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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Ven 13 Déc - 7:11
Un regard à gauche, un regard à droite, personne ne trainait dans le vieux hall, personne n’avait décidé de mettre à mal mon petit plan, dans l’obscurité quasi-totale, soumis aux vents depuis que l’on avait retiré les hautes tapisseries qui retenaient un peu de chaleur entre ces murs de pierre et empêchaient l’humidité de nous rendre tous malades, il fallait bien les entretenir les pauvres, elles étaient pleines de mites et de parasites en tous genres et auraient fini en lambeaux si personne n’était intervenu, en plus nous aurions tous terminé avec des poux, avec les dortoirs qui étaient un lieu propice à la propagation de ces saletés. J’avançai donc sur un sol froid et dur, fait en dalle de marbre qui n’avaient plus de la roche que la solidité, au fil du temps et à cause de la très faible rémunération de l’ordre elles avaient perdu tout ce qui faisait leur beauté, de magnifiques enluminures bleues sur un fond blanc, typique de la pierre des carrières dont il était extrait, c’était affligeant, mais cela ne me concernait pas, moi, dans l’instant présent, j’essayais de me faire le plus discret possible pour ne pas que l’on me remarque, déjà que mes lourdes bottes résonnaient à chaque pas, j’aurais franchement dû me séparer de mon armure avant d’abandonner mon poste … Mais si quelqu’un l’avait découverte, que me serait-il arrivé ? Ce n’était pas comme s’il s’agissait d’une simple protection d’apprenti, sans signe distinctif, non, moi elle était gravée d’une fleur de lys bien visible et reconnaissable entre toutes, quand on me voyait, ce n’était pas à ma tête qu’on m’identifiait mais bien à mon écusson, celui assorti à la garde d’Arrogance.

En même temps, ce n’était peut-être pas la meilleure idée que j’avais eue depuis longtemps, quitter la garde des grilles pour profiter de quelques heures de sommeil supplémentaires, de la part d’un capitaine, qui plus est ayant lui-même organisé les tours, c’était très osé et peut-être pas aussi futé, surtout que maintenant, un retour en arrière aurait été littéralement suicidaire, j’avais réussi à passer les appartements de mes supérieurs sans qu’on ne m’entende, tenter la chance une deuxième fois ce n’était pas judicieux, même en priant avec toute la ferveur des mondes les dieux réunis du panthéon, donc je ne pouvais plus qu’avancer, ou rester en faction à l’angle d’un mur tel un légume. Pour ce qui était de la relève, mes excuses étaient déjà bien préparées, je les aurais entendu arriver avec tout leur attirail cliquetant dans tous les sens, je me permettrais même de les réprimander d’avoir fait autant de bruit, ce qui aurait pu réveiller leurs compagnons, ils se serraient tus, m’auraient regardé comme des chiens battus, approuvé, se seraient retournés un peu honteux et je n’aurais pas à me justifier plus que cela, c’était parfait, excellent, bien rôdé, comme d’habitude, sans fausse modestie. Mais il semblait bien qu’on avait décidé de me mener la vie dur, alors qu’un grand courant d’air se faisait sentir et entendre, passant par les interstices dans les murs et faisant un tintamarre de tous les diables, quelque chose s’écroula au sol, un « Bam » sonore et bien distinct que, malgré leur sommeil, mes condisciples avaient certainement repéré, je tentai donc le quitte ou double et parti en courant dans la direction de ce quelque chose en dégainant mon épée, la mettant bien en évidence, elle luisait d’un vert pâle, autre marque incontestée de ma personne et quand je découvris qu’il s’agissait d’un râtelier d’armes qui était venu se poser sans délicatesse sur le sol, je commençai à pousser de fausses plaintes, geignant par-ci que c’était impossible de tenir une garde si les objets commençaient à nous faire croire à une intrusion, par-là, une injure bien sentie envoyée à tel ou tel esprit frappeur faisant partie des contes populaires, bref, ça faisait bidon, mais je n’avais que ça sous la main pour ne pas finir aux arrêts pendant le reste de la saison.

Etrangement, ce fut le dirigeant de la troisième division qui déboula en premier, uniquement habillé d’une tunique et faisant darder un poignard qu’il passait d’une main à l’autre, il était de ces lanceurs de couteaux qui n’avaient pas besoin d’aller rechercher leurs projectiles, ils revenaient d’eux-mêmes soumis à sa volonté, ses ennemis ne faisaient généralement pas long feu, poignardé alors qu’ils croisaient le fer, sans pour autant que qui que ce soit déplacé pour leur porter le coup fatal, maintenant c’était à lui que j’allais devoir m’en référer. « Seigneur de Conpame, le râtelier s’est écroulé et j’ai cru à une intrusion, veuillez m’excuser, je retourne à mon poste immédiatement. » Je le regardai avec ferveur dans les yeux, je voulais à tout prix ne pas être accusé de quelque félonie que ce soit, surtout pas, jamais, ce ne serait pas bon du tout pour moi. « Capitaine Thelyn, ravi de vous voir au taquet, ne vous inquiétez pas plus que cela, je vais envoyer une recrue vous remplacer, cette alerte a dû vous éprouver, allez vous reposer jusqu’à demain, de toute façon, vous aurez besoin d’énergie, une mission hors d’Asunia vous attend. » J’étirai un large sourire, découvrant toutes mes dents, j’avais, en plus de la permission accordée par mon supérieur d’aller roupiller et ne pas jouer au planton, dans la perspective d’une mission ! Ce n’était pas une si mauvaise nuit que cela finalement, je fis un rapide détour par la chapelle et m’agenouillai devant la statuette du dieu auquel j’étais affilié, lui adressai une prière muette ainsi qu’une demande de pardon pour avoir menti ainsi à un frère et un père, puis, toujours guilleret, je me levai le pas léger pour rejoindre mes appartements, une petite salle avec un bureau, un bougeoir, une commode et un lit, située à côté de la chambrée des paladins d’Heimdall sous ma coupelle.

Quand l’aube daigna pointer le bout de son nez, d’épais nuages gris vinrent assombrir un paysage automnal, presque hivernal, à en juger par cette foule d’arbre ayant déjà perdu leurs feuilles, après m’être restauré dans la salle commune d’eau et d’un peu de pain, je me dirigeai jusqu’à la pièce réservée à Imras, où il était déjà en train de m’attendre, faisant voltiger son éternelle pièce à deux faces, lui aussi semblait d’humeur joyeuse, ou tout du moins, joueuse, il s’adressa à moi en m’appelant par mon prénom, ce qui était assez rare, et me demanda de rassembler avec moi cinq hommes de confiance pour galoper jusque dans les petites bourgades qui étaient sous la tutelle de la couronne du roi des Hommes, je ne me fis pas prier, les autres ordres étaient de chacun ramener un orphelin, un jeune mendiant, un petit gars qui avait des chances de s’égarer sur les mauvais chemins et, s’il avait une famille, les dédommager largement avec une grande bourse de joyaux, tous plus étincelant les uns que les autres, c’était à s’en fendre le cœur de penser qu’il faudrait s’en séparer. Je m’en allai d’un pas décidé réveiller quelques uns de mes gars qui avaient déjà eu des élèves, pour ma part, ce serait une première que cette tâche, je n’avais pas souvent traité avec les mioches et je m’imaginais déjà en ramener plus que ce que le commandant avait exigé de nous, mais ce ne serait pas aussi simple, loin de là.

Nous nous en allâmes à cheval, crachant une buée blanche à chaque respiration, emmitouflés dans d’épaisses fourrures et décidés à revenir au plus vite, il ne faisait pas chaud et les premières neiges avaient déjà pointé le bout de leur nez et, qui disait neige, disait brigands sur les routes, poussés par la faim comme des bêtes sauvages, ils n’hésiteraient plus à s’attaquer à un convoi comme le nôtre et risquaient d’abîmer  nos armures et même de nous blesser, qui plus est, les gamins eux seraient une proie facile pour ces malandrins qui ne refusaient jamais de se faire des esclaves pour les revendre à prix d’or sur les marchés cachés aux yeux des gardiens de la paix que nous étions. Nos bêtes cavalèrent pendant des heures et des heures avant que le premier hameau ne se dessine, j’abandonnai là ma troupe, leur confiant le soin d’eux aussi dénicher leur mine à enfants. Nous nous réunirions dans une auberge dans le faux-bourg qui s’étendait sous les murs de la capitale du royaume d’ici tout au plus une semaine. Je fis garder mon cheval dans une grange par un vieux paysan fripé et vouté qui ne m’inspirait que des émotions positives, je ne me gênai d’ailleurs pas pour glisser un petit supplément à l’adorable vieil homme qui semblait déjà s’être lié d’amitié avec ma monture, la bouchonnant avec de la paille comme s’il s’était agi de sa propre pouliche.

Je descendis vers ce qui était la place principale de ce regroupement de bicoques et je m’assis sur un banc en pierre, adossé à une fontaine qui ne crachait plus d’eau, à la place de celle-ci se trouvaient des feuilles gelées et collées les unes aux autres, tombées d’un jeune saule qui s’élevait un peu plus sur ma gauche et qui était déjà dépouillé de tout attribut et que le manteau blanc avait déjà recouvert, j’observais les villageois aller et venir, eux me regardaient d’un œil suspicieux, ils se demandaient ce que je faisais ici, c’était bien normal, certains comprirent assez vite la raison de ma venue et quelques bambins qui trainaient avec des cochons furent attrapés par le col et tiré dans la masure qui était leur maison, les parents faisant des pieds et des mains pour qu’ils fassent le moins de bruit possible, retirés à leurs amis porcins, je ne le trouverais pas très vite, celui qui repartirait avec moi jusqu’à l’église. Aux alentours de midi, je n’aurais su dire exactement, les nuages avaient persisté mais mon estomac criait famine,  je me levai et je retournai auprès de ma bête de voyage, m’assis dans la paille à son côté et commençai à grignoter un morceau de pain et de la viande séchée, accompagnant cela d’une rasade d’eau venant de ma gourde, autant ne pas me presser, la rencontre ne serait pas pour aujourd’hui, assurément.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Ven 13 Déc - 23:49

Pureté. Magnificence. Simplicité. La neige avait recouvert les prairies comme on se pare d’une veste, sans bruit. L’air de la veille avait annoncé les intempéries, et cela avait presque été comme une certitude grondante dans les cieux gris ; les gosses, excités, se retenaient de sautiller sur place tandis que leurs parents, fourbus par leur journée de travail, s’efforçaient de les contenir, les rappelant pour leur maigre pitance. Les flocons tombèrent la nuit, et le lendemain, on ne pouvait plus distinguer l’horizon des cieux, au bout des champs qui nous entouraient à perte de vue, à l’image des flots avalant tous repères en faisant disparaître les côtes. Comme si le néant de ces terres arables et exemptes de souillures de la marque humaine, à l’inverse des allées centrales du hameau qui étaient piétinés de la boue et de la tare humaine, s’étaient emparées de l’espace pour le recouvrir à jamais, ne laissant plus que le hameau seul face à lui-même. Nul ici ne semblait vouloir quitter l’amoncellement de cossues mais néanmoins paysannes maisons ce jour-là, ou bien personne n’en témoignât le souhait en se plaignant du temps qui rendait l’opération impossible ; quoi qu’il en fût, mes premières étapes m’avaient exténuées, et j’escomptais bien m’accorder une journée de repos amplement méritée avant de reprendre cette froide route. Et devant les cristaux célestes qui s’étendaient devant moi, je ne savais si je devais être horrifié ou béat. La neige et moi formions une grande histoire d’amour à double tranchant, comme si j’avais tenté de jongler avec des lames ; je m’émerveillais autant devant sa grâce  cruelle que devant celle du feu, et sa beauté ne parvenait pas à me faire oublier sa morsure glacée. Peut-être que si j’avais vécu dans une habitation chaude et bienveillante, sous la tutelle de parents aimants et attentionnés, ou au moins de deux vulgaires badauds s’étant amourachés l’un de l’autre et qui avaient mis au monde un rejeton par inadvertance, sous un toit tout du moins, j’aurais pu apprécier ce cadeau à sa juste valeur… Il valait mieux des parents de la plus infâme des rotures qu’un père scientifique psychopathe et d’une mère manipulée et morte, supposais-je.
 
Mais ici n’était pas la question… Je ne savais pas quelle était la question, en réalité, et je n’avais pas envie de m’étendre sur de telles questions métaphysiques pour le moment. Je le faisais déjà bien souvent le reste de l’année que pour le faire désormais. Mais qu’était-ce que cette pensée ? M’estimais-je en vacances ? En vacances de quelle vie pouvais-je bien m’échapper ? D’un travail harassant, de contraintes terribles ? Si l’on voulait ; mon travail était de survivre et mes contraintes, celles de mon estomac : pour un vagabond tel que moi, c’était déjà bien assez. Que faisais-je alors ici ? Je ne savais pas si la simple curiosité avait guidé mes pérégrinations vers ces lieux ou si un instinct imperceptible, comme un infime tiraillement incessant de ma conscience, m’avait attiré jusqu’où j’en étais alors. Je refusais de croire à ces choses-là autant que je réfutais la religion et tout ce qui s’ensuivait ; je préférais qu’il n’y ait aucun dieu qui ne veille sur nous que de les savoir réels et indifférents face aux désastres qui nous incombaient. En tout cas, c’était vers Asunia que mon esprit se surprenait à vagabonder, non pas des bourgades telles que celles-ci, tout à fait charmantes au demeurant, quoi qu’un peu austères ; mais je méritais bien de me stopper un instant ici dans mon périple. Je n’avais jamais visité la capitale, et cela ne pouvait que me faire me hâter, mais je n’en avais pas la force pour l’instant.
 
Et le manteau blanc qui avait recouvert ces lieux semblait absorber tout son hormis celui qu’il produisait lui-même, c’est-à-dire le bruit des pas sur la neige givrée ; le calme régnait, et nul ne semblait échanger moult paroles. Ce n’était même pas un jour de marché, et les paysans vaquaient à leurs occupations, s’occupaient de leurs bêtes, et d’autres tâches quotidiennes inintéressantes et éreintantes ; nul ne semblait remarquer ma présence, ou s’ils avaient pris conscience de ma personne, ils ne daignaient même pas me jeter le moindre regard curieux. Je ne sais pas comment ils auraient pu me considérer. Un gamin seul, sans parents, d’une blancheur immaculée, portant un sac de voyage, et propre, par-dessus le marché ? C’était surréaliste. C’était d’ailleurs à peine si on me voyait dans ce paysage hivernal, comme je l’étais, emmitouflé dans ma vieille cape blanche qui ne me quittait plus depuis le périple que j’avais vécu en compagnie d’Elenwë.
 
Mais un bruit vint troubler ce calme parfait, dans cette pureté blanche et immaculée et ce silence qui m’était si cher : un cheval approchait ; et je me demandai alors comment j’avais pu me débrouiller pour ne pas m’en rendre compte avant, car non seulement, les renâclements et autres sons caractéristiques aux chevaux criaient dans la quiétude comme une tache de sang sur la neige, mais aussi parce que dans ces océans d’ivoire, on repérait tout cavalier à des lieues à la ronde. Il portait de la fourrure et, du peu que je pouvais en distinguer de mon poste d’observation précaire, il possédait une longue chevelure blonde, ainsi qu’un bouclier plutôt imposant, et probablement une épée, malgré que je ne pouvais pas vraiment la voir de là ou je me trouvais. C’était probable qu’il s’agisse d’un paladin… Les chevaliers ne s’encombraient que rarement d’outils de protection si gargantuesques, préférant leur armure et une lourde épée à devoir sacrifier un de leurs bras pour parer les assauts adverses. Enfin, je n’avais pas rencontré beaucoup de chevaliers…. A vrai dire, un seul dans toute ma courte vie, et quelques-uns aperçus à la volée, mais guère de plus… Peut-être n’était-ce qu’un stéréotype, mais c’était ainsi qu’à mon humble avis, la plupart des gens se représentaient ces bretteurs. Tandis que l’homme, au loin, qui s’était assis sur la fontaine, correspondait d’avantage aux clichés que l’on attribuait aux paladins : protections lourdes et imposantes, armure puissante et regard d’acier ; je ne fus pas le seul à l’avoir remarqué – la discrétion ne semblait ni être son talent ni être son but – et les parents, qui le regardaient d’un œil suspicieux en se demandant la raison de sa présence, finirent par la saisir, et rentrèrent en toute hâte leur bambins vagabondant çà et là, pour une raison qui m’échappait à moi-même.
 

L’homme s’en alla vers la grange non loin ou j’avais éventuellement pensé à y passer cette nuit, et y rejoint sa monture qui y paîtrait paisiblement ; je ne suis si c’était par curiosité ou par défi, mais je le suivis et allai occuper son précédent piédestal sans qu’il ne me voie. Ma cape, tandis que j’étais assis sur la fontaine, était étendue derrière moi. Je ne le quittai pas des yeux, et, sortant mon violon et mon archet, alors que ma blancheur criait sur le gris de la pierre, entamai une mélodie lente et légèrement mélancolique qui convenait parfaitement à la neige qui nous entourait, et qui s’éleva dans l’air doucement. Il n’allait pas tarder à relever la tête, et j’allais en apprendre plus sur les raisons de sa présence alors.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Dim 15 Déc - 9:06
Une plainte lancinante ? Non, ce n’était pas une plainte, et l’adjectif lancinant n’est pas le mieux adapté, il s’agit d’un son cristallin, me rappelant étrangement l’évocation d’une neige plus blanche et plus diaphane que celle que l’on voyait au sol, une glace des hauts monts, éternelle et immortelle, celle que jamais un homme ne pourrait fouler de son pied, qu’aucun esprit corrompu par le mal ne pourrait altérer, c’était une mélodie envoutante qui m’obligeait presque à me questionner sur sa provenance, je ne voulais pas abandonner la stalle où je m’étais installé ainsi que la paillasse que je m’étais bricolée en étendant quelques ballots de foin et sur laquelle j’étais assis en tailleur entrain de me restaurer bien tranquillement, certes un peu au froid, mais moins exposé que si je m’étais retrouvé en pleine rue, c’était un bon endroit pour finir ma journée, faire une sieste, m’occuper de ma brave bête, discuter avec le vieux paysan, un peu banal et ennuyant, je dois le concéder, mais c’était une journée que j’avais moi-même décrétée comme inadaptée au travail en raison de conditions climatiques défavorables ainsi qu’une mauvaise participation des locaux ; malgré ce bourrage de crâne que je me faisais, j’avais toujours cette irrésistible envie de me redresser et de marcher à grandes enjambées jusqu’à la musique, la douche et lumineuse musique, c’était fâcheux.
 
