir plus heureuse que jamais, éreintée par la journée – cependant, j’avais beau rechercher loin dans mes souvenirs, je ne parvenais à trouver un instant ou je m’étais mieux senti que désormais, malgré que nous n’ayons rien fait.
 
J’ouvris les paupières, et constatai avec soulagement que la poitrine de Lucartë se soulevait toujours contre la mienne, et que par conséquent, elle était toujours auprès de moi ; je restai quelques longs instants comme cela, sans ouvrir les yeux, profitant de sa douce tiédeur et de sa simple présence dans un état de béatitude complète. Je roulai sur le dos, regardant un long moment le plafond sans penser à rien sinon à elle, à mes côtés.
 
Elle finit par s’éveiller tout de même, et sa voix éraillée s’éleva dans le silence de la pièce.
Quoi que j’aie pu dire ou faire hier, ça ne compte pas.
 
 
Je me tournai vers elle, un sourire étendant mes lèvres.
 
Oh, tu t’es contentée de vouloir que nous fassions l’amour, mais comme je suis sage et que tu étais beaucoup trop saoule, nous n’avons rien fait.
 

Ce n’était que de partie remise…
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Sexe : Féminin
Humeur : Bavardo-loquace.
Exp : 1491

Messages : 48
Who am i !

Feuille personnage
Niveau : 1
Grade : D
Joyau(x) : 250

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève] Dim 22 Sep - 23:38
Contrairement à ce qu'on aurait pu supposer, je conservais un souvenir clair de la soirée de la veille. Un souvenir de ce qu'il s'était dit et de ce qu'il s'était passé (ou non, d'ailleurs), mais aussi et surtout un souvenir clair de ce que j'avais ressenti. Impulsivement, j'aurais songé que les émotions que la personne d’Ève m'avait inspirées hier plongeaient leurs racines dans le vin. Aujourd'hui, à la lumière de ma conscience, je comprenais que ce n'était pas vrai.

« Je... »

Pour la première fois depuis bien longtemps, j'étais en butte à l'indécision. Toute ma personnalité me hurlait de sourire, de tourner l'annonce d’Ève en ridicule, voire de me moquer d'elle. Mais, je le jure sur mon âme, en cet instant j'aurais préféré mourir que de la voir me rejeter. Ce n'était pas pour que moi, je la rejette, elle.


« Je... »

Elle m'avait dit non. J'avais lu le désir dans ses yeux, un désir ardent pareil au brasier d'une forge, mais mes avances, pire, ma demande... avaient été repoussées.
N'était-ce pas qu'elle m'aimait pour m'opposer un tel refus ? N'était-ce pas qu'elle voyait quelque chose entre elle et moi, quelque chose qui allait au-delà de la simple attirance, qui se situait, selon l'adage des Skaldes, quelque part entre Midgard et Asgard.

Je me redressais sur les coudes, battant des cils devant la lumière du midi qui se déversait dans la pièce. D'une main, j'attirais la couverture à moi et de l'autre, je faisais glisser mon étoffe sur mes épaules, les dénudant lentement. J'attrapais ses doigts comme je l'avais fait hier, pour les poser contre mon ventre. Un éclair féroce traversa mes iris de fauve, qui clamait que les paroles que j'allais prononcer n'étaient pas à prendre à la légère.

« Je t'accorde le droit de me dire non pour cette fois, Ève Errin du Monastère, sans que je ne mette en doute l'affection dont tu te revendiques. »

Mais alors même que je disais cela, je sentais que c'est moi qui refuserais si jamais elle décidait de remettre à maintenant ce qui m'avait été interdit hier. Je devais l'avouer : je n'admettais pas, pas encore du moins, d'être vue au bras d'une autre femme. Pourtant, cette relation que je repoussais dans mes pensées, je la désirais dans mon âme.
C'était une déchirante contradiction, et je reconnaissais bien là la main du destin. Un rictus mi-amusé mi-colérique fleurit sur mes lèvres.


« Mais si jamais... si... jamais... »

J'écarquillais les yeux.

« Euh... ne bouge surtout pas. Je t'interdis de mettre les voiles, je reviens dans un instant. »

Une seconde plus tard et je bondissais hors du lit pour rejoindre les commodités, taraudée par une envie pressante. Les libations de cette nuit s'étaient faites sentir d'un seul coup, au point que j'avais eu l'impression d'abriter la moitié de la mer du Sud dans mon bas-ventre. Inutile de souligner combien je me sentais ridicule, coupée ainsi au milieu d'une déclaration faite d'un ton à la gravité mortelle. Ce sont les risques du métier : on ne réussit pas toujours à avoir l'air théâtral, il faut s'y faire.

Je n'avais plus l'air si sinistre à mon retour. Au lieu de la menacer sur plus de générations que je ne savais en compter, comme j'en avais initialement l'intention, je m'assis à ses côtés, toujours si légèrement vêtue, passant une main dans ses boucles automnales.


« Allonge-toi un instant, que j'observe tes plaies à la tête. »

Je n'avais jamais rien soigné de ma vie, hormis les rhumes d'hiver (à l'aide d'une bonne plâtrée de miel et d'alcool fort, ce qui n'était pas là le gage d'une extraordinaire technicité en la matière), mais attachais une certaine importance à cet examen. Et puis, ce n'est pas comme si je n'en profitais pas, une fois la forgeronne couchée (elle pouvait bien protester si ça lui chantait, lorsque je décidais une chose, c'était ainsi et pas autrement), pour multiplier les contacts.

Je ne me comprenais pas moi-même, aussi comment pourrais-je décrire la scène ? Chaque fois que mes paumes flattaient ou ses épaules, ou ses reins, ou sa nuque, je ressentais comme une vague de chaleur ; et peut-être ne s'agissait-il bien que de cela, car la demie-naine irradiait littéralement au fond du lit. Pour moi qui ne savait plus ce que c'était que d'avoir chaud, sa présence m'était autant une compagnie agréable qu'un réconfort physique. Aussi me pressais-je discrètement contre elle tandis que je palpais son cuir chevelu, observant les sutures d'Eskil ; et, sans rien demander à personne, je finis par m'allonger à mon tour, à moitié juchée sur elle, rabattant la couverture pour conserver ce nid de torpeur. Mes yeux se fermèrent à nouveau au moment où je mussais mon nez dans ses mèches.

Il faudrait débarrasser la chambre avant le soir et décider de la suite des évènements : la main des dieux nous avait fermement liées l'une à l'autre, le doute n'était plus possible. Mais tout cela, toutes ces questions que je sentais se presser à la lisière de ma conscience somnolente, pouvaient bien attendre encore quelques heures. Rien que quelques heures, où il ne se passerait rien, mais où j'allais profiter pour la première fois depuis tant d'années... d'un sommeil où le froid de ma malédiction n'existait pas...


« Peut-être m'en libèrerai-je grâce à toi » me souvins-je avoir marmonné avant de m'endormir.

Oui, si mon mal pouvait un jour être banni, ce ne serait qu'aux côtés de cette fille. D'ici là, il me fallait l'accompagner et veiller sur ses pas.

Revenir en haut Aller en bas
" Contenu sponsorisé "
Who am i !

Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]

MessageSujet: Re: Lycanthrope, lycanthropera pas ? [Ève]
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Sujets similaires

-
» James Hunt, le Lycanthrope aux yeux d'argent.
» A. Ellyot Archdeacon ◭ Son of a Lycanthrope
» Liens de Sidka - Lycanthrope
» La lycanthropie
» Ayla,Lycan

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
[- Midgard -] :: [ Midgard ] - Terres des hommes :: Asunia-