Je pris donc, à contrecœur, la décision de me renseigner sur la source des notes qui venaient chanter au creux de mes oreilles, je sortis de la grange et me retrouvai à nouveau dans ce monde blanc et immaculé, quelques flocons tombaient, lents, gracieux, royaux, un gamin protégé par une grande cape blanche était assis sur le même banc que j’avais occupé pendant toute la matinée, il faisait valser un archet sur les cordes d’un beau violon, pour lequel, étrangement, je n’avais aucune crainte qu’il s’abîme au contact de l’eau gelée, c’est comme si ce gosse, son instrument et le paysage étaient intimement complices ; on m’avait vanté plus d’une fois les vertus et qualités de la musique, mais de là à entrer en communion avec l’espace, c’était un peu capillotracté. Je fis quelques pas vers lui, faisant retentir chacun de mes pas, lourds et maladroits, en cause étaient mes pieds complètement frigorifiés, enserrés dans des chausses métalliques tout à fait inconfortables et peu adaptées à cet environnement hivernal, j’étais une espèce de gros balourds devant un gosse violoniste expérimenté et j’avais plutôt honte de moi, le contraste était assez marqué et pourtant, pourtant, je ne disais jamais non à la volupté dans ce bas monde, mais la première impression que cet enfant aurait de moi serait celle d’un guerrier brut de décoffrage, au temps pour moi, la prochaine fois, s’il y en avait une, je soignerais mon entrée.
 
Je me plantai à quelques coudées du petit gars, droit comme un « I », le regard braqué sur lui, l’écoutant toujours jouer et n’osant pas l’interrompre, je voulais voir jusqu’où irait sa complainte, à l’exception des chants religieux, je n’avais pas souvent l’occasion d’entendre des sons harmonieux comme celui-là, je restai donc là, attendant, laissant le temps défiler, une petite pellicule blanche venant recouvrir mes épaules sans que je ne m’en offusque, c’était peu cher payé pour ce récital en plein air. Finalement, quand l’air s’évanouit, comme emporté par un vent pressé de le voir cesser de jouer, je fis encore quelques pas, me retrouvant bientôt presque nez-à-nez avec le petit bonhomme, toujours assis sur la pierre froide, créant un contraste entre le blanc immaculé de l’étoffe qui le protégeait et le gris sale de la fontaine, je m’accroupis pour être au niveau de ses yeux, les mains sur les genoux, me demandant un instant ce que j’allais lui dire, bête comme j’étais je ne repensais plus à ma mission, ce spectacle féérique m’avait plus que troublé et je ne savais plus trop quoi faire, quoi penser.
 
Je choisis mes mots pendant un instant, pour ne pas avoir l’air encore plus effrayant que ce que je ne devais être, avec ma lourde cuirasse, mes peaux de bête me donnant des allures de guerrier du grand nord, l’attirail que je trimballais sur mon dos. « Hey, gamin ! Dis-moi mon grand, où t’as appris à jouer du violon ? Et où sont tes parents ? Un p’tit gars comme toi dois pas se séparer de ses parents, c’est dangereux ici, on sait jamais qui peut traîner et s’en prendre aux plus faibles, tu veux que je te ramène à ta maman ? » En terminant mon discours, déjà empreint d’un pathétique jamais atteint jusqu’à ce jour, je me rendais compte que, de un, j’étais certainement la plus grande menace pour un mioche à des lieues à la ronde, de deux, je lui parlais plus comme s’il s’agissait d’un moutard de cinq ou six printemps, pas vraiment le jeune homme qu’il était, réfléchit, posé, les gens pliés à l’art de l’archet étaient comme ça, de ce qu’on m’avait dit, personnellement, je connaissais des joueurs de luths qui étaient des narcissiques en puissances ainsi que des troubadours, voués aux flûtes, lyres et autres objets faciles à transporter, qui eux avaient plus la tendance d’être un peu trop frivoles, l’art d’émouvoir les cœur leur montait à la tête sans doute. Enfin, j’avais réussi à me mettre dans une situation me donnant des airs de gros idiot des toundras au tact et à la finesse très limités …
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Mer 18 Déc - 5:58

Un paladin. Sa vue ne fit que me rappeler de troublées trépidations de jadis, lorsque, profanant de mon sang et de mes tripes l’église d’Alcombord, guidé par l’hommes d’armes qui m’avait sauvé la vie un peu plus tôt, sans que je sache si j’en avais réellement envie ; le paladin ci-présent avait-il eu vent de cette affaire ? Peu probable. Ce genre d’événements ne pouvaient être qualifiés de communs, mais ils renfermaient tout du moins un intérêt moyen pour quiconque ne l’avait pas vécu ; également, il n’avait pu avoir pris connaissance de mes méfaits à Lumïa et à la cité marchande, puisqu’il venait manifestement de la capitale. Et depuis quand me pensais-je assez important pour pousser le clergé à envoyer des hommes à ma poursuite ? Je n’étais qu’un gamin, et ce n’était pas en agonisant dans un lieu saint que j’allais m’attirer les foudres d’individus aussi haut-placés que cela ; j’avais presque honte d’avoir pu songer à une telle éventualité, sans savoir si celle-ci s’apparentait d’avantage à de la paranoïa qu’à du narcissisme. Et quand-bien même il aurait été employé pour me capturer, pourquoi ne m’aurait-il pas fondu dessus ? Il était parfois bon de s’interroger soi-même sur des sujets auxquels l’on connaissait soi-même la réponse ; cela aidait à clarifier l’esprit, dans toutes les situations, et j’avais la sensation de devoir y avoir recours un peu trop souvent. Mais baste, cela n’avait présentement aucune importance. Je ne savais même pas pourquoi je m’étais placé ainsi sur son piédestal, et j’espérais qu’il allait y voir d’avantage la curiosité qui m’habitait que la flamme provocatrice qui brûlait en moi.
 
L’air vivifiant de ce milieu de journée, sous le soleil glacé de l’hiver, me clarifiait l’esprit, et malgré la morsure du froid qui tenaillait mes doigts sur les fines cordes de l’instrument, l’instant était agréable, et je me surpris à humer l’atmosphère un air satisfait sur les lèvres ; la simplicité de l’instant me combla lors d’une fugace seconde, et vainement, je tentai de me raccrocher à ce fragment de sérénité qui n’avait plus habité mon esprit depuis longtemps, mais il avait déjà filé, rattrapé par les entraves physiques qui me maintenaient dans mon corps-prison tel qu’il l’était. Quelques fois, je regrettais de ne pas croire en la réincarnation, et de ne pas pouvoir accorder une confiance aveugle en des dieux tels que certains le faisaient autrefois, emplis d’une lâcheté tout à fait réfléchie et consciente ; la peur de la mort était oubliée à jamais, et l’on se contentait de profiter pleinement de l’instant, à la manière dont le faisaient avec sapience les animaux, sans plus se soucier des tares qui nous incombaient par le simple fait d’être matériel, et pis encore, d’être humain. Tant de chaines imposées par la société, si peu de conscience de la réelle voie à emprunter pour vivre, nous errions perdus telles des brebis dans une pâture floue et infinie de la vie. Mais nous ne pouvions rien y faire, et si j’avais vaguement conscience que le véritable salut, le bonheur authentique ne se situait pas vers là où je me dirigeais, je n’étais pas pour autant conscient de par quelle manière rejoindre ce que j’avais entr’aperçu. Quel dommage.
 
L’homme me tira de mes réflexions métaphysiques, me faisant soudain rendre compte que, non seulement, je n’avais cessé de jouer, tant cela était devenu un automatisme pour moi d'exécuter des partitions connues sans y faire attention, mais qu’également, j’avais perdu presque toute conscience de mon corps physique tandis qu’il s’était levé, martelant le sol de ses bottes. Il était tant en un désaccord criant avec son environnement que j’en eus presque pitié de lui : placez-en un comme celui-là en forêt et vous ne trouverez plus de bêtes à plusieurs lieues à la ronde tant sa présence jurait avec le reste de ce lieu. Ce n’était pas de la méchanceté, juste une constatation, et elle ne fit que s’accroître à l’instant ou je remarquai qu’il se trouvait au-devant de moi, planté comme un piquet dans le sol gelé. Mes mains n’avaient cessé de danser au-dessus des cordes, cependant, mes yeux ne vagabondaient plus sur le paysage glacé ou sur mon instrument : je les avais relevés sur le pittoresque et maladroit bonhomme se trouvant devant moi, constatant tout d’abord ses yeux verts que j’aurais pu qualifier d’absinthe avec un examen un peu plus approfondi. Leur couleur était magnifique et naturelle, non pas sylvestre ni fruitier, pas smaragdin comme les jungles du sud, ni glauque comme la vase ; non, je n’aurais su le définir sans y trouver le mot qui lui correspondait. L’individu ne souhaita pas manifestement me laisser d’avantage le loisir de le détailler avec attention comme j’en avais l’habitude de faire, car il s’était encore d’avantage approché, violant presque les limites que j’imposais d’espace privé – inutile de préciser que je ne tolérais rarement que l’on me touche. Je fis taire le son des cordes d’une position particulière de l’archet, et ôtai l’instrument de sous mon menton, me préparant à exécuter un quelconque mouvement de recul en tentant de ne pas paraître trop provoquant lorsqu’il s’adressa à moi.
 
"Hey, gamin ! Dis-moi mon grand, où t’as appris à jouer du violon ? Et où sont tes parents ? Un p’tit gars comme toi dois pas se séparer de ses parents, c’est dangereux ici, on sait jamais qui peut traîner et s’en prendre aux plus faibles, tu veux que je te ramène à ta maman ?"


Il ne semblait pas mal intentionné. Mais il m’avait évalué avec réalisme, comme un gamin, ce que j’étais, et dans mon narcissisme profond, je détestais que l’on me prenne comme tel. Je n’escomptais pas cependant une seconde de rester un instant de plus auprès de cet individu des plus louches qui parlait d’une voix trop forte pour moi. Sans dire un mot et surtout sans le quitter des yeux, je me relevais, forcé de me pencher un peu en arrière pour éviter une proximité trop contraignante, et avec lenteur, comme si je craignais qu’un geste brusque ne l’excite, m’appliquais à ranger mon violon dans le petit étui que j’avais confectionné et cousu à l’intérieur du sac afin qu’il ne s’épande pas dedans. Et minutieusement, j’achevai de refermer le tout, et plaçai mon contenant sur mes épaules  avant de m’en aller à reculons vers le mur de pierre le plus proche. Il s’avéra être la façade de l’une des seules maisons à étage du bourg – probablement la taverne. Il fallait que je me sorte de cette situation. Tout en jetant des coups d’œil fréquents en arrière, je m’appliquai à grimper le long de la paroi froide et glissante, créant mes propres prises à l’endroit propice en faisant saillir les briques de pierre un instant à la situation ou j’en avais besoin. La tâche s’avéra moins aisée qu’elle n’y paraissait, et je parvins jusqu’au toit encore tremblotant de froid et de vertige, après m’être hissé sans grâce sur les tuiles froides. J’ôtai ma cape et la posai sur le toit, le côté intérieur contre la surface, afin que celui-ci, plus rêche que l’extérieur, ne glisse, et que je puisse m’y installer. J’avais un peu froid ainsi, mais tant pis.
 

J’ouvris à nouveau mon sac, et, ressortant mon violon, je repris la mélodie là ou je l’avais laissée, sans quitter l’homme des yeux.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Mer 18 Déc - 7:16
J’étais là, abasourdi, devant le fait accompli du culot inattendu d’un jeune homme bien trop aventureux, je ne savais que faire, que penser, où aller, que dire pour ne pas passer pour le plus grand des abrutis du royaume, moi, capitaine d’un prestigieux bataillon de combat sous le commandement de l’Eglise vouée à nos dieux, moi, fils renié d’un baron arrogant des terres de l’ouest, moi, ancien apprenti de l’un des hommes les plus importants de mon ordre, je venais de me faire proprement remballer par une demi-portion qui avait eu la prétention, que dire, la monstrueuse et affligeante réaction qu’était la suivante ; il s’était retiré sans manifester le moindre mécontentement face à ma présence, calmement il avait rangé son instrument, m’avait regardé, comme si de rien n’était, comme si j’avais en tout et pour tout la consistance d’une apparition un peu dérangeante, et il s’était mis à reculer, observant ma réaction. Pour ma part, j’avais un instant cru qu’il s’en irait en courant pour se réfugier dans l’une des cahutes misérables de ce village insignifiant et n’apparaissant même pas sur les cartes officielles, mais non, il avait escaladé un mur, comme un petit singe, une martre, tout ce que vous voulez tant que c’est agile ! J’avais quitté ma position fort peu avantageuse pour me dresser à nouveau, secouant la tête pour me débarrasser de la neige qui commençait à percer ma chevelure et m’attaquait de piques froides et très désagréables, je regardais ce sacripant faire de chaque saillie un tremplin à son ascension, il était très doué, trop doué, même pour un gosse ayant toujours vécu dans les environs, il trouvait appui là où même mes yeux, et les dieux savent à quel point ma vision est égale à celle de mes toutes jeunes années si pas meilleure, ne pouvaient en déceler ; peut-être était-il de ces enfants voleurs, embrigadés par des associations de malfrats pour soustraire leurs biens aux honnêtes gens, profitant de son don pour attendrir les cœurs pour dérober quelques piécettes que leurs légitimes propriétaires ne pourraient à coup sûr plus jamais contempler au creux de leur main abîmées par des heures de besogne dans les champs, dans un atelier, que sais-je ?!

La musique reprit, toujours aussi belle, je braquai mon regard sur la petite forme blanche sur le toit d’une bâtisse plus haute que les autres, à mon grand damne, ce n’était pas le moment pour moi de jouer au petit jeu de cet enfant, monter là-haut ne me serait tout simplement pas possible, j’étais lourdement équipé et laisser trainer mon armure au risque de me la faire subtiliser était un crime duquel je devrais répondre de ma personne devant un tribunal constitué des plus anciens membres de l’organisation qu’était l’Ordre, des hommes aigris qui sauteraient sur l’occasion pour montrer à tous qui dirigeait notre assemblée en fin de compte, après tout, c’était légitime, je me devais de répondre à la sécurité de mon équipement et veiller à ce que jamais il ne tombe entre les mains d’un quelconque ribaud. Il fallait que je découvre un moyen, quel qu’il soit, pour faire descendre ce petit gars de son perchoir, qu’au moins il ne risque pas sa vie en voulant descendre une fois que je laisserais, lassé de m’évertuer à lui adresser la parole sans qu’il ne daigne me répondre, tout du moins c’est ce qu’il devait avoir en tête, cette graine de violoniste acrobate, ce qui était certain était que mon plan d’action ne comprendrait en aucun cas les moindres grands gestes, être encore plus ridicule n’était pas une solution qui m’aiderait à arriver à mes fins, d’ailleurs, mes fins, quels étaient-ils ? Voulais-je faire de ce gamin mon écuyer, voulais-je juste en savoir plus ou bien était-ce un désir de vengeance qui me taraudait ? Vouloir faire payer ses ennemis par une bassesse quelle qu’elle soit était formellement interdit par les vœux que j’avais prononcés lors de mon élévation au rang de défenseur de la religion, je ne mettais pas cela de côté pour autant, mon honneur avait toujours été quelque chose que je voulais protéger à tout prix et mes envies de réparation étaient exacerbées lorsqu’un mioche laissait passer un ange alors que je lui posais une question et en profitait pour grimper sur les toits et mettre son existence en péril.

Je coulai un regard sur tout ce qui m’entourait, il n’y avait personne dans la rue mais beaucoup de monde se pressait aux portes des chaumières pour voir ce qui se tramait chez eux, je ne pouvais pas utiliser la magie pour me fabriquer un escalier de dalles vertes, de toute façon, j’aurais été trop faible une fois arrivé en haut et je doutais de la solidité des petites plaques que je pouvais invoquer face à mon poids combiné à celui de mes multiples protections, autant directement sauter d’une falaise et prier les Ases pour ne pas être embroché par un pic en arrivant à destination, à cette pensée j’esquissai un sourire, quelque chose d’un peu carnassier, qui m’inquiétais moi-même. « Ohé ?! Machin ?! Car j’avais décidé de l’appeler Machin jusqu’à ce que je sois au fait de son nom. Descends de là immédiatement ! Au nom de la Sainte Eglise que je défends ainsi que pour mon honneur ! C’est assez mal vu de nos jours de se faire rouler par un gosse, surtout pour quelqu’un comme moi … » Quelles genres de sottises étais-je en train de déblatérer … ? Qu’est-ce qui m’arrivait ? Qu’était-ce pour des paroles sans sens, sans but et qui me décrédibilisaient encore plus ? Ah ! Ils devaient rire tous ces paysans devant le pas de leur maison à me voir m’époumoner pour un moutard un peu rebelle, décidément, les gosses et moi c’était pas quelque chose d’inné, ou bien il s’agissait d’un spécimen unique que j’avais eu l’occasion de rencontrer et qui me donnerait du fil à retordre jusqu’à la fin, de toute manière, il était le seul enfant sans parents que j’aie rencontré jusqu’alors, il était désigné d’office à rejoindre l’église avec moi tant que je ne trouverais pas plus conciliant. Un jour, quelqu’un m’avait dit : « Brann, mon vieux, t’es pas fait pour les rapports humains. » Je l’avais regardé, un peu indigné, et bien maintenant j’avais envie de lui répondre oui, j’étais une quiche quand il s’agissait de négocier …
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Mer 18 Déc - 8:38

Si un quelconque quidam m’avait interrogé sur mes premières impressions en apercevant cet individu, il est probable que j’eusse répondu… Lourdaud. Maladroit, peut-être. Imposant, sûrement. Malhabile, certainement. Et ce n’était nullement de la méchanceté… Loin de moi l’idée de la haine gratuite et de ce genre de choses inutiles ; je ne faisais qu’exprimer mes pensées. Et des pensées pouvaient-elles être méchantes si elles restaient des pensées ? J’en doutais. Qui allait s’intéresser à ce que je pense, au fond ? Personne, tant que je ne l’énonçais pas tout haut. Et je me gardai bien de le faire : je ne croyais pas le bonhomme capable d’escalader ce mur avec son armure, mais j’imaginais bien que, qui sait, dans son esprit borné et farfelu pourrait naître l’idée d’établir un siège autour de la masure.
 
Car avec les religieux, on n’est jamais sûr de rien. Une fois, ils vous accueillent, et la seconde d’après, ils vous évacuent à grand renfort de matamores baraqués mussés derrière leurs armures luisantes sous le simple prétexte que l’on se vide de son sang dans la demeure des dieux. Je m’en excuse, mais ce n’est pas un prétexte valable. Qui a le plus besoin d’aide dans ce contexte ? Le pauvre bambin agonisant, ou des êtres supposés supérieurs à notre pitoyable race de simples mortels ? Je vous le demande. Et voilà que l’un des plus nobles représentants de cette secte ayant réussi – la religion- qui semblait correspondre parfaitement à l’initiale description que je venais faire d’eux, arrivait avec ses lourdes protections et son discours malhabile pour me demander ou était ma maman ; de toutes les questions qu’il aurait pu poser à un orphelin, c’était ici la pire. Je ne sais pas pourquoi je m’étonnais que tous les parents avaient rentré leurs enfants à sa vue.
 
Quoi qu’il en fût, ma réaction semblait l’avoir choqué ; peut-être n’estimait-il pas que un gamin aurait pu lui répondre de la sorte, tout comme je n’appréciais pas que l’on me traite d’enfant. Au fond, nous semblions tous deux aussi prétentieux l’un que l’autre, et c’en était presque rassurant de pouvoir croiser d’autres personnes semblables à moi-même. J’avais repris la même litanie mélancolique pour la faire à nouveau vibrer dans l’air froid, mais elle vira vite en une rapide valse joyeuse à l’aide d’une transition dont j’avais le secret, dont l’air joyeux renfermait subtilement une trace de moquerie, comme lorsque l’on vous regarde, un sourire mutin sur les lèvres, et que l’on ne parvient pas à réellement savoir si il est sincère ou baigné d’une espièglerie vile – et c’est ce même sourire qui rejoint mon visage.
 
En tant que Paladin et défenseur sacré de l’ordre et de la justice, il n’avait pas le droit de ressentir des pulsions haineuses et de vengeance, je le savais ; pourquoi diable s’était-il rapproché de la base de mon perchoir dans ce cas, si ce n’était pour proférer d’inutiles menaces ?
 
"Ohé ?! Machin ?! Descends de là immédiatement ! Au nom de la Sainte Eglise que je défends ainsi que pour mon honneur ! C’est assez mal vu de nos jours de se faire rouler par un gosse, surtout pour quelqu’un comme moi …"

Mon sourire s’étira. Le pauvre, ridiculisé par le gosse que j’étais… En un sens, je pouvais le plaindre. Murés dans leurs fierté, il n’était pas rare que chevaliers ou paladins de la sorte s’exilent après une défaite cuisante les ayant estropiés ou défigurés, honteux de se présenter ainsi avec un signe de faiblesse aussi apparent qu’une large cicatrice au visage ou un moignon… Je ne lui coupais pas l’avant-bras en prenant de la hauteur ainsi, cependant, il semblait aussi déconfit que s’il avait perdu une bataille. Je m’adressai à lui peu après, prenant un instant pour préparer ma tirade que je déclamai, chantant à moitié sur les notes de ma chanson.
 
« Holà, Paladin, si tu t’en es là mis à mal par un gamin un peu mutin,
Qu’adviendra-t-il de toi si tu dois combattre au détour d’un chemin
Dragons et gobelins, Elfes et Nains, ô, fier humain ?
Ah, le beau clergé que nous avons ! »
 

Cela en relevait à de la provocation pure et simple, j’en étais conscient, mais j’avais trop envie de m’amuser un peu avec ce malhabile gaillard, d’autant plus que je pouvais profiter de ma position avantageuse. Pourquoi s’en priver ?
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Jeu 19 Déc - 7:43
Ah ! Il voulait jouer, il voulait faire de la poésie et se rire de moi, faire des vers pour achever de m’humilier devant tous ces manants qui s’étaient rassemblés pour me voir défait par un gosse ! Et bien il allait apprendre à ses dépens que moi aussi je maîtrise un art capable de faire chuter de haut les hommes sur le piédestal, littéralement. Je fis quelques pas vers l’arrière, toisant la bâtisse d’un regard courroucé, si je le gamin ne venait pas à moi, j’irais au gamin, c’était élémentaire, fondamental, un logique dénuée de tracas et de réflexions fastidieuses, des fois il est plus sage de s’en prendre de front à l’ennemi, même s’il est en position de force, ça a l’avantage de le déstabiliser et d’offrir une mince chance de victoire, sur laquelle il faut sauter à pieds joints et prier avec conviction, se battre comme un beau diable, montrer à l’adversaire que la partie n’est jamais perdue tant que l’un des deux opposants n’a pas mordu la poussière et ne crache pas son sang. J’ignorais totalement vers où porterait l’attaque, ni quel moyen j’emploierai, mais ce qui était certain, c’était qu’il en était fini de jouer au beau parleur et de passer pour un demeuré aux yeux de paysans illettrés et sans le sous, restrictions ou pas, je passerais les défenses et j’irais au cœur de la forteresse pour étriper le roi, c’est une image bien entendu.

J’avais un petit tour dans mon sac pour, d’entrée de jeu, faire basculer la donne en ma faveur, un petit truc qu’on vous apprend lorsque vous recevez une formation de chef militaire, un tour de passe-passe qui faisait toujours son effet, aussi minime soit-il. Je pris une grande inspiration et j’expirai par à-coups par après, très lentement, de sorte à sentir quelque chose grandir en moi, une force qui ne m’était accessible qu’en état d’alerte, lorsque je prenais les armes, ou bien que j’étais soumis à la pression, cette indicible puissance que chacun recèle en son sein, une montée de pouvoir incontrôlable en dehors des émotions fortes que je devais pourtant canaliser, comme les heures passées avec des moines de tous horizons m’avaient appris, laisser la magie s’écouler en moi, ne pas la refouler, jamais, ressentir les palpitations le long de ma colonne, fermer les yeux pour mieux les ouvrir, comme disait un vieux prêtre tonsuré et à l’épaisse barbe poivre-sel, ça par contre, ce n’était pas une image. J’abaissai mes paupières, sentant mes globes oculaires bourdonner sous elles, et, sans prévenir, elles laissèrent s’échapper une infime partie de mon aura, révélant à nouveau mes iris à la clarté du jour, un fourmillement parcourait ma gorge, j’étais prêt.

« Alors, Machin ? » Commençais-je d’une voix déformée, métallique, diabolique, éraillée mais qui portait étonnement loin. « On ne veut pas descendre ? Tu es certain ? Parce que je ne vais pas garder mon calme bien longtemps, tu sais … » L’exploit se répéta, l’enfant m’ignora cordialement, m’observant de son refuge aérien, c’en était trop pour mon pauvre petit ego qui avait été meurtri, écrasé, sur lequel un géant s’amusait à donner des coups de poing en riotant devant ma faiblesse, là, il avait poussé le bouchon un peu trop loin ; un peu ? Beaucoup. Je fis un rapide état des lieux, rien ne pouvait, semblait-il, desservir ma cause, pas une échelle, pas un chemin praticable pour la lourde carapace que j’étais, rien, livré à moi-même, comme d’habitude …

Quoi que, dans la grange j’étais à coup sûr certain d’avoir entraperçu les échelons d’un escabeau, peut-être assez haut pour que je puisse me hisser à la force de mes bras sur cette toiture qui abritait l’ennemi dont je faisais le siège, je n’attendis pas plus et fonçai là où se trouvait la stalle de ma bête, fouillant entre les bottes de foin, chaque recoin devait être passé au peigne fin, je n’avais pas beaucoup de temps, sinon ce mioche aurait considéré ça comme une retraite, un abandon, la fin de toute crédibilité pour moi, non, non et non ! Ca ne marche pas comme ça, moi le fort et intelligent paladin je devais venir à bout de ce délinquant juvénile qui avait bafouillé tous les principes de l’Eglise … Ou bien était-ce mes principes ? Je ne savais plus faire la distinction, après tout c’était une raison suffisante pour lui donner une fessée dont il se souviendrait ; ensuite l’emmener avec moi pour le former à la noble rudesse des combats et la pieuse envie de faire le bien partout où notre regard se pose, voilà. Avec un peu de chance il finirait affecté dans une région où il ne fait pas trop froid, où les locaux sont de sympathiques gaillards qui n’hésitent pas à payer un verre ou deux aux nobles défenseurs de la foi et où les demoiselles ne sont pas trop difficiles, après tout le vœux de chasteté n’est pas une obligation, cet enfant finirait avec une jolie donzelle, une situation enviable et pas trop de soucis à se faire quand à sa survie puisque l’Ordre veillait affectueusement sur chacun de ses membres, n’est-ce pas ?

Je retournai sous la façade où se déroulait la bataille sans merci entre deux monstres de volonté, armé d’une échelle sous mon bras, recouvert par une neige de plus en plus insistante et dérangeante, m’obligeant à plisser les yeux pour y voir quoi que ce soit, les épaules blanchies par cette eau cristallisée. Mon engin de siège en position, je commençai l’escalade mais une bourrasque emporta la frêle structure en bois, et moi par la même occasion, dans une magnifique chute vers l’arrière, je me retrouvai donc étendu dans le manteau blanc, doutant du parti pris des dieux, s’ils n’avaient pas décidé de s’amuser de leurs serviteurs en ce jour, maugréant insulte sur insulte envers tout ce qui existait en ce bas monde. J’étais pas d’humeur moi.
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Ven 20 Déc - 5:16


J’avais manifestement, et sans grands efforts, réussi à le mettre en rogne ; le simple fait que le petit freluquet que j’étais s’était enfui en l’ignorant royalement lors de sa piètre tentative pour communiquer semblait avoir froissé son honneur, mais pis que cela, j’avais osé lui tenir tête en faisant fi de ses ordres. J’avais achevé par insulter sa sainte église, son sang, sa vie, son devoir, sa salvatrice, en quelques vers tournés de manière douteuse, et le pauvre paladin avait perdu son éternel sang-froid - dans une certaine mesure, car il avait néanmoins gardé une apparence calme et posée, à l’inverse de sa voix qui commençait à se faire pressante et tendue ; je ne doutais pas que, malgré que nul ne foulait plus le sol pur et presque lissé à nouveau par les intempéries incessantes, moult badauds s’étaient précipités à leurs portes et fenêtres pour observer l’homme d’église qui s’acharnait à déloger un gosse sans grand succès. Je n’avais pas fait l’affront de le sous-estimer, malgré le peu de confiance que j’osais prêter au clergé, et je ne doutais pas qu’il ne renoncerait pour rien au monde à m’avoir pour… Pour je ne sais pas. Comptait-il me rosser ? Ce n’était pas une perspective qui m’enchantait, mais j’en avais vu d’autres ; cependant, il m’aurait étonné, voir choqué, qu’un individu si noble qu’il se prétendait pouvait s’élever à la bassesse de rouer de coups un simple enfant. Nombreux brigands ou marchands –cela revenait au même – s’y étaient abaissés sans scrupule, mais j’estimais tout de même qu’un individu tel que lui n’oserais pas faire ce genre de choses.

 
Je repérai un changement dans l’attitude de l’homme. Infime et insignifiant, il représentait néanmoins beaucoup ; il avait tendu ses muscles, adoptant une position plus offensive que celle, neutre, à laquelle il avait adhéré jusque-là, et j’aurais presque pu ouïr le souffle de sa respiration tant il ne la contenait plus. Ses paupières se fermèrent, et il ne les rouvrit que lorsque s’échappèrent d’elles une faible lueur verte, illuminant irréellement ses iris durant un bref instant ; ce n’était à première vue qu’un tour de passe-passe, mais le plus simplet des pratiquants des arcanes aurait saisi que derrière ces artifices d’intimidation se cachait un véritable pouvoir, brûlant et difficilement contenu, et qu’il n’hésiterait pas à s’en servir. Les choses sérieuses allaient commencer. Étais-je fou, avais-je perdu l’esprit pour provoquer un homme tel que lui ? Je n’en savais rien. Mais j’étais certain de ce que j’étais en train de faire : j’étais en train de m’amuser. Les occasions étaient si rares que je n’hésitais pas à mettre en rogne d’autres individus qui, comme moi, arboraient une certaine arrogance due à une puissance contenue en eux pour les voir perdre de leur sang-froid légendaire et déchainer leur pouvoir. Mon sourire s’élargit encore, dévoilant mes canines pointues, et j’accélérai la mélodie que je faisais chanter sur les cordes pour la rendre plus arrogante encore.
 
« Alors, Machin ? »
 
Lui ne tentait pas de me faire sauter de mes gonds, sans quoi il m’aurait probablement nommé « gamin » ; mais c’en était là le plus amusant : lui était bien intentionné, et je ne me contentais d’être arrogant par pure vilénie, pour voir ce gentil bonhomme dans un état de fureur.
 
« On ne veut pas descendre ? Tu es certain ? Parce que je ne vais pas garder mon calme bien longtemps, tu sais … »
 
Sa voix était éraillée, robotique, déformée par le pouvoir qui chatoyait en elle tel un fleuve déchaîné dans lequel on se laissait emporter. Je connaissais bien ce cours d’eau incessant et au courant trop fort pour savoir qu’il exagérait la fureur de son timbre pour m’effrayer, mais également pour en constater la violente puissance qui y vibrait. Il me semblait que m’exprimer à nouveau en vers pour l’énerver n’était pas la meilleure des solutions, et qu’il seyait plus de laisser le silence s’exprimer à ma place ; je n’étais manifestement pas fait pour les envolées lyriques de la parole, contenant un sens caché entre les alexandrins, qu’il se fallait décoder. Non, j’étais partisan du charme universel de la musique, offrant un sens et une signification aux mélodies que chacun pouvait interpréter de manière différente. L’homme me regardait toujours, constatant mon absence de réaction, et je lui fis un clin d’œil sans réel sens sinon l’embrouiller, mon sourire élargi comme un bouffon et ma langue sortant sur le côté ; mes cheveux en bataille désordonnés par le vent me donnaient un air de diablotin farouche.
 
Il se retourna sans rien rajouter, et, refusant de croire qu’il avait si vite renoncé à me tenir tête, je suivis sa lourde marche du regard ; il s’en alla dans la grange, et il n’y avait aucun doute qu’il allait là y chercher une échelle. Je n’avais pas eu l’occasion de la visiter, malgré qu’à mon arrivée, j’avais escompté y passer la nuit dans un de ses recoins, cependant, je ne doutais pas qu’elle contenait une échelle ou ce genre de choses, souvent nécessaire pour aller chercher le foin habituellement stocké sous la charpente du toit ; le paladin ne tarda pas à en ressortir, un instrument susdit sous le bras ainsi qu’un air déterminé sur le visage. Et alors qu’il s’approchait de la façade de son pas rapide, une question me vint à l’esprit : allais-je pousser l’armature en bois de façon à ce qu’il se retrouve au sol, une méchante douleur au dos, le souffle coupé ? Peut-être était-ce un peu pousser le bouchon trop loin, et je ne tenais pas à le heurter physiquement mais… C’était tentant.
 
L’échelle heurta la façade du bâtiment avec un bruit sourd, et je m’étonnai que le propriétaire du bâtiment ne sois toujours pas sorti de son établissement pour prendre connaissance des farfelues péripéties qui s’y déroulaient ; peut-être craignait-il les lames du paladin ainsi que sa grosse armure… Qui était d’ailleurs peut-être un peu trop imposante pour la frêle échelle qu’il avait sélectionnée. Il posa son pied sur le premier barreau, puis le second, pressant de plus en plus mon hésitation sur mon interrogation, mais elle fut vite réglée : le vent s’en chargea pour moi, et le paladin s’en alla s’écraser au sol, l’échelle toujours entre les mains. Ne pouvant pas garder plus longtemps, j’éclatai d’un rire sonore qui s’en alla se répercuter sur les étendues blanchâtres autour de nous.
 
Une fois mon sérieux récupéré, ce qui me prit presque une minute entière, je reportai mon attention sur le pauvre homme qui était désormais tout couvert de neige et m’exprimai d’un ton caustique.
 
« Allons, paladin, il ne faut pas vous mettre dans des états pareils pour une simple petite plaisanterie… Je ne sais même pas ce que vous voulez de moi, à part me flanquer une bonne correction… Peut-être est-ce pour cela que tous les gamins ont fui en vous apercevant ? Que voulez-vous donc ? Quels sont vos desseins ? Peut-être descendrais-je si vous me l’avouez…»
 

Mes jambes pendaient, dans le vide, et je les faisais balancer avec espièglerie tout en faisant chanter le pauvre homme, malgré que nous sachions pertinemment tous deux que je n’allais probablement pas tenir ma promesse.
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Lun 23 Déc - 0:06
« Tu veux savoir pourquoi ces mioches ce sont tous enfuis en me voyant ? Tu m’étonnes Machin, tu avais l’air plus futé que ça, tu t’es parfaitement rendu compte que j’étais un membre en armes de l’Eglise pourtant, la suite est tout à fait logique. Si je suis venu ici, c’est pour ramener à Asunia un enfant présentant au talent quelconque pour qu’il puisse servir la cause des divins en protégeant la veuve, l’orphelin, toutes ces petites choses … Mais tu n’as pas besoin de descendre par toi-même, pour appuyer mes dires, je vais te faire une petite démonstration de ce qu’on nous apprend, là. »

J’étais encore couché dans la neige, sentant de l’eau s’infiltrer dans les jointures de mon armure, je me dépêchai de me lever, de mieux que je pouvais en tout cas, je poussai l’échelle un peu plus loin, me mis à quatre pattes et pus enfin me retrouver campé sur mes deux jambes, tournant le dos à l’édifice ou le galopin avait trouvé refuge, frottant de mon mieux les endroits où il restait encore un peu de cette pellicule blanche, acier sur acier, rayant la couleur de mes jambières, de mon plastron, jurant pour moi et moi seul des insultes contre un peu tout ce qui était en vie dans les alentours, ça allait encore être pour mes frais, à moins que je ne ramène cet enfant avec moi et que, dans le plus grand secret pour ne pas me couvrir de honte, je raconte mon aventure à de Conpame, avec un peu de chance – et les dieux de mon côté – les retouches sur mon équipement seraient prises en charge par l’Ordre.

Je me tournai pour de nouveau faire face aux moellons de la bâtisse, j’étais en train de littéralement mettre de côté ma mission pour quelques pièces à donner à un artisan pour qu’il passe quelques heures sur un bout de métal pour lui rendre une couleur décente, ça n’allait pas, pas du tout, j’avais menacé ce bambin et pour l’instant, je n’avais pas tout à fait mis à mal sa forteresse de fortune, ce n’était pas très sérieux de ma part, même un peu inconscient, qui sait s’il ne s’était pas enfui en profitant de ma distraction ?! Non, il ne serait pas parti, c’était bien trop amusant pour lui de me rendre ridicule aux yeux de paysans de petite condition, chacun s’occupe comme il peut après tout, j’allais bientôt moi aussi prendre du plaisir à lui faire une belle frayeur.

Reculer un peu était nécessaire, sinon je ne ressortirais pas obligatoirement indemne de ce nouveau tour de passe-passe, même si celui-ci était un peu plus costaud que l’amplificateur vocal et la déformation du parlé, là c’était un autre registre de magie, quelque chose de plus violent, « œil pour œil, dent pour dent » disait le dicton, ce n’était que justice que j’offre à ce petit singe déluré quelque chose à la hauteur de l’humiliation qui avait été perpétrée. Respirer profondément, c’était la base de tout, comme je ne contrôlais pas ma propre magie en dehors de certains états, je pense l’avoir déjà dit de toute manière, mes yeux furent des brasiers où dansaient des flammes vertes, venant renforcer cette couleur déjà présente de base, contrairement à la dernière fois, je ne m’arrêtai pas là, je détachai Arrogance de ses sangles et la pris à une main, ne sentant pas l’effort lors du déferlement des arcanes, si de déferlement on pouvait parler jusqu’alors, de là où se terminait la lame il y eu comme un petit éclair qui la traversa de part en part, je la plaçai quasiment perpendiculaire à l’angle du mur et de petites explosions de lumières virent s’exposer dans un rayon de quelques pouces autour de moi pour que finalement une épaisse aura m’entoure, se prolongeant le long de mon arme, là ça allait être amusant.

Si l’éther était une combinaison savante de toutes les magies élémentaires, je pouvais très certainement en faire quelque chose de pratique à la situation, mes pensées défilaient, démultipliées sous l’effet du pouvoir qui montait en moi, je n’allais pas garder la tête froide bien longtemps, tout se calculait à la brindille près, comment utiliser de manière optimale ce que j’avais à disposition, le toit était certainement la chose à laquelle je devais m’attaquer en premier, ce ne serait pas de trop pour les petites gens habitant cet amas de gravats soutenu par un liant rudimentaire, ni pour ma bourse d’ailleurs, et ce serait suffisamment impressionnant pour me laver des affronts face à ma personne, ainsi que mes compagnons d’armes, qui s’en prend à un paladin s’en prend à tous.

Un frémissement, l’air devenant plus épais dans la direction où un serpent immatériel, filament vert absinthe, se dirigeait, se faufilant dans les interstices des pierres, sa destination était la charpente de la longe, je fus au fait de son arrivée assez rapidement et je pus passer à la phase deux de mon petit plan d’intimidation, de sous la protection qui empêchait à tous de recevoir les bassines d’eau qui se déversaient du ciel en cas de tempête un filet vint s’étendre, irréel mais bien présent. La partie la plus coûteuse en énergie s’annonçait, à grand renfort des cris des poutres de bois, je me mis donc à actionner la machinerie, de lourds coups vinrent s’abattre de sous le refuge de mon jeune et futur apprenti, des morceaux de la toiture commencèrent à se détacher, roulant pour atterrir dans un grand nuage blanc, la neige était poudreuse, le manège continua ainsi pendant quelques minutes, jusqu’à ce qu’à bout de force je ne rompe moi-même le sortilège, le voile immaculé retomba, je ne voyais plus personne en haut, j’avais gaffé …
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Jeu 26 Déc - 6:48

 
Nous y étions enfin. Je ramenai mes jambes contre moi afin de le lever, m’époussetant de la neige qui avait mouillé mon attirail blanc, le même sourire espiègle sur les lèvres. Pousser quelqu’un à ses derniers retranchements… Ce n’était pas un loisir que je pratiquais régulièrement, tout d’abord car il fallait que je sois en position de force, mais aussi car tous ne se prêtaient pas au jeu ; certains étaient trop posés, intelligents ou avisés pour se laisser avoir et rentrer dans mon petit jeu : mais manifestement, ce paladin n’en faisait pas partie, et même si je n’avais pas cherché directement à le mettre en rogne, il l’avait cherché. Je n’appréciais que peu que l’on viole mon espace privé corporel ou que l’on me nomme gamin, et de toute façon, j’avais furieusement envie de voir la magie verte absinthe qui semblait l’habiter ; je doutais sérieusement que ses seuls pouvoirs étaient ceux d’un amplificateur de voix ou d’autres artifices pour effrayer les simples d’esprits. Je n’étais pas assez fou pour le sous-estimer, mais bien assez lâche pour compter sur son sens de l’éthique et de l’honneur : quel paladin allait brutaliser un enfant, si arrogant qu’il soit ?
 
Debout sur ma cape, je le toisais de haut lorsqu’il me répondit, manifestement furieux ; cela avait été facile.
 
« Tu veux savoir pourquoi ces mioches ce sont tous enfuis en me voyant ? Tu m’étonnes Machin, tu avais l’air plus futé que ça, tu t’es parfaitement rendu compte que j’étais un membre en armes de l’Eglise pourtant, la suite est tout à fait logique. Si je suis venu ici, c’est pour ramener à Asunia un enfant présentant au talent quelconque pour qu’il puisse servir la cause des divins en protégeant la veuve, l’orphelin, toutes ces petites choses … Mais tu n’as pas besoin de descendre par toi-même, pour appuyer mes dires, je vais te faire une petite démonstration de ce qu’on nous apprend, là. »
 
Ah, j’ignorais que l’église avait recours à de telles pratiques ; je pensais que il fallait posséder des pouvoirs, avoir une foi inébranlable, vouer un serment et être choisi, mais non. Ils allaient prendre au hasard quelques bambins dans les villages et s’arrangeaient pour les faire marcher droit malgré leurs pieds grossiers. Soit, c’était une technique comme une autre, et je supposais que c’était toujours mieux que les rafles de Lumïa : là aussi, on allait à la pêche à la basse roture, mais ce n’était pas pour les former à une noble cause et leur faire défendre la veuve et l’orphelin : non, c’était d’avantage pour servir de cobaye aux scientifiques. Ou d’asticot aux poissons avides de la science douteuse. A vous de voir. A chaque ville ses priorités, dirons-nous… Quant à son objectif actuel à lui, ce paladin en furie, il pouvait s’en aller se dégotter un cul-terreux comme il en trainait tant ici, un peu moins lettré que moi mais plus obéissant, et l’élever dans les normes, plutôt que de me forcer à suivre ses pas tandis que je voudrais aller à contre-sens. Il était hors de question que je l’accompagne. Tout espoir qu’il existe des êtres supérieurs bienveillants s’était évaporé le jour de la mort de ma sœur ; soit ils n’en avaient strictement rien à faire de mon cas, soit ils étaient sacrément aveugles, car pour laisser arriver de pareilles atrocités ici-bas, il fallait le faire.
 
Mais bref, l’heure n’était pas aux lamentations messianiques et divines ; l’homme s’était relevé, s’époussetant un instant son armure pleine de neige tandis que je secouais ma cape pour la décrotter et que je replaçais le sac sur mes épaules. Il allait agir, et je devais y être au mieux préparé.
 
Obéissant à ses propres résolutions tacites, il dégaina une imposante lame à la garde gravée comme il se fallait pour un paladin, l’orientant de manière perpendiculaire face au mur au-dessus duquel je me situais ; ses yeux flamboyaient toujours de vert, si seulement cela était possible, et je sentis qu’il avait relâché la bride à ses arcanes. Un tel état ne s’était jamais emparé de moi, si bien que je ne connaissais pas l’amplitude totale de mes pouvoirs, à l’inverse d’Alice qui avait ouvert une faille dans le sol du laboratoire ; mais la minéralomancie était l’une des magies les plus destructrices à grande échelle. La ou une quelconque arcane élémentaire rasait la surface, la magie des pierres faisait trembler la terre, s’ouvrir des failles terrestres et, pis encore, déchaînait des vagues déferlantes sur les continents lorsque les séismes se prolongeaient sous l’océan. Restait à voir quels pouvoirs coulaient en les veines de ce paladin, et quelles en étaient les limites.
 
Une petite explosion lumineuse retentit près de l’homme, suivie de plusieurs autres pour finir par former une véritable aura autour de lui ; un fil du coloris désormais classique de l’individu s’en alla de son épée, immatériel, et volatile, éthéré serpent s’infiltrant à travers les briques. A sa vue, je me reculais, m’en allant à l’arrière du toit, tentant d’échapper à ce qui ne faisait que commencer et qui n’annonçait rien de bon pour moi. Cela commençait.
 
Les tuiles du toit s’effondraient, roulant avec fracas sur le sol neigeux et libérant ainsi de leur poids la charpente de planches de bois qui elle-même était ébranlée sous les coups de boutoir qu’entreprenait l’ecclésiastique militarisé ; il était sérieusement temps que je quitte cet endroit, sans quoi j’allais me briser le cou. Je m’en étais allé du pan de la bâtisse faisant face à l’homme pour me diriger vers celui de l’autre côté, et l’inclinaison de la structure était telle qu’il ne devait qu’à peine voir mon crâne dépasser, bien que je doutais qu’en cet instant il ait le loisir d’observer ma pilosité capitale tant il devait être concentré sur son œuvre destructrice et vengeresse. Tant de moyens déployé pour moi, c’était trop d’honneur, vraiment.
 
Les premières poutres de la charpente au-devant de la façade commençaient à s’effondrer lorsque je m’interrogeai sur la façon dont j’allais sauter jusqu’en bas ; j’avais bien une idée, mais elle ne me semblait pas bien sûre…
 
Oh, et puis, quel âge avais-je ? Cinquante ans ? J’en avais douze, et cela n’était pas l’âge de raison, non, c’était l’âge de l’inconscience et de la folie. La mienne était morte et enterrée depuis un lustre, mais je pouvais faire comme si… Alors que je me sentais glisser, prévenant cet incident inopportun, je sautai des quelques tuiles verglacées qui demeuraient toujours en place pour atterrir sur la plate-forme que je m’étais moi-même créé avec les briques du bâtiment à mi-hauteur de l’auberge, ôtant alors à nouveau un pan du mur de la maison dont la structure en était déjà bien affaiblie, si bien qu’elle se mit à tanguer dangereusement vers moi. Mon système d’atterissage en douceur fonctionna moyennement : il ne me retint que peu lors de ma chute. Il n’était pas censé me supporter entièrement, mais au moins ralentir mon saut, et son effet fut moindre, si bien que je me foulai la cheville et ressortis de la mésaventure boitillant comme un vieux chien : j’étais un peu ridicule. Tandis que le pas-si-matamore-que-cela forcené s’efforçait de démolir le reste de la toiture de cette pauvre auberge, je me glissai derrière son dos, profitant de son inattention, et attendis qu’il ait fini sa vengeresse besogne.
 
Son petit manège se termina bien vite, et il constata que je n’étais plus au-dessus, alors je tapotai son épaule de ma main et lui souris de toute mes dents lorsqu’il se retourna vers moi; mais ce qui me fit perdre mon sourire ne fut pas son regard d’acier : non, c’était bien le bâtiment derrière lui qui achevait de s’effondrer, avec ce qui devait se résumer à l’ensemble de la population bien portante du village qui se dirigeaient vers nous, armes rudimentaires et torches à la main, ayant oublié la crainte des pouvoirs du paladin face à ce que nous avions fait.
 
Je n’eus besoin de rien dire pour que l’homme se retourne.
 
« Oups. »
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Sam 28 Déc - 6:58
Ils sont fous, tous fous, complètement cinglés, on les a bercés trop près du mur quand ils étaient des bambins, je ne vois que ça comme explication à l’arrivée massive d’un groupe de culs-terreux armés de tout ce qui a pu leur tomber sous la main, de la fourche au couteau de chasse, ce n’était pas une position favorable que la mienne … Que la nôtre d’ailleurs, Machin était tout autant responsable que moi de ce qui allait nous tomber dessus incessamment sous peu, une vilaine cargaison d’hommes dans la force de l’âge, certes à l’intellect réduit, mais qui devaient au moins taper aussi dur qu’un apprenti guerrier, ce qui était une données à prendre en compte, incontestablement.

« Oups. » C’est tout ce qu’il avait trouvé à dire, ce mioche, oui j’y étais allé un peu fort en réduisant son toit en charpie … Un grand bruit, un éboulement, j’y mettrais ma main au feu, se répercute sur les parois des chaumières, je tourne la tête pour observer qu’en réalité, ce n’est pas qu’un revêtement que j’ai envoyé promener, mais également les poutres qui étaient essentielles au maintient du bâtiment … Bon … Je suis dans de beaux draps, si ils apprennent ça à Asunia, je pense que je suis bon pour faire du cachot pour les six prochaines années, si ils sont de bonne humeur, sinon ma tête va rouler d’un billot, c’est une chouette perspective, j’en sens mes poils s’hérisser et ma colonne se raidir, entraînant un mal de dos à m’en tirer des larmes, ou bien c’est juste la chute d’il y a un instant dont je sens enfin les effets néfastes sur ma mécanique …

Tiens, c’est marrant, ils … Ils se rapprochent … Ils n’essayent pas de m’intimider, non, ils ont décidé de me casser la figure, me fendre la poire, m’envoyer droit dans les pommes, avec un potentiel fort réduit quand à mon droit de ressortir sans avoir payé pour ce crime … Crime, crime, on ne peut pas ranger cela dans la catégories des méfaits, ce ne sont que quelques briques empilées à la va-vite, rien de plus, rien de moins, et puis une mission de la plus haute importance m’était confiée. Oui, oui, c’est cela, une tâche d’ordre existentielle, influant sur l’avenir même de ce monde ! Qui sait si ce gamin n’était pas un futur guerrier qui nous sauverait tous, aidé par les dieux ?! Les dieux … Ces espèces de débiles bons à gratter dans les champs se mettaient en travers de la volonté des êtres les plus beaux, les plus intelligents, les plus puissants, ceux qui étaient parfaits, divinités d’un panthéon resplendissant. Ah ! Les marauds ! Si la justice des cieux était relativement clémente, celle du forfait de lèse-majesté envers Eux, quand on habitait le plancher des vaches, était nettement plus sévère et coriace. Ils allaient payer. Pas de discussion, pas de pourparlers, juste des gnons pour ces ruraux.

Aaah c’est beau le bourrage de crâne, n’est-ce pas ? Mais bon, c’est un peu à cela que l’on a droit tous les jours, dans les cryptes de l’Ordre quand on est protégé par celui-ci, que l’on reçoit un entraînement spécial, alors pourquoi me priver ? Ca me tirerait d’un mauvais pas, c’est le principal, qui plus est, j’aurais bonne conscience en repartant, heureux d’avoir fichu une raclée à un ramassis d’hérétiques fieffés … Hérétiques fieffés, j’vous jure …

Je m’avance vers le groupe, qui ne recule toujours pas, laissant de grandes marques dans la couverture blanche, arme en mon dos, bouclier également, mais prêt à tout instant à me servir de l’un d’eux ; un petit tour de passe-passe une fois de plus pour amuser la galerie était-il de mise ? Non, trop risqué, ils m’avaient déjà entendu avec une voix déformée et l’affront du gosse n’inspirerait chez eux qu’une envie de s’esclaffer, c’était utiliser de l’énergie pour rien, perdre du temps. Allons bon, soyons naturel, montrons à ces ignares ce que c’est qu’un paladin, que dis-je, le capitaine d’une escouade de paladins, voilà qui est prestigieux, qui amène respect et écoute de tous et toutes. « Allons, allons, braves gens, retournez dans vos habitations sans causer des dégâts dans vos relations avec l’Eglise qui pourraient s’avérer irrémédiables. » C’est la consternation dans les rangs, avec des yeux exorbités, sans la moindre lueur d’intelligence dans ceux-ci, tous me fixent comme si je venais d’un autre monde ; qui étais-je pour oser leur affirmer cela alors qu’ils étaient certains de leur coup et que j’étais en tort ?! Quelque chose siffle en passant juste à côté de mon oreille et va se perdre plus loin, une deuxième masse grise vient me heurter de plein fouet à la tempe, j’ai l’impression que je vais défaillir, mais je ne peux pas, ce ne serait pas très glorieux.

« Je comprends que vous ne soyez pas d’humeur joyeuse, mais pensez aux heures dures qui s’annoncent, rentrez chez vous, faites vos provisions et laissez-moi m’occuper de ce garçon. Ce n’est pas la peine de chercher les ennuis en ce jour. » Pour toute réponse, un concert de rires me fait signe que j’ai autant d’autorité qu’une moule, bon, ce n’est pas grave, peut-être qu’ils vont quand même déguerpir. Derrière la première rangée d’agriculteurs du mouvement se fait observer, tous se baissent et se relèvent exactement en même temps, coordonnés par un ordre tacite et une pluie de caillasse vient appuyer leur refus d’obtempérer à ma demande, pourtant bien formulée. Là, je vois rouge.

« Vous pensez très sérieusement que vous avez le moindre droit de rejeter les ordres d’un envoyé de l’Eglise comme s’il s’agissait de ceux d’un sergent d’armes ivre ?! » Je pense que je crie, mais je ne suis pas sûr, je me suis pris trop de gadins sur la tête pour distinguer correctement les sons. « Tout cela n’est qu’affabulations ! Vous vous enfoncez jusqu’au cou dans une infraction qui vous mènera loin, très loin de chez vous ! Dans les geôles d’Asunia ! » Je crois qu’ils n’ont pas bien saisi la menace puisqu’ils continuent de se moquer de moi. Deux petites secondes … Ils se lancent sur moi là … ? Oui, oui, on dirait bien … Bon ben quand il faut y aller, il faut y aller. Bouclier devant moi, je suis prêt à les accueillir, qu’ils y viennent.

Le bruit de leur course effrénée pour venir au contact s’intensifie à chaque instant, une boule noue ma gorge, j’ai oublié quelque chose … Le gosse ! Nom de nom ! Ils lui en veulent autant qu’à moi, même si je suis largement responsable de ce qui est arrivé à une des bicoques de ce trou perdu, mais de nous deux il est le moins dangereux … Quoi que, j’en viens à avoir des doutes … De toute façon, pas le temps de tergiverser, il faut agir ! Ni une, ni deux, devant le front de « l’armée » ennemie s’étend un large mur vert, transparent, qui ne résistera pas bien longtemps et qui vient de m’arracher une année de vie, mais dissuade les combattants de continuer à charger tête baissée, le temps d’un répit pour foncer rejoindre mon arrière-garde, la projeter sur mon épaule comme un vulgaire sac et m’enfermer dans la grange où mon cheval m’attendait toujours, il devait commencer à se poser des questions celui-là, la brave bête.
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Dim 29 Déc - 4:51
La balle avait changé de camp. Ce fut la première pensée qui me vint à l’esprit en apercevant tous ces roturiers moyennement vifs d’esprits mais totalement vifs de corps qui s’approchaient de nous avec l’inexpérience de ceux qui n’y connaissaient rien mais désiraient ardemment en découdre ; n’importe qui d’un tant soit peu sensé, devant un paladin tel que l’homme à mes côtés, aurait fait profil bas, mais pas eux, et la démolition d’une auberge semblait leur convenir en tant que motif suffisant pour aller tenir tête au grand cuirassé qu’il était. Et au final, je n’étais pas moi fou qu’eux, puisque j’avais délibérément enragé l’homme d’église pour mon simple plaisir ; mais désormais, devant nos assaillants communs, nous étions bien obligés de coopérer, supposais-je. Je n’avais rien de personnel contre cet individu, sinon ceux supérieurs qu’il était censé servir, et il me suffisait simplement de garder à l’esprit qu’il valait mieux que j’évite de monter sur son cheval en sa compagnie sans quoi j’allais devenir comme lui. Non pas qu’il n’imposait pas de sa carrure respect, mais plutôt que sa vie bien rangée ne semblait, à première vue, pas me convenir du tout, et que pérégriner par monts et par vaux dans le simple dessein d’aider autrui n’était pas une activité me faisant saliver.
 
Le temps semblait être à l’action, et si le paladin semblait robuste et même si j’avais eu une démonstration des plus convaincantes de ses pouvoirs, je doutai qu’il pouvait stopper tous ces paysans haineux, code d’éthique et également force physique oblige ; que dirait l’Église de l’incartade que nous avions tous deux commis ? Egoïstement, je me réjouis de ne pas être affilié à ladite sainte organisation, pour ne pas à avoir à subir les conséquences de mes actes ; mais je ne doutais pas qu’avec toute l’hypocrisie dont savaient faire preuve les ecclésiastiques et à l’aide de leur capacité exceptionnelle à plier leurs propres règles à leurs objectifs, il allait s’en sortir et faire passer ce bémol pour une intervention d’ordre législative. Quoi qu’il en fût, l’homme ne sembla pas broncher immédiatement, préférant naïvement s’assurer que les bouseux n’exécutaient pas là quelque manœuvre d’intimidation ; mais, trop contents de pouvoir décharger toute leur haine enfouie de leur si basse condition, ils n’hésitèrent pas une seconde à s’élancer vers nous pour trouver quelqu’un à pendre, satisfaisant du même coup les envies sanguinaires tapies au fond de ces esprits faibles.
 
Le paladin s’avança finalement vers la horde qui n’avait semblé manifester la moindre intention de ralentir son allure, sa lame et son bouclier gargantuesque toujours dans son dos, agencés d’une telle façon qu’il était aisé de s’en emparer, et, avec toute l’autorité et l’aisance naturelle d’un meneur d’homme, tout du moins d’autant que lui permettait sa carrure et son regard froid, il s’adressa à la foule, d’une voix forte et portante ; il ne m’aurait étonné que l’homme soit haut-gradé dans son institution, ou au moins qu’il ne dirige quelque escouade, sans quoi il aurait été dommage de gâcher un tel charisme naturel dans un simple petit fonctionnaire.
 
« Allons, allons, braves gens, retournez dans vos habitations sans causer des dégâts dans vos relations avec l’Eglise qui pourraient s’avérer irrémédiables. »
 
Un choix de mots plus simples aurait peut-être été judicieux, malgré qu’un tel discours sur un citadin de classe moyenne eusse probablement porté ses fruits ; mais ceux-ci, embourbés dans leur propre ignorance et leur douteux patois, ne semblaient avoir saisi ces mots, confirmant mes soupçons : le moindre lettré dans ce hameau devait être observé comme une bête curieuse.
 
Et pour toute réponse, un projectile sifflant et non-identifié vint s’écraser non-loin de nous, bientôt suivi d’un second qui heurta le paladin, ébranlant un peu son intégrité d’autorité et de sagesse.
 
« Je comprends que vous ne soyez pas d’humeur joyeuse, mais pensez aux heures dures qui s’annoncent, rentrez chez vous, faites vos provisions et laissez-moi m’occuper de ce garçon. Ce n’est pas la peine de chercher les ennuis en ce jour. »
 
Des rires et des rebuffades entre eux, on aurait dit qu’ils s’en allaient tous joyeusement à un quelconque divertissement d’ordre familial et plutôt amusant. Tous s’abaissèrent, et bientôt, sans que j’aie le temps de réagir, une grêle de pierrailles s’abat sur nos têtes, me prenant au dépourvu et m’empêchant de faire quoi que ce soit pour empêcher les petits chocs qui nous martèlent ; quoi qu’il en fût, ce n’était pas plus mal, au fond, car je préférais toujours garder un tour dans mon sac et quelques cartes cachées dans ma manche. Révéler tout son potentiel soudainement n’était pas une bonne idée, et si le paladin devait avoir obtenu quelques indices sur le fait que je n’étais pas totalement normal en me voyant escalader une paroi totalement lisse, ses interrogations ne devaient pas aller plus loin que quelques soupçons.
 
« Vous pensez très sérieusement que vous avez le moindre droit de rejeter les ordres d’un envoyé de l’Eglise comme s’il s’agissait de ceux d’un sergent d’armes ivre ?!  Tout cela n’est qu’affabulations ! Vous vous enfoncez jusqu’au cou dans une infraction qui vous mènera loin, très loin de chez vous ! Dans les geôles d’Asunia ! »
 
La menace porte autant que s’il l’avait lancé aux corneilles, ou plutôt elle fait l’effet inverse que celui qui était recherché : les roturiers, dans un élan rageur, s’élancèrent vers le paladin et moi-même, et ce dernier dégaina son bouclier, apparemment décidé à en découdre ; mais ici, je ne peux rien faire, et malgré les quelques cailloux à terre, mes principales « munitions », les maisons, se trouvent bien trop loin de nous pour que j’emploie leurs briques.
 
Mais soudain, dans un quelque éclair de compréhension, il sembla se souvenir de ma présence, et, afin d’assurer notre supposée fuite, du même type que ses précédents assauts sur la charpente du toit avec son épée, il érigea un mur de la même couleur que ses yeux devant les paysans ; ensuite, m’arrachant du sol de ses bras, il m’empaqueta sur son épaule comme un sac de grains pour se réfugier dans la grange. J’eus le bon sens de ne pas me débattre : seul devant ces enragés, boitillant comme un vieillard et sans aucune matière pour combattre, je n’en mènerais pas large ; il finit par me poser au sol, non loin de sa monture, et je me relevai tant bien que mal, m’époussetant les manches.
 
« Les portes ne vont pas tenir bien longtemps… Il va falloir faire face. »
 
Je m’approchai de l’arrière de la grange, ôtant les premières briques qui se trouvaient sous le toit, à la façade arrière, pour les mettre à ma disposition ; nous avions déjà démoli une taverne, alors ce n’était pas un abri à foin de plus ou de moins qui allait faire la différence… Je m’attelai alors à briser en deux mes futurs projectiles et chair à golems à l’aide de mes pouvoirs, puis en quatre, pour en faire des projectiles plus maniables et moins lourds, malgré que j’en conservais certains sous une forme plus imposante tandis que déjà, les roturiers tambourinaient aux lourdes portes de bois sur lesquelles le paladin avait placé une planche en travers des deux battants afin de la verrouiller. J’entassai toutes mes munitions non loin de la porte, m’assurant tout de même que les hommes n’avaient pas profité de la brèche que j’avais produite à l’arrière du bâtiment, et m’adossai calmement à l’une des parois de la grange, patientant que les paysans défoncent les cloisons à grand renfort de cris et de coups d’épaule. Je m’adressai au paladin à mes côtés qui s’était préparé lui aussi.
 
« Écartez-vous de la porte pour l’instant. »
 
Les assauts se faisaient de plus en plus répétés, et le bois pliait sous les coups ; elle n’allait pas tarder à céder. Je sélectionnai parmi mes « armes » l’un des plus gros blocs intacts et le plaçai tranquillement dans la trajectoire qu’ils allaient emprunter.
Et la porte céda, déversant son flot de bouseux haineux sur nous.
 

Mon bloc minéral partit tel un boulet de canon, fauchant tous les hommes aux jambes sur son passage ; je l’avais propulsé avec le plus de force dont je pouvais faire preuve, et la distraction que causa la chute d’une majorité de nos belligérants me permit de former avec ma petite caillasse un golem d’une taille légèrement supérieure à la mienne. Je laissai le paladin sur le front, passant par la brèche de l’arrière du bâtiment pour les prendre à revers en compagnie de mon ami minéral.
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MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Dim 29 Déc - 11:31
Bon, avec une planche pas trop moisie, la porte devrait tenir, selon mes estimations, six minutes et des brouettes, à moins d’avoir affaire à un rassemblement de manchots, dans ce cas on devrait pouvoir rester retranchés pour au moins trois jours avant qu’un d’eux ne se décide à l’enfoncer avec sa tête, en prenant en compte qu’il lui faudrait l’aide de deux personnes de même condition que lui et qu’ils devraient se relayer pendant trois heures, en sachant qu’ils devront porter des casques, sans quoi ils devront être douze ! Pourquoi je pense à ça moi … ? C’est complètement débile ! S’ils sont manchots ils vont juste foutre le feu à la baraque et puis on crèvera asphyxiés ou bien encore brûlés vifs ! Oui mais comment vont-ils amener une torche et faire prendre une flamme de manière suffisante pour nous compromettre ? Souvenons-nous qu’ils n’ont pas de bras …

Je ne fais plus le fier, ça non, à me torturer l’esprit pour envisager tous les cas de figure, celui d’une populace à qui les membres supérieurs manqueraient reste le plus amusant et me permet de rester plus ou moins concentré, le gamin est partie plus loin au fond de la grange et mijote quelque chose, j’entends du bruit, du bruit, toujours plus de bruit et je sais que ce n’est pas l’attroupement massé devant ma forteresse de fortune qui n’en était pas encore à marteler de toutes ses forces, c’était des craquements réguliers, un peu trop répétitifs à mon goût, qu’est-ce qu’il fichait ?

« Écartez-vous de la porte pour l’instant. » Ca va aller de me donner des ordres ?! Je fais encore ce que je veux ! Je suis un guerrier, merde à la fin ! On n’a pas besoin de me commander, c’est moi qui ordonne, c’est moi qui décide, c’est moi qui organise et c’est surtout moi qui reste en première ligne pour donner du courage aux hommes ! Et puis ils ne peuvent pas arrêter trente secondes de faire un bruit de tous les diables ces paysans du dimanche ? Ca m’échauffe tout doucement les oreilles et ils ne vont pas être contents du tout quand je vais m’énerver, mais pas du tout, du tout, du tout, ils vont manger la poussière, manger la terre et je leur ferai avaler des cailloux en prime ! Ô sacro-sainte Eglise, pardonne-moi pour ces élans d’ardeur mais je ne peux tolérer que l’on bafoue ton nom, qui que ce soit, quel que soit son influence, il payera son injure, foi de paladin.

La dernière défense cède, nous sommes faits ! Ou pas en finalité, un véritable boulet de canon s’élance du fond des retranchements et remonte jusqu’au front où le combat est imminent pour faucher cette masse compacte de milicien peu entraînés qui se sont engagés sans même prendre compte des risques éventuels de la place, le psychique ennemi ne doit plus être au beau fixe, moi-même je ne sais pas ce que c’était que cette chose qui m’est passée devant les yeux, le gamin ne pouvait pas en être à l’origine, pas vrai ? A son âge j’étais à peine capable de lever une épée, alors, delà à jeter des cailloux gros comme ça … Et puis où était-il passé ce mioche ? Il y avait un trou à l’arrière du bâtiment, il s’était sans doutes enfui, notez que ce n’était pas plus mal comme cela, il éviterait les mauvais coups et j’étais certains qu’il n’abandonnerait pas son futur mentor comme cela, il reviendrait après la bataille pour repartir avec moi et se voir confié l’enseignement religieux et guerrier de l’Ordre.

Ni une, ni deux, j’attrape un vieux bâton qui traine à côté de moi, j’aurais parié pour le manche d’une fourche, il ne fallait pas non plus tuer pour le plaisir, c’est interdit après tout … Bon, je suis certain que je pourrais trouver une justification contournant avec aise et volubilité les règles, mais me mettre à dos l’ensemble de l’assemblée des gradés ce n’était pas bon pour une promotion dans un futur proche, comme lointain. Un petit barbu, sec, rabougri, est le premier à venir se frotter à moi, ses yeux sont marron foncé, ses cheveux de paille, il tient une petite dague dans sa main gauche, sa dextre est cachée dans son dos, il veut me jouer un tour mais il est aussi prévisible qu’un chien devant un morceau de viande, je le fais voler sans effort vers ses compères, il en renverse un, ce n’est pas un si bon score que ça, si je pouvais les éliminer trois par trois ce serait bien plus rentable, je vais m’y atteler. Mon second adversaire est une de ces espèces de menuisiers dans la force de l’âge, baraqué, le regard vif, les muscles saillants, la chevelure presque inexistante, couturé de cicatrices sur les mains, armé d’un maillet, bon, mis à part ce détail, il pourrait travailler dans le bois, de toute façon, je l’envois dans les pommes, envoyant un uppercut dans sa cage thoracique, il se vide de son air dans un gémissement plaintif, mon arme de fortune s’abat sur son crâne, je le repousse d’un coup de pied, il emporte quatre de ses compagnons dans sa chute, c’est bien mieux comme ça Brann !

Ils commencent tout doucement à m’encercler et pourtant je ne leur cède pas un pouce de terrain, dans un espace aussi confiné ce serait suicidaire, autant me jeter à corps perdu dans la mêlée en frappant au hasard, ça ne porterait aucun fruit digne de ce nom, il faut penser stratégie, par exemple, les ballots de pailles entassés au-dessus de moi sur de vieilles poutres rongées par les vers pourraient très bien être réceptionnées par les têtes de ces messieurs aigris par des heures de travail, mais je n’ai pas le temps de m’occuper de scier des tronçons de bois, présentement je fais tournoyer une tige à la solidité douteuse pour envoyer valdinguer les trois quatre clodos du coin qui pensaient être capables de me mettre au sol sans trop se forcer, c’est tellement risible que je m’autorise à lâcher un rire provocateur en écrasant le pied d’un petit père qui s’était jeté sur moi en proférant des insultes et qui se tord maintenant de douleur en soutenant tout de même une haine féroce contre ma personne, se matérialisant sous la forme de jurons que je n’aurais jamais cru entendre dans la bouche d’un homme qui avait la tête de l’honorable grand-père, du jamais vu ces hérétiques. Ces suppôts du chaos.

Je suis emporté par la folie furieuse du combattant, je ne fais plus qu’attention qu’à ce qui pourrait me tirer des souffrances, une épée, même émoussée et rouillée, une hache tordue, un tison dans un état déplorable, ces manants ont beau ne pas être très futés, ils ne s’acharnent pas sur mon armure mais tentent bien d’atteindre ma tête, dégarnie de toute protection, quel manque de vigilance de ma part, c’était un point faible qu’ils pouvaient exploiter à leur guise ! Bon, quand ils réalisaient qu’ils devaient rediriger leurs attaques sur mon visage, ils étaient très souvent déjà reparti entre les bras d’une bonne âme qui se prenait au jeu de mettre les blessés hors de danger, croyez-moi ou non, pour ces hommes qui n’étaient pas initiés au maniement des armes, la chose la plus imprudente n’était pas de se frotter à moi mais bien de rester inerte au sol et de finir écrasé par le groupe.

Ah ! Du bruit dehors, une forme de débandade s’installe dans les rangs adverses, leur général ne les tient plus ! Le moral est au plus bas ! En avant compagnons ! Boutons l’envahisseur hors de nos terres consacrées ! Que trépasse si je faiblis !
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Lun 30 Déc - 3:04

Si je n’eus aucun scrupule à laisser ce paladin dans l’espace confiné de cette grange en compagnie de la basse roture qui s’affairait à confirmer sa réputation d’ignorants haineux, c’était bien parce que tout d’abord, j’allais venir encercler les paysans en les prenant à revers, et ensuite, je ne savais pas réellement quoi penser de cet individu ; je n’arrivais pas à le cerner, et nos relations étaient douteuses : je l’avais ouvertement nargué et avais critiqué sa sainte organisation, et désormais nous nous retrouvions tous deux à nous battre contre des ennemis communs, et je craignais plus que tout la discussion qui allait s’ensuivre de la bataille dont nous allions bien entendu et sans aucun doute nous sortir victorieux. Il m’avait lui-même avoué chercher en ces lieux sales et boueux un bouseux à arracher à sa famille pour l’élever au rang de soldat de l’Église, et il n’y avait aucun doute qu’il avait dans l’optique de m’emmener sur son cheval aller voir des vieillards rabougris en bure violette et de me jeter de l’eau sur la figure pour une quelque sacrée raison pour ensuite m’imposer moult exercices physiques et codes d’éthique à ne jamais pour aucun prétexte trahir ; mais outre son côté pour le moins déplaisant, force était d’avouer, et bien honteusement, que j’enviais presque ces semi-esclaves de leurs pseudo-divinités, car c’est bien connu, la religion est la solution pour les lâches à beaucoup de problèmes : nul besoin de trouver un sens à sa vie, puisqu’elle n’est qu’un voyage vers l’éternité. Ma sœur est morte ? Elle devait aduler le cornu en secret, et elle le méritait. Tout élément non-expliqué l’était désormais instantanément, et pour la plupart, ce n’était pas plus mal. Allais-je me laisser faire s’il cherchait à m’embarquer ? Je n’en savais rien.
 
Quoi qu’il en fût, et malgré que je ne doutais qu’il pût plus ou moins maîtriser cette horde seul, je me devais de l’aider à repousser cette roture, car au fond, tous deux avions provoqué sa colère ; je m’enfonçai donc à travers la brèche que j’avais moi-même créé, sans réellement savoir s’il m’avait vu à l’œuvre ou pas, en compagnie de l’homme de pierre que j’aimais jadis à nommer Stephano en une quelconque référence à une figure iconique et romanesque de mon enfance que j’avais déniché dans le peu de fiction sur laquelle j’avais jeté mon dévolu. Son corps minéral, pouvant être composé d’à peu près tout de pur et non-organique, ne formait pas un tout, mais bien un ensemble de petites entités combinées pour former la créature ; c’était l’une des façons d’employer la minéralomancie, et certains experts employaient leurs pouvoirs à des fins similaires mais bien plus impressionnantes, comme pour déplacer des atronachs de la taille de maisons entières, et quiconque se retrouvait impressionné par mes petits amas rocheux mouvants n’avaient encore rien vu : j’étais loin d’arriver à la cheville d’un grand pratiquant de mon art.
 
Je contournai le bâtiment, constatant alors la masse informe de paysans qui se massaient autour de ce qui restait de la porte qui se pressaient pour pénétrer la grange et pouvoir enfin déchaîner toute leur ardeur inexpérimentée et leur violence de réserve sur ledit paladin qui avait démoli leur auberge – ce qui n’était au fond qu’un simple prétexte pour s’amuser un peu et se venger de leur sort, et par la même occasion, exprimer à n’importe qui tout leur mécontentement – ici, l’église. Il était temps pour moi de passer à l’action.
 
Tous ou presque me tournaient le dos, sauf quelques-uns, lassés de leur attente le nez dans les cheveux de leurs voisins de devant, qui, malgré l’effervescence du combat prochain en eux, s’étaient retournés pour se plaindre entre eux en un patois incompréhensible ; en m’apercevant, ils furent secoués d’un hoquet de surprise, probablement abasourdis de voir quelqu’un comme moi à demi plus petits qu’eux maîtriser quelque chose qu’ils ne comprenaient absolument pas, et également, de voir à mes côtés quelque chose d’humanoïde et passablement imposant fait de morceaux de leur grange qui, en temps normal, n’était pas censé vivre.
 
Je profitai de cet instant fugace d’incompréhension pour faire passer en eux la lueur de savoir à l’instant où ils comprirent que l’engin était sous mes ordres et qu’il allait les attaquer ; les poings de Stephano les heurtèrent de plein fouet, un pour chacun en combattant magnanime et équitable que j’étais, à l’estomac – car je veillais de ne pas leur casser les côtes, sans quoi ils ne s’en remettraient jamais. C’était d’ailleurs pourquoi je n’avais pas dégainé mon épée, mon fourreau vide pendant toujours à mon dos, également car je ne souhaitais pas voir de sang dans l’état ou j’étais, me rappelant que trop bien l’épisode en compagnie de ce chevalier ou j’avais été pris d’une folie à la fois meurtrière et suicidaire. Je ne souhaitais pas remonter ces vieux souvenirs qui me faisaient l’effet d’un relent de bile dans la bouche.
 
Et ma danse tant brutale que minérale pouvait commencer ; les cris de mes deux amis non-loin à moitié évanouis au sol après leur vol plané semblaient avoir alerté leurs compagnons, et ceux qui n’étaient pas occupés avec le paladin se retournèrent vers moi, pris de la même incompréhension que les précédents. Je me trouvais non-loin, néanmoins assez en retrait pour être en une relative sécurité, et fauchais chaque homme passant à ma portée, certains comme les deux précédents, d’autres en les faisant s’envoler d’un coup de bras de pierre par le bas du corps – quel dommage, ceux-là ne pourront plus procréer –tandis que certains encore valides s’en allaient voir leurs blessés que j’avais envoyé ailleurs. Peu à peu, je progressais parmi les manants, un sourire lupin sur les lèvres, me rapprochant de plus en plus de la porte pour que nous soyons côte à côte à nouveau ; je ne savais pas bien pourquoi j’allais le voir. J’aurais pu m’enfuir pendant la bataille, et personne n’aurait remarqué un gamin fuyant tel que moi qui s’en va dans les plaines enneigées.
 
Les derniers s’enfuirent à toutes jambes, préférant survivre dans la honte que décéder dans l’honneur ; avant que le paladin ne sorte de la grange, je démantelai Stephano, prenant soin d’éparpiller un minimum ses pierres, puis me campai sur mes deux pieds devant la porte, attendant sa venue.
 
Je croisai les bras, et un sourire mutin étira mes lèvres au moment où je l’aperçus.

Je me demandais ou allait me mener cette décision.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Sam 1 Fév - 8:41
« Revenez bande de lâches ! Venez affronter le courroux de la Sainte Eglise que vous avez sciemment provoqué ! » Une petite couche en plus pour bien démontrer que je ne suis en aucun cas responsable dans cette affaire, ce serait tout de même malheureux d’avoir des retombées négatives sur une mission aussi basique que celle-ci, on ne m’accorderait plus jamais aucune forme de confiance, il me faudrait vivre à l’écart de mes frères d’armes, alors que nous avons été élevés pour nous entraider, comment ferais-je seul ? Ce serait-là un sérieux handicap que j’aurais de ne plus pouvoir compter sur l’Odre, qui me fournit protection, logement et vivres.

Les retardataires sont renvoyés d’où ils viennent à grands coups de bâton, pas de pitié pour la roture. J’attrape ceux qui peinent un peu à rejoindre le gros de l’armée, ou bien ont été laissé en guise d’arrière-garde, et je les fais valdinguer loin de moi, me jouant de leurs corps comme s’ils n’étaient que fétus de paille. Mes dieux que cela fait du bien de se battre. Si seulement j’avais plus d’occasions pour passer mon énergie sur des cibles bien vivantes autres qu’un chien galeux faisant des rondes devant la grille, unique protection du bâtiment nous abritant, dans la rue la moins fréquentée de toute la capitale du royaume des Hommes. Je mérite bien de me passer à tabac quelques pauvres ignorants de temps à autres, non ? Non, ce n’est pas vraiment ce pourquoi tu t’es engagé. Je ne me suis jamais engagé. Va dire cela à de Conpame. Bien, bien, t’as gagné, j’ai prêté serment.

Ces péquenauds n’auraient jamais dû s’en prendre à tel combattant que moi, c’était folie que de s’essayer à me faire la moindre égratignure. Je suis un Paladin, moi, un guerrier protégé par des forces que même les plus érudits n’appréhendent pas avec facilité ; j’ai en ma possession un pouvoir qu’aucun autre Humain ou Elfe n’aura jamais entre ses mains, je suis sous une bonne étoile, pouvant me permettre de faire ce qui bon me semble, quand bon me semble, en respectant quelques règles qui empêcheraient les plus acharnés d’entre nous de se laisser aller à leurs pulsions sanguinaires. Je suis doux pour ma part, doux comme un agneau, sage comme un Ange. Un gamin me barre la route, il doit avoir eu son dix-neuvième printemps cette année, il est plutôt bien bâtit, pas très grand, des yeux verts lançant des éclairs de haine, une maigre chevelure marron lui recouvre le crâne, il tient une faux dans ses mains, mains visiblement usées par le travail, grandes, fortes. Je m’avance vers lui, il essaye de m’asséner un coup avec son arme de fortune, je l’arrête dans son geste, créant un bouclier entre la lame de l’outil et moi, mes yeux s’illuminant, l’air autour de moi irradiant de cette couleur qui revient un peu trop souvent chez moi ; j’empoigne le manche de bois et le brise, laissant retomber la partie métallique au sol dans un bruit de tous les diables, la paille ayant été balayée par le passage des hommes. L’enfant me regarde, apeuré, il fait mine de vouloir fuir mais je l’agrippe par le col de sa chemise usée, l’obligeant à faire demi-tour, enserrant sa gorge de mes doigts gantés de fer, appuyant, appuyant, guettant l’instant où il ne saurait plus tenir le manque d’air. Son pouls régresse jusqu’à n’être plus qu’une palpitation infime, je desserre l’étreinte mortelle et fais passer son corps par-dessus ma tête pour le projeter contre le mur du bâtiment, attendant qu’il se relève avant de juger que les paysans ont compris la leçon. On ne badine pas avec l’Ordre.

Je fis quelques pas pour revenir hors de la grange, là où le gosse m’attendait, planté comme un I dans le froid, un sourire malicieux aux lèvres, comme si me voir me battre l’avait diverti. C’était tant mieux, il devait apprécier la bagarre, il ferait un excellent combattant une fois qu’il aurait reçu les rudiments de l’utilisation des armes. Mon choix était irrévocable, cet enfant me suivrait jusqu’à la capitale et deviendrait un de nos frères, je refuse toute autre solution, passer encore des jours à chercher après un mioche un peu docile et qui ne me ferait pas un caprice lorsque je lui annoncerais ce que j’attends de lui, c’est hors de question. J’ai déniché un orphelin qui me paraît malin, agile, débrouillard et qui apprécie les rixes, un peu de discipline et je pourrai modeler un bon défenseur des dieux.

Je lui fais signe de me suivre à l’intérieur de la bâtisse, que je puisse m’atteler à seller mon cheval, récupérer mes biens, bouclier comme épée, tout en restant à l’abri – tout est relatif – du froid mordant de l’extérieur et des bourrasques de neige. Une fois dans le dit intérieur, j’attrape la pièce de cuir sur laquelle mon postérieur repose lors de chaque voyage, l’amenant jusqu’au boxe de mon canasson et la lui passant, attachant chaque sangle avec précaution ; un accident est si vite arrivé. J’entends de petits pas derrière moi, je prends pour position qu’il s’agit de Machin et je lui fais part de ce qui doit être dit.

« Je pense que nous pouvons décemment nous présenter à présent. Je suis le Seigneur Thelyn, capitaine de l’Ordre d’Heimdall, envoyé en mission pour trouver de nouveaux talents qui pourraient renforcer nos rangs. Je suppose que tu ne vas pas excessivement bien le prendre mais mon choix s’est porté sur toi. » Je continuais de m’acharner à fixer les brides, l’une d’elle étant particulièrement récalcitrante et nécessitant que je retire mes gantelets, ma bête piaffant d’énervement à chaque fois que je jurais à voix basse en voyant le morceau de cuir retombé car mal arrimé. L’absence de réponse s’éternise un peu, qui sait si je n’ai pas eu une petite hallucination, je suis fatigué après tout, peut-être que repartir immédiatement n’est pas une idée judicieuse. Quoi que … Avec ces culs-terreux dans le coin, il vaut mieux éviter de s’éterniser pour leur laisser l’opportunité de nous jouer le moindre coup tordu.

Spoiler:
 
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Mar 11 Fév - 10:13
Il me semblait que j’avais déjà suffisamment auparavant craché sur l’église, piétiné leurs dogmes et révoqué leurs plus fondamentales idées que pour m’étendre à nouveau là-dessus en une litanie digne d’un pamphlet des plus grands rois de ce monde, et tous ici – dans ma tête – avaient désormais compris la basse estime que je leur portais ; la question était désormais, bien plus importante que tout le reste, que tout ce que j’avais dit, la question qui pouvait être, potentiellement, la plus importante de ma courte existence, celle qui, si j’avais cru un seul instant à ces histoires d’étoiles, de destinée et de religion, m’aurait probablement tétanisé devant tant d’engeance stellaire : devais-je suivre cet individu, qui, à défaut d’être louche, était plutôt impressionnant et représentait plus ou moins parfaitement l’image que je m’étais fait des soldats saints du Clergé local ?
 
La réponse était évidente : je n’en savais absolument rien. Mais il me semblait que, grâce à mes habiles talents de dissimulation, l’individu en question n’avait pas vu que j’avais à moi seul démoli la moitié des protagonistes ou fait fuir le reste à l’aide de golems caillouteux et imposants, et j’espérais, ne serait-ce que pour garder l’occultation que j’avais entreprise sur l’existence de mes pouvoirs sans raison apparente, qu’il n’exercerait pas un examen quelque plus approfondi des ecchymoses des marauds alentour qui n’étaient, et quiconque aurait pu s’en apercevoir, provoqué par un vulgaire bâton, même manié par un homme vigoureux.
 
Je reportai alors mon attention sur ma situation actuelle, me rendant compte que ces pensées avaient filées en quelques secondes à peine. Ce genre de phénomènes semblait s’être déjà présenté à moi plus tôt : des songes partant comme le vent, la pensée plus rapide que le temps. Les idées comme rempart à l’ennui, à la morosité, et l’esprit comme arme contre la mort, plus vive que le corps, en des instants qui semblent insignifiants mais qui pulvérisent tous les autres en termes d’importance. Je me trouvais là, debout au milieu de la neige, mes pieds jonchés de corps inanimés, soufflant de la buée dans l’air froid de l’après-midi, droit comme un « I » dans ce cadre étrange, et j’attendais mon destin, notion abstraite à laquelle je ne croyais pas mais qui semblait inexorablement me rattraper.
 
L’homme apparut enfin, sa stature s’encadrant dans les châssis de la porte, sa carrure imposante dans telle armure se découpant sur le paysage hivernal. Il me fixa un instant de ses yeux absinthe, et je luis rendis son œillade insistante, comme si nous nous jaugions chacun d’un regard impavide ; ensuite, sans autre forme de procès et d’un geste qui imposait des ordres tacites, il m’incita à le suivre à l’intérieur de la grange à moitié démantelée. Outre la porte au sol, le mur du fond que j’avais partiellement arraché répandait tout le froid extérieur dans ce qui restait du bâtiment, rendant la différence de température nulle et faisant perdre à la bâtisse toute sensation de confort qui aurait pu découler d’un lieu fermé.
 
Sans même me jeter un regard, il s’attela à seller son cheval et récupérer son attirail, épée comme bouclier qu’il avait laissé à l’intérieur, par un certain souci éthique qui l’interdisait de décapiter n’importe qui, et se retourna finalement vers ma personne, me jaugeant un instant du regard avant de s’adresser à moi.
 
« Je pense que nous pouvons décemment nous présenter à présent. Je suis le Seigneur Thelyn, capitaine de l’Ordre d’Heimdall, envoyé en mission pour trouver de nouveaux talents qui pourraient renforcer nos rangs. Je suppose que tu ne vas pas excessivement bien le prendre mais mon choix s’est porté sur toi. »
 
Il ne fit que confirmer ce qu’il avait clairement annoncé auparavant, et j’appris également son nom, dont j’aurais probablement à me soucier plus tard ; pour l’instant, il n’avait aucune importance.
Tandis qu’il continuait sa besogne et qu’il attendait probablement une réponse, je réfléchissais une dernière fois à la réaction que j’aurais aimé adopter en pareille situation. Le dédain ? La haine ? La fuite ? Ou peut-être…
 
« Samuel Michaelis, orphelin de Lumïa. »
 
Je n’ajoutai rien, gardai simplement à l’esprit l’idée de m’enfuir soudain si la situation commençait à m’échapper ; avec son imposante armure, il était certain qu’il ne parviendrait à me rattraper. Peut-être que j’avais besoin d’attaches dans ma vie, d’autre chose qu’une sœur que je voyais de temps en temps. Peut-être qu’avoir des amis, ou au moins des collègues, n’était pas une si mauvaise idée. Peut-être.
 
Je scellai ma vie en m’installant sur cette selle, derrière ce paladin à la taille froide de par son armure, sur un cheval trottant dans les plaines enneigées, laissant dans l’immensité neigeuse des traces de sabot, tandis que je me sentais presque honteux de troubler un tel paysage de l’impureté humaine coutumière.
 
Des mots nous n’échangions guère, et je devais bien avouer m’en réjouir, préférant profiter du glorieux silence uniquement troublé par les sons familiers qui m’environnaient ; le pas métallique par ses harnais du cheval, la respiration animale de la bête couplée aux nôtres, moult sons environnants s’en allaient peupler l’espace sonore aérien en une mélodie du quotidien à qui tous taisaient leur esprit, se privant ainsi de la beauté qui pouvait ressortir de chaque être vivant, chaque bruit, chaque odeur et chaque résidu sensoriel. Chaque particule de ce monde renfermait son essence, son identité propre, qui ne manquait qu’à être libérée aux yeux des pauvres ignorants qui foulent ces terres pleines de merveilles ; et chaque jour, temps et heures s’écoulaient sans que nul ne trouve de sens à sa vie, sans que nul ne se rende compte que le sens était de la vivre elle-même plutôt que de tenter de s’en élever. Triste existence qu’était celle de l’être humain à la moyenne condamnée à parcourir le monde en regardant le sol, ignorant le rayonnant ciel qui lui tendait les bras ; et tandis que les riches dans l’opulence et l’ignorance se baignaient d’une oisiveté malsaine, les vrais  bienheureux nageaient dans la pauvreté et le bonheur. Malgré qu’il soit probable que ceci fut dit de tous temps, nous semblions vivre une époque bien troublée.
 
Il faisait déjà un temps que nous avions laissé la basse roture et leur village derrière nous, abandonnant les quelques débris des bâtiments et les blessés dans toute la lâcheté avec laquelle je me représentais déjà le clergé, et à l’heure qu’il était, les paysans devaient déjà s’affairer pour transporter les corps inconscients du sol gelé vers une cheminée faiblarde, faisant de leur mieux pour ne pas que leurs petits corps meurtris par le froid n’y succombent. Charmante perspective.
 
Les heures avaient passé sans événement notable, et tandis que je commençais à ne plus rien parvenir à faire sinon à penser à mes jambes froides et engourdies et mon sac pesant pour alourdir encore d’avantage mon inconfort, nous aperçûmes enfin, et ce devait être plus ou moins au même instant ou je remarquai les allures du soleil flamboyant qui illuminait la neige devenue presque vermeille dans son déclin quotidien final, le petit hameau qui se dressait, brisant l’horizon de ses cossues et rustiques silhouettes qui se découpaient sur la grande toile du ciel qui se parcourait déjà des étoiles les plus précoces. Je réprimai en un instant l’irrationnelle crainte que le vent de nos agissements se soit déjà propagé alors que la pauvre monture du paladin, malgré que robuste, semblait épuisée par ce long voyage couplé à cette double charge, se hâtait un peu d’avantage vers ce qu’elle avait probablement rapidement assimilé à repos et nourriture, un village et ses bienveillants palefreniers qui se feraient une joie de la bichonner pour quelques piécettes. Tant que ça payait leur pinte du soir et leur coucher… Comme pour me remettre les idées en place, et également pour empêcher ma chevelure de geler complètement, je secouai la tête, et nous ne tardâmes pas à arriver aux prémices de ce qui devait s’agir de la principale rue de cette localité, de par sa carrure semblant plus large que les autres et l’animation croissante d’une cité à l’entrée de la nuit, période charnière ou les bonnes gens s’en allaient manger en famille et les autres poivrots, maraudeurs ou aventuriers filaient à la taverne pour passer un peu de bon temps ou se réchauffer autour d’un feu, d’une choppe et de quelques musiciens.
 
Nous ne tardâmes pas à faire de même et à nous accorder à ma description sus énoncée, voyageurs fourbus que nous étions, et nous pénétrâmes dans la première taverne venue, à l’enseigne crasseuse dont je ne me sentis pas d’en déchiffrer l’écriteau qui était de toute façon probablement obscène et inintéressant. L’intérieur, contre toute attente, confortablement meublé, se composait de quelques tables, de banquettes quelque peu matelassées sur les pourtours de la salle, et d’autres sommaires chaises sur les tablées centrales, simples mais confortables ; l’ambiance y semblait correcte, pour ne pas dire agréable, et tandis que tous les poivrots violents semblaient s’en être allé en face, la clientèle était composée de quelques clients aisés ou d’autres qui étaient venus se divertir devant les bardes présents : un luth, deux chanteuses se ressemblant comme deux gouttes d’eau, une flûte, ainsi qu’un vieux maître, au fond, qui semblait à moitié aveugle mais qui avait tout de même l’air de surveiller le tout d’un œil d’aigle, ne laissant passer la moindre incartade. Ils avaient entamé une chanson bien connue des villages, ne semblant pas piocher dans un répertoire trop distingué, si bien que, à mon avis, j’allais en connaître la majorité ; nul ne fit vraiment attention à nous, lorsque nous entrâmes, groupe hétéroclite que nous formions,  mais un jeune serveur vint cependant nous interpeller tandis que nous nous installions dans une des places aux confins de la salle. La fatigue surpassait de loin la politesse, c’était bien connu, et je me laissai tomber sans grâce sur mon siège, mon sac à mes pieds ; la tête de mon violon dépassait du contenant, mais je n’y prêtai guère attention, me contenant de garder un œil dessus : il ne renfermait pas de grandes richesses, et même mon instrument était d’une facture moyenne, mais il m’avait tellement accompagné que je m’y étais attaché. Mon fourreau vide, quant à lui, qui renfermait théoriquement mon épée, me pendait toujours au dos. Je retirai alors ma cape tandis que nous échangions quelques paroles d’une affligeante banalité  - une relation complice et intéressante ne semblait pas aboutir pour l’instant ; l’homme commanda une pinte de bière, demanda un verre d’eau pour moi sans me demander mon avis, et enfin, fit quérir pour lui n’importe quoi de nourrissant qui se trouvait dans leur cuisine, faisant amener du ragout pour moi. Je tus les réflexions acerbes qui s’apprêtaient à me sortir de la bouche, constatant qu’elles étaient hypocrites, puisque quelque chose de chaud et de roboratif comme ce qu’il m’avait commandé me conviendrait parfaitement, bien d’avantage que quelque chose de sophistiqué et inutilement joli.
 
Brann fut servi une tête de veau entière avec du persil dans les oreilles, mais je commençai à manger sans aucune forme de procès, d’autant plus que l’individu en question arborait un air plutôt satisfait devant le mastodonte alimentaire qui l’attendait ; pour échapper à toute forme de conversation, je reportai mon attention sur les musiciens qui avaient entonné une entraînante ballade ancienne et souris en me demandant dans quoi je m’étais embarqué.
 
Leur succès montant, les quatre protagonistes semblèrent redoubler d’ardeur, jusqu’à l’ instant où le luth, dans ce qui semblait être un instant de verve musicale, brisa deux de ses cordes d’un seul coup ; je savais cette petite incartade d’une gravité moindre, puisque il suffisait de visiter une grande ville pour trouver ce genre de pièces, et l’homme en avait probablement en réserve, mais ayant bien malgré moi du pratiquer la même expérience, je pouvais assurer à quiconque que, même pour un professionnel, cette entreprise prenait plus d’une heure, surtout sur un instrument tel que celui-là, et nécessitait des outils que la plupart ne transportaient pas d’une représentation à l’autre. Et tandis que grandissait la clameur enthousiaste et faussement mécontente du public sur sa faim, le maître du groupe, vieillard à moitié aveugle à l’allure de centenaire hibou qui se tenait derrière eux, et il s’évertuait d’une voix de stentor à faire remuer ses poulains effarés devant cet imprévu.
 
« Faites quelque chose, enfin ! » Malgré le bruit ambiant, ses mots se firent entendre clairement parmi la cohue, mieux que ceux que, dans quelque couinement de protestation, poussa le luth.
 
« Mais je n’ai pas de quoi régler ca maintenant ! »
« Il nous faudrait des cordes, et des outils, père ! » s’écrièrent les deux jumelles, comme si elles souhaitaient renforcer leur côté fusionnel, nous apprenant du même coup qu’elles étaient ses filles ; tiraillant du regard le luth et le flûtiste, que j’avais envie de reléguer immédiatement au rang de fiancés des sœurs – respectivement – s’exprima à nouveau, presque criant sur ses enfants et présumés gendres.
 
« Trouvez une solution, et plus vite que ça ! »
« Hé, lui, il a un violon, là ! » s’écria alors et soudainement l’une des deux chanteuses, me pointant du doigt tandis que tous les regards se tournèrent vers celui-ci ; mon cœur manqua un battement tandis que le luth reprit la parole.
 
« Tu m’as bien regardé ? Moi, du violon ? »
 
Le silence s’ensuivit, enveloppant toute la pièce soudain, et, comme par magie, une voie exempte d’individus sembla comme s’ouvrir devant moi, et l’une des deux artistes s’en vint vers ma personne avant de se pencher à ma table sous le regard du paladin, que j’avais presque oublié, et qui semblait tout de même quelque peu surpris qu’un tel instrument soit en ma possession, lui qui devait me prendre pour quelque orphelin lambda. Elle était plutôt jolie, à l’instar de sa sœur, avec ses grands yeux bruns et ses cheveux châtaigne en cascade sur ses épaules, et me parla d’une voix douce, comme si elle ne voulait m’inquiéter ou me froisser.
 
« Dis-moi, petit, tu sais en jouer, de ce truc ? » Elle pointa d’un signe de tête mon violon, dont la tête était bien visible.
 
J’avalai ma salive, intimidé par la perspective qu’entraînait une réponse positive. Mais au fond de moi, je savais que j’en avais envie, et j’avais la sensation qu’en ce moment, je ne devais rien me refuser : tout semblait me réussir.
 
« Oui. »
 
« Et tu connais quelques chansons ? »
 
« Oui. »
 
« Et tu serais prêt à en jouer pour un public ? Tu serais payé, bien sûr. »
« Oui. »
 
Elle sourit de toutes ses dents avant d’annoncer ma décision à leur petit groupe qui attendait, et qui, à mon soulagement, sembla accepter la nouvelle sans plus de réticences que cela ; je me levai, presque tremblant, pour me diriger au centre de la salle tandis que l’on me présentait les artistes. La jeune femme qui m’avait interpellée se nommait Malta, sa sœur Victoire, et ceux qui se confirmèrent comme leurs fiancés étaient appelés Maximilien, le luth, et Selim, le flûtiste, qui semblait, de par sa peau basanée et son air quelque peu exotique, provenir d’une contrée orientale – ensuite, je me présentai moi-même de mon nom et nom de famille, mon violon déjà sous le menton, fébrile par ce qui allait s’ensuivre. Je n’avais jamais tenté l’expérience de jouer en groupe, et les croyances populaires ne s’étaient jamais trouvées aussi démenties : contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, accorder ses talents avec ceux d’autrui n’était pas du tout le même type d’entreprise que de, seul, tirer une mélodie de son instrument ; et soudain, des dizaines de paramètres qui m’ont paru comme des broutilles sans sens ni but apparaissaient comme des nécessités inexorables à mes yeux d’apprenti musicien. J’avalai ma salie la boule au ventre devant le public présent qui ne semblait pas s’être occupé de ce changement de moi, petit soliste, dans cet ensemble soudé déjà que semblait ces ménestrels, et entonnai au même instant que tous mes compagnons improvisés les premières notes d’une connue ballade héroïque dont le nom venait de m’être soufflé à l’oreille, et les premières harmonies de la « Bataille du Col de l’Andouiller » s’en allèrent peupler la taverne et ravir la roture environnante, juste après que Salem se soit assuré que je connaissais cette épopée sur le bouts des doigts.
 
La dernière note, laissée tout à mon honneur, sur un trémolo final me forçant à faire d’immenses gesticulations du coude droit afin de faire vibrer le son au maximum, mouvement excessif dû à mon manque de technique, mourut soudain, s’ensuivant alors moult applaudissements, et mon ego voulût se faire croire que ils avaient redoublés d’ardeur depuis mon apparition ; presque essoufflé, je relâchai la pression et revins les bras ballants, gêné devant l’incertitude de la situation qui s’offrait à moi : étais-je supposé rester ici pour la suite, ou n’avaient-ils plus besoin de moi ?
 
Tout s’évapora à l’ instant où Malta, d’une tape amicale dans le dos, me fit savoir son enthousiasme, et que s’envole au même instant mes craintes de petit garçon anxieux ; nous semblions partis pour toute la nuit. J’avais tout mon temps, et Brann n’aurait qu’à attendre, ou à déguster son pantagruélique festin ; moi, je profitais de mon heure de gloire, et c’était tout. De toute façon, dormir, c’était pour les faibles.
 
Le lendemain, je me réveillai dans un petit lit non loin d’un plus grand pour mon compagnon, avec le souvenir flottant comme un rêve d’avoir joué des heures durant ou presque, entamant la nuit de ma verve musicale et enthousiaste ; il me semblait que j’avais dû ingurgiter un peu d’alcool, non suffisamment pour m’en retrouver saoul, mais bien assez pour m’embrumer la tête et me pousser dans quelque euphorie vespérale. Le soleil, doré dans ce début de matinée, filtrait à travers les rideaux fins de la chambre, la baignant d’une douce atmosphère de calme et de sérénité. La taverne s’éveillait peu à peu, en témoignait les sons divers qui s’échappaient de l’étage intérieur et qui m’apaisaient soudain, comme si la vie quotidienne d’un tel établissement avait quelque chose de reposant. Mais soudain, un souvenir me revint en mémoire, frappant de vérité et de cruauté : les musiciens… Ils ne m’avaient pas payé ! Certes, j’avais joué également pour mon bon plaisir, mais comptais sur le petit pécule qu’ils m’avaient promis pour… Pour le dépenser, en somme. Tâtant mes poches frénétiquement, enfilant mes chaussures en toute hâte, je me ruai dans le couloir de l’auberge, laissant derrière moi le massif paladin qui ronflait toujours.
 
« Je vous préviens, si il n’est pas là dans un quart d’heure, on s’en va d’ici, et en vitesse ! »
 
Cette voix… Cette voix de vieil homme me rappelait quelque chose. Agacé par ce souvenir vacant, je me précipitai dans la salle, ou tout du moins en haut des escaliers, pour les descendre précipitamment.
 
« Ah, Samuel, nous t’attendions ! Merci pour ta prestation, hier soir, tu nous as sauvé la vie et tu as été formidable ! Hier, on n’a pas pu te dédommager. »
 
Il me semble que ce fut alors la première fois depuis bien longtemps que quiconque pus me surprendre à rougir, non seulement sous le coup du compliment mais aussi du fait que j’avais pu douter de leur bonne foi, comme si il en relevait là de la honte suprême. Ils me sourirent alors, me glissant une petite bourse dans la main. Attablés autour de café et de pain, la plupart semblaient prêts à partir déjà, confortant ce que j’avais surpris dans le couloir supérieur.
 
« M.. Merci.. »
 
« On va partir dans d’autres cités, nous, mais on a gardé une affiche pour toi.. Pour que tu puisses nous retrouver, peut-être, un jour. En tout cas, on serait ravis de rejouer avec toi ! »
 
Je tentai de bredouiller quelque chose, mais décidai finalement de lever la main tandis qu’ils quittaient l’établissement. Les suivant dehors, je gardai mon regard sur eux jusqu’à ce qu’ils ne soient plus qu’une tache à l’horizon, puis m’assis sur le trottoir en face de l’auberge, avec mes affaires, pour attendre ce grand paladin qui allait me servir de mentor. En route vers mon destin.
 

 
Arghalagrhalr:
 
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Mer 26 Mar - 6:28
Un voyage sans incidents notables, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier le petit périple du gamin et de ma personne jusqu’à la capitale, toujours cette neige blanche et aveuglante au moindre rayon de soleil venant troubler ma vue lorsque je dirigeais mon roncin, nous faisant emprunter quelques détours nous ralentissant dans notre progression, en plus du fait de cet épais manteau blanc sur lequel l’animal évoluait avec quelques difficultés. Tout allait au mieux, même les plus fous des brigands n’osaient pas approcher ma large silhouette sur les déserts de glace, ils avaient peut-être compris que la lumière divine inondait l’âme des soldats de l’Eglise et qu’il n’était pas bon de se frotter à leurs armes, bénies par des prêtres des temps anciens, créées spécialement pour hacher menu la chair des impies et des hérétiques. Ou bien faisait-il simplement trop froid pour ces pouilleux.

Le petit Samuel toujours en amazone sur la croupe de l’étalon, nous nous rapprochions chaque jour de notre destination, la distance avec l’auberge dans laquelle j’avais imposé un point de ralliement à mes hommes régressait fortement chaque jour, bien que nous fûmes bien plus lents que ce que je n’aurais espéré, le délai d’une semaine se raccourcissant bien trop vite à mon goût. Nous nous arrêtions chaque soir dans un bouiboui où je faisais sonner pièces sonnantes et trébuchantes entre les mains du tenancier pour obtenir la chambre la plus spacieuse et la plus confortable de son établissement, laissant à l’enfant les joies de la discutaille avec le peuple, il était bien plus enclin à tailler le bout de gras que moi, je lui faisais donc grâce de derniers moments de réjouissance et de contacts avec l’extérieur. L’entraînement serait dur, l’entraînement serait strict, l’entraînement serait celui réservé à l’élite des nôtres ; je voulais faire de ce mioche une machine à tuer, mais pas n’importe quelle machine, une machine obéissante.

La tâche serait ardue, à en déduire par les quelques conversations houleuses que nous entretenions durant la chevauchée, sur le rôle de mon Ordre, de l’existence même des dieux, de l’utilité du combat, la futilité de la mise à mort. Il n’avait pas sa langue dans sa poche quand il s’agissait de débattre sur des sujets qui lui paraissaient chers ; je la lui ferais ravaler quand le temps serait venu, il avait déjà eu l’occasion de me voir à l’œuvre, dans une moindre ampleur je l’accorde, mais ce n’était pas rien après tout. La magie est un art qui se doit de rester secret, chez les combattants comme moi, connaître mon élément, c’est trouver sa parade. Le mioche devait avoir une vague idée du genre de tours de passe-passe que je pouvais réaliser désormais, moi j’étais incapable de voir s’il possédait un don inné pour les arcanes. Je ne suis pas Irmas. Mais si je voulais son poste, un jour proche comme lointain, il me faudrait apprendre à déceler les impénétrables voies de l’ésotérisme.

Deux jours après le jour du rendez-vous, nous fûmes en compagnie de mes cinq guerriers, trois hommes, deux femmes. Ils avaient chacun réussi à ramener un enfant, essentiellement des filles à vrai dire, un de mes compagnons masculin était seul avec moi à avoir ramené un petit garçon, qui devait avoir huit printemps à la grosse louche. Je ne pus m’empêcher d’avoir un rictus moqueur en voyant ces petites choses dans les jambes de mes paladins. Une gamine était accrochée dans les bras d’un géant roux qui essayait de la réconforter, des larges cernes marquaient son visage et elle souffrait visiblement de malnutrition. Comme quoi nous servons à quelque chose. Sauver des vies.

« Soldats. En route. » A mes mots, ce fut un véritable branle-bas de combat. Nous venions à peine de passer la porte de la masure avec Samuel, charriant derrière nous une bourrasque d’air glacial, que nous étions à nouveau repartis. Je demandai à mes amis de vérifier à bien couvrir leurs protégés, ils ne firent aucun commentaire, les mioches déjà recouverts de larges et épaisses fourrures. Nous avançâmes en une ligne, traversant les étendues balayées par des vents mortels pour qui ne savait pas s’en prémunir, mon canasson légèrement en tête ; je n’avais aucun scrupule à laisser mon apprenti en croupe alors que tous les autres étaient bien à l’abri contre le ventre de leurs futurs mentors, il était de loin le plus vieux, à l’exception d’une jeune demoiselle qui devait approcher de l’âge adulte, ressemblait le plus à une engagée volontaire, avait un regard vert-de-gris, illuminé par la fierté, de petites boucles brunes retombant sur ses épaules. Mais elle aussi était protégée par la large carrure d’un de mes hommes. Elle ne deviendrait pas un véritable paladin en se faisant dorloter comme cela.

***
Dans les salles, sous la dernière église d’Asunia, le martèlement des épées résonnait, rebondissant sur les hauts murs en pierre qui les ceinturaient, des rangées de guerriers expérimentés affrontaient des lignes novices dans des mouvements presque millimétrés, des étincelles jaillissaient sous les chocs, au moindre faux mouvement, les jeunes risquaient de blesser leurs voisins. C’est ainsi que l’on apprend à se battre, coudes contre coudes, épaules contre épaules ; c’est ainsi que notre force de frappe est la plus grande, la plus dévastatrice. Seuls nous ne sommes rien, ensemble nous sommes invincibles. A une dizaine de pas de ces duels rangés, d’autres groupes étaient formés, plus restreints, écuyer et paladin. Je regardais Samuel, une épée noire flottant devant lui, je soupirai, mes épaules s’affaissant. « Arrête de faire léviter ce machin et bats-toi à la régulière, gamin. » Il n’en suffisait pas plus pour que mon jeune élève n’exécute un rapide demi-tour, détachant une partie des parois spécialement friable, m’envoyant en pleine tête une multitude de gadins. Mon visage, d’habitude ne trahissant que peu de mes émotions, s’illumina devant ce défi proposé par le petit minéralomancien ainsi que sa susceptibilité.

Une aura verte absinthe vint m’entourer dans la seconde, une fine pellicule de même couleur formant toute protection à une coudée devant moi, les pierres se fracassant dessus, mon sourire ne faisant que s’élargir, mon égo, certes un peu trop sensible, se délectant de me voir parer des attaques aussi ridicules. C’était toujours pareil, lors des entraînements, je ressortais fier et hautain, mais en halène, il me donnait pas mal de fil à retordre le petit Michaelis, surtout quand il faisait virevolter sa lame de silex, croisant le fer avec beaucoup d’habilité, même à distance, balançant par-dessus le marché des rochers gros comme mon poing, que je m’efforçais de dévier ou de faire imploser tout en soutenant les assauts répétés de cette graine de mage.

« Il faudra que tu apprennes à manier les armes comme un humain, pour le jour où tu seras en difficulté. » Lui répétais-je inlassablement, mais il était têtu et me le mettre à dos était toujours une source de disputes pendant des heures et des heures. Mais c’était un brave garçon, un peu anticonformiste sur les bords, à la limite de l’insolence, mais à bon fond.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Lun 31 Mar - 8:24
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Je plongeai la main dans mon vieux sac de cuir brun posé sur mes genoux à moitié repliés, caressant du bout des doigts mon violon et l’affiche des bardes, comme pour me rattacher à quelque chose qui m’était cher, pour m’évader de la monotonie accablante du voyage que nous avions entrepris. Il ne faisait pas plus d’une journée que nous avions quitté la précédente escale, celle où j’avais joué à la vedette, pourtant ses banquettes matelassées et paisibles âtres me semblait aussi loin que si plusieurs lunes s’étaient écoulées ; non pas que la monture du paladin soit d’un inconfort outrepassant ce que j’avais pu déjà tester auparavant, comme un chameau, une carriole, un poney ou une sorte d’hybride félin-oiseau à la fâcheuse tendance à piquer à la verticale lorsque l’on en avait fait de même avec son orgueil, non, c’en était plutôt que même la beauté de la nature et le contact de l’air vivifiant avec mes poumons n’avaient suffi à me distraire de l’ennui mortel qui m’enserrait les membres, me donnant l’envie de me secouer dans tous les sens comme si j’avais été pris de spasmes. Mon dessein le plus pressant, durant ces quelques jours, était probablement de descendre du cheval pour m’en aller quelques lieues en reconnaissance pour revenir en courant faire de même avec nos arrières, mais l’homme d’église n’aurait probablement considéré ce genre d’activités comme saines ; d’autant plus que, sans nous êtres disputés, nous eûmes tout de même quelques échanges verbaux, presque les seules éléments ayant le talent de rompre un tant soit peu la monotonie, qui furent quelque peu caractérisés par nos dissonants avis, pour parler en oxymores, et que sans réellement me soucier de ce qu’il pouvait penser de moi, je ne tenais pas à, dès notre arrivée, croupir dans une geôle… Si j’avais de la chance. Car il m’en coûtait de le dire, mais ce grand matamore dans son armure brillante fleurait la puissance à des kilomètres, autant par ses arcanes que par sa stature, malgré ses risibles manières.

Dans chaque auberge, et venait là le moment que j’attendais le plus parmi ces interminables chevauchées, nous nous retrouvions alors tous deux, le paladin souvent renfrogné sur sa propre assiette, tandis que je m’efforçais de me faire inviter pour un soir dans chaque troupe de bardes que je pouvais croiser ; toute excuse était bonne pour venir faire vibrer mon violon en chœur avec les musiciens présentes, et je m’en ressortais avec quelques piécettes parfois, l’âme légère souvent, le crâne vidé de toutes préoccupations. Si j’avais été seul lors de ma première rencontre avec la troupe initiale qui m’avait accueillie, il aurait été probable que je les accompagne, un temps, du moins ; mais j’avais scellé mon destin, semblait-il, et il se rapprochait inexorablement au fil de notre périple vers le point de ralliement dont m’avait vaguement parlé mon grand compagnon.

Nous arrivâmes au susdit point deux jours plus tard que prévu, ou ce sont les autres paladins qui furent en retard, je ne sais ; le fait était que, des deux femmes et trois hommes présents, sous les ordres de Brann, apparemment, résultaient la présence d’un jeune garçon à peine plus âgé que l’aurait été Alice et de… trois filles, quatre si l’on comptait une adolescente présente qui m’énervait déjà avec son air hautain. Ce qui n’en faisait pas moins trois filles, trois filles qui n’allaient manquer de m’asticoter comme une bête de foire ; l’autre bambin, un gosse aux cheveux brunâtres, l’air inintéressant et chétif, n’allait probablement pas présenter d’intérêt pour elles, vu la teinte et l’étrangeté dont je pouvais faire preuve… D’autant que l’une d’entre elles semblait avoir mon âge. C’était là l’une des premières fois ou je me retrouvais plongé dans l’incapacité totale d’établir une décision sur ce que je ferais dans les jours à venir, me plongeant dans une totale détresse ; les quelques temps de voyage passés, durant lesquels nos mentors n’auront probablement pas l’envie de nous laisser discuter, nous allions arriver à Asunia et là… Je ne préférais même pas y penser.

Il fallait bien avouer qu’hormis Alice et Aaku, qui n’était pas des mêmes sortes que celles-ci, mon entourage avait rarement été autre que masculin ; comment étais-je censé me débrouiller devant de telles créatures ? Elles n’étaient pas si laides, malgré que maigres pour la plupart, ce qu’on ne pouvait leur reprocher, et j’aurais peut-être pu, avec un brin plus d’audace, qualifier ma contemporaine d’âge d’un peu jolie, mais il n’en restait pas moins que c’en était là des filles, des femelles sauvages et… Je m’arrêterai la dans ce soliloque.

Nous arrivâmes à Asunia quelques jours plus tard, sans encombre hormis le froid qui m’avait transi tout le long du voyage, moins probablement que mes compagnons qui étaient tous emmitouflés dans de chaudes couvertures ; il fallait croire qu’être le pupille d’un homme important ne signifiait pas être un pupille important.

***

Les cheveux roux de la jeune fille qui bataillait juste à côté de moi – toujours la même – dans ses mouvements amples et maladroits de combat, me chatouillaient le dessous du nez, me donnant un sourire benêt que je m’efforçais de remplacer au mieux par d’indistincts borborygmes  qui traitaient de la folie qui avait dû accabler les chefs de l’église lorsqu’ils avaient écrit les codes d’entraînement sans stipuler un obligatoire chignon ou quelque coupe féminine plus serrée. Dans toute la ligne, sous le toit de l’église d’Asunia, se trouvaient des écuyers tandis qu’en face des paladins les assaillaient ; mais nous étions cinq, côte à côte, de l’ordre de ce dieu bizarre auquel j’appartenais désormais sans que m’on ait demandé mon avis, qui formaient les mentors et écuyers des villages enneigés que nous avions quitté quelques temps plus tôt.

Chacun avait reçu une arme appropriée à sa stature et aux talents naturels de chacun tandis que l’on m’avait autorisé à conserver mon épée, probablement par un petit coup de pouce de Thelyn, constatant du même fait sa bonne facture ; ce qui semblait un peu moins enchanter ces ecclésiastiques en bure violette, c’était le fait que tenir en main ma lame n’entrait pas vraiment dans mes considérations, et que la faire flotter dans les airs m’enchantait bien d’avantage. Mais ce brave Nain ne l’avait pas faite en silex pour que, comme les autres, je m’attelle à conserver la garde au fond de ma paume ; et puis ce n’était là qu’une des facettes des moyens de combats qui étaient à ma disposition, même bien souvent en dernier recours, lorsque je n’avais pierres et autres minéraux à ma disposition.

« Arrête de faire léviter ce machin et bats-toi à la régulière, gamin. »

Il n’en fallut pas moins pour qu’une poignée de gravats s’en aille voltiger vers son visage  juste avant qu’il ne les arrête avec un de ces boucliers absinthe dont il en avait le secret. Brann faisait partie de ces personnes dont piquer la fierté par de petits poinçons habiles m’amusait plus que tout au monde, chose qu’il me rendait bien ; tous deux têtus, nos discussions trouvaient rarement une fin, et n’en résultaient que plus haletantes.


« Il faudra que tu apprennes à manier les armes comme un humain, pour le jour où tu seras en difficulté. »

Il racontait n’importe quoi, mais je n’eus le courage de répondre ; non pas que ces entrainements matinaux étaient plus éreintants que les autres ni que j’étais encore sous mes draps, mais plutôt que je semblais avoir épuisé mon quota de répliques cinglantes et autres réactions offensives pour au moins jusqu’au dîner.

Thème ~ Ik probeer een ambiance te creëren.

Celui-ci d’ailleurs ne tarda pas, et un homme vint nous chercher afin que nous nous rendions tous à la grande table pour le repas. Les jeunes étaient tous d’un côté de la table, tandis que les aguerris paladins en face ; en tant qu’écuyers et mentors, à nouveau, nous étions en groupe, non pas restreint, mais presque soudé.

Louise, car c’était le nom de la jeune fille rousse qui devait avoir à peu près mon âge, s’était assise à côté de moi, et par conséquent, je m’étais lancé dans un furieux calcul mental pour savoir quelles étaient statistiquement les chances pour qu’elle se soit assise à mes côtés par hasard, en sachant que j’étais à une des extrémités de notre groupe de cinq… sans succès. D’une main, je mangeais le frugal repas qui nous avait été servi, piété obligeant, tandis que de l’autre, je faisais jouer quelques caillasses entre les doigts de ma main ouverte, tachant d’au mieux, concentrer mon attention sur mon repas ou sur Brann qui était en face, et au moins, de ne pas jeter d’incessants coups d’œil à ma droite.

« Tu as appris dans une école ? »

Je m’efforçais de mettre à bien ma stratégie qui reposait sur l’esquive du contact visuel, et elle engageait la conversation… Allais-je décéder ?

« P… Euh, pardon ? »

Ne pas rougir…. Trop tard, semblait-il, au vu de son sourire. Sur une peau blanche comme la mienne, cela devait être du plus bel effet.

« Ta magie… Ces choses avec les pierres. »

« Ah, non, j’ai appris dans la… A Lumïa. Enfin, hors de Lumïa… Dans la… le bidonville. »

Le point positif, c’est qu’elle ne sembla pas choquée par cette révélation ; de fait, je me gardai bien de lui demander ses origines. Si elle avait été d’un milieu plus aisé, elle aurait sans nul doute manifesté du dégoût.

« Tu viens de Lumïa? Qu’est ce que tu faisais à Asunia, alors ? »

« Euh.. Je.. Voyage beaucoup ? »

« Seul ? Je vois… Monsieur est mystérieux… »

Elle me sourit, son regard smaragdin planté au fond de mon regard, comme si elle sondait mon âme ; je ne réussis qu’à regarder mon assiette à nouveau qu’au bout d’une demi-douzaine de secondes, en apercevant un instant le sourire ne coin de Theyln... Ce n’était pas le moment. Vraiment pas le moment.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Lun 22 Juin - 6:25

« Seul ? Je vois … Monsieur est mystérieux … » Entre sa pamoison rutilante et ses difficultés oratoires, mon disciple se trouvait dans une position qui me semblait plus dangereuse pour lui qu’un quelconque combat. Il devait faire partie de ces hommes pour qui la plus grande lutte de leur vie reste d’assez se surpasser en courage que pour pouvoir approcher une femme. Je ne devais pas lui rendre un service de qualité en affichant un irréfrénable sourire niais devant ses tâtonnements avec le sexe faible.

Mes mains enserraient une paire de couverts tout ce qu’il y avait de plus rustiques, mes index courant le long des manches de couteau et fourchette, mes autres doigts positionnés selon les critères d’une aristocratie trop méticuleuse qui me restait dans la peau. Je détournai le regard pour le couler sur mon voisin, mentor de la jeune Louise, qui était plongé dans une passionnante discussion avec son propre voisin de gauche, peu préoccupé des questions même de l’éducation de sa pupille. J’éructai d’une toux aussi subtile qu’une charge de quadrupèdes affrétés pour la bataille à son attention, ce qui me valut un léger sursaut accompagné d’une paire de prunelles noires de colère.

Je hochai du crâne en direction de la rouquine et du pâlichon tout affairé à se préparer à se pâmer. Au milieu du brouhaha incessant de la salle, nous n’étions qu’une infime fraction de bruit, mais mon compagnon d’armes réussit tout de même à faire rouler le tonnerre dans chacun de ses mots. Un brave type, même s’il n’avait pour lui qu’une carrure démesurée et une foi un brin trop peu prononcé que pour être qualifié de fanatique, ce qui ne devait pas être à l’instar de nos autres guerriers. « Louise, laisse ce jeune homme en paix. Mange, tu en auras bien besoin si tu veux fournir en masse cette carcasse de mioche rachitique. »

Le rappel à l’ordre fut gratifié d’une œillade meurtrière de la part de la « mioche rachitique » en question, ses mains s’étaient agrippées au rebord de la longue tablée à laquelle notre groupe était installé, ses phalanges se contractaient pour refermer un à un chaque doigt, sa tunique et son surcot se soulevaient au rythme d’une respiration nouvellement saccadée, mettant en avant un poitrail que je jaugeai plus qu’acceptable pour une si jeune damoiselle. Il faudrait peut-être expliquer l’une ou l’autre chose sur les rapports intimes et l’importance de sauter sur la première occasion de culbuter une donzelle pas trop difficile au petit Samuel. À son âge, il devait au moins être mis au fait des principes fondamentaux de la relation homme-femme et se voir retirer toute forme d’illusion sur les magnificences de l’amour, de la chasteté et autres aberrations typiquement moralisatrices et rébarbatives.

Je décrochai une paluche de mon nécessaire de couverts pour la lever quelques pouces au-dessus du bois de la table, m’affublant d’un air magnanime, me composant une grandeur d’âme et déclamai avec une force suffisante pour ne pas être réduit à l’état de murmure perdu dans les flots du tumulte de voix. « Allons, allons. Falks, ne soyez pas si brusque avec Morteterre. C’est une jeune femme ; nous savons tous que les jeunes femmes ont leurs moments difficiles et qu’il n’est jamais bon de leur forcer la main – pour quoi que ce soit. »

Je pris une courte pause, inspirant de ce fait une goulée d’air bienvenue, mes mirettes firent un rapide tour d’horizon des protagonistes d’une scénette qui devait largement tenir à mon intrusion dans une discussion de jeunes gens. Quoi que connaissant mon garçon, il aurait plus que certainement amené cette affaire sur un terrain pentu et escarpé qui m’aurait coûté l’honneur de son sauvetage face à la gente féminine. De fait, j’avais agi de manière plus qu’adulte et responsable, en rien je n’étais intrusif. Mes droits comme mes devoirs, sous ce jour, s’en voyaient respectés avec un méticuleux qui m’est habituel.

« Si vous le souhaitez, nous pourrons sortir de l’enceinte de l’Ordre et même de la ville, demain, pour entraîner ces jeunes gens à l’équitation. » Je m’adressai tout autant au dénommé Falks qu’au binôme de disciples, un sourire avenant fendant de part et d’autre mon faciès alors que je redressais les épaules et replaçais une mèche inconvenante d’un vif hochement de tête. Je rajoutai à part moi. « Si je viens à bout des rapports en retard. »

Avant même tout assentiment de la part de qui que ce soit, je relevai vivement ma carcasse, dressai l’échine, abandonnai mon repas encore tiède. Mon extrémité de banc fut repoussée dans un crissement sonore et je m’écartai à grands pas pressés pour gagner la sortie de la grand’salle commune. Je lâchai à la volée, à destination de mon élève : « Allons Samuel. Dépêche-toi, ce soir tu apprends les joies de la bureaucratie. Ne me remercie pas. » Je m’en fis sur ces entrefaites, la démarche guindée, une main éparpillant sur mon sillage toute forme de miette ayant pu s’incruster dans mon vêtement.

Je ne fis pas attention à si oui ou non mon jeune homme peu friand de paperasse et autres formalités m’avait emboité le pas, si je voulais pousser au bout cette viscérale proposition que j’avais offerte. Je ne devrais pas autant m’enticher d’un mioche aussi têtu et crapuleux que celui que j’entretenais actuellement, me dis-je alors que je m’installais à mon bureau tout en prenant le soin de laisser entrouverte la porte de mon étude à fin de signifier la bienvenue à mon obligé du soir. À vrai dire, il pouvait encore claquer de la première épidémie de variole venue ou d’une chute d’un ridicule sans pareil dans des escaliers, voire succomber à son premier vrai combat sous ma tutelle.

« Le sentiment de paternité. Une belle bêtise. » Maugréai-je alors que, tels de longues griffes, mes doigts harponnaient un à un les documents et autres formulaires à compléter pendant que mon attention se dirigeait sur l’emplacement du rangement de ma plume, mon encre, et la possibilité que Samuel soit un illettré parfait, auquel cas nous nous déchargerions de lui apprendre les lettres en partie par le biais de ces bondieuseries.

Ce n’est qu’après avoir pesté quelques fois sur un très court instant que je me décidai à allumer une bougie que je laissai traîner en un lieu quelconque en plein bureau, mon outil d’écriture fut tout de suite bien plus aisé à retrouver, alors que le soleil déclinait déjà fortement dans l’étroite pièce percée de deux uniques fenêtres aux larges volets en bois, bien capables d’encaisser le choc des flèches, rabattus.
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Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis]

MessageSujet: Re: Quand les temps changent [Pv : Samuel Michaelis] Lun 22 Juin - 9:38
« Seul ? Je vois … Monsieur est mystérieux … »

Suite à ces entrefaites, d’avantage simulacres de tentatives de discussion qu’autre chose avec la créature inconnue et passablement dangereuse que représentait une jeune fille, je m’efforçai de paraître très affairé au frugal repas qui était le nôtre. Non pas que la gastronomie aie, en quelques brefs instants d’opulence, soudain intégré la liste de mes exigences, mais le gruau que nous avions pour tâche de déguster me semblait plus pâteux et gris que jamais ; il était humide, flasque et collant, avec un manque indéfinissable de camaïeu ; en un mot comme en cent, triste, bien d’avantage que la plupart des rats et autre mets douteux que j’eus le loisir de déguster. Cependant, avaler cette infâme tambouille s’avérait tâche bien moins difficile que la communication avec ma voisine un peu trop curieuse, un peu trop jolie et un peu trop féminine pour mes pauvres capacités, alors c’était avec joie que je m’y attelai.

A peine avais-je achevé mon inique repas et m’interrogeais-je sur quoi regarder ensuite qu’un homme pris la parole ; je relevai les yeux de ma piteuse écuelle, désormais exempte du moindre relief de nourriture. L’homme en question s’avérait être le mentor de ma troublante voisine qui, d’un coup d’un seul, éructa un rappel à l’ordre pour celle-ci. Avait-elle tant l’air de me troubler que cela ? Avais-je tant l’air terrassé par ses verts iris que pour l’homme ressente le besoin d’en apostropher sa flamboyante pupille ? Soudain, l’affolement me gagna. Mon regard, teinté de ce que l’on aurait pu apparenter à de la panique, se glissa sur Louise, toute occupée à… Respirer tandis que mes yeux s’égaraient et que mes joues se teintaient. Par un prodigieux effort, mon attention se détourna sur l’illustre plafond, oh, si illustre, lui qui nous tenait au sec, nous gardait sauf. Aimable plafond, bien moins distrayant et bien plus séant que la poitrine de ma voisine.

«Allons, allons. Falks, ne soyez pas si brusque avec Morteterre. C’est une jeune femme ; nous savons tous que les jeunes femmes ont leurs moments difficiles et qu’il n’est jamais bon de leur forcer la main – pour quoi que ce soit. »

Je relevai mon regard sans doute parcouru par bon nombre d’émotions contradictoires vers Thelyn. Que voulait-il dire par là ? Bonnes intentions, mauvaises intentions ? Le connaissant, tout retors qu’il était, voulait sans doute m’embarrasser encore d’avantage. Quoi qu’il en fût, une question me taraudait : en quoi cela le regardait-il ? Son rôle était de m’enseigner le combat et, au passage, la piété et autre bondieuseries, mais aucunement la noble lutte que je menais en ce moment même avec moi et cette chère Louise. Je n’avais nul besoin d’assistance ; ou était l’assistance lorsque j’en avais vraiment besoin, quelques années plus tôt, lorsque, affublé de ma sœur, nous nous battions pour notre subsistance ? La seule aide nous venant de la ville était ces rafles d’enfants, et autres nettoyages de Lumïa. Avec un effort, je refoulai un peu plus loin dans ma gorge cette remontée acide mnésique ; ce n’était ni le moment ni l’endroit pour cracher ma toxique bile sur mes si neufs compagnons, et surtout pas sur Mademoiselle ma voisine. Cela eût fait mauvais genre.

« Si vous le souhaitez, nous pourrons sortir de l’enceinte de l’Ordre et même de la ville, demain, pour entraîner ces jeunes gens à l’équitation. »
 Chic alors, me dis-je, de l’équitation. Les chevaux n’étaient que de grands abrutis pétris de dédain pour ceux plus petit qu’eux, et leurs cavaliers pis encore ; non, l’équitation était bien la dernière chose à laquelle j’aurais eu le loisir de m’intéresser en temps normal, quoi que ces hauts corniauds quadrupèdes étaient probablement plus aisés à apprivoiser que les jeunes filles. Cependant, le faciès candide et réjoui qu’afficha soudain l’écuyère qui me jouxtait me fit fondre comme neige au soleil d’été, et mon pauvre cœur transi n’eut que faire des protestations affairées de mon cerveau criant de faire marche arrière, que tout était encore possible. Je fis donc bonne figure, feignit mon plus beau sourire et tentai un regard complice avec la rousse, avec un succès relatif. Enfin, pas trop mal.

Sur ce, comme satisfait de lui-même, Brann souleva sa lourde carcasse, laissant là, abandonné, son repas refroidissant. Sans autre forme de procès, il quitta la pièce, non sans me quêter de me hâter ; mon sang ne fit, d’un coup d’un seul, qu’un bond, si j’ose dire ; le brave homme m’offrait une fabuleuse opportunité de quitter immédiatement la pièce et les parages de ces yeux verts. Comme tout empli de ferveur et d’envie d’obéir, je me levai avec une certaine précipitation, et marmonnai, avec un signe de main, quelque borborygme s’apparentant à un « Bonbahmercisaleuhàdemainalors.. ! » empreint de dignité. Un sourire d’abruti saisit mon faciès sans que je ne puisse rien y faire, et je quittai l’endroit avec un peu trop de regards en arrière, trottinant sous les ricanements des adultes et le regard de Louise que je n’avais nulle envie de décrypter.

Soulagé d’avoir enfin, disons, l’opportunité d’accomplir mes devoirs d’écuyer ailleurs que dans la salle commune, je pris quelques instants à flâner dans la fraîcheur vespérale qui emplissait l’Ordre des Paladins d’Asunia. Reprendre mon souffle, essentiellement, et mes esprits, également, laissant mon regard s’égarer sur la flamboyance céleste se déroulant un peu plus loin, à l’ouest.

Je finis par gagner l’étude de mon mentor, la tête vide et de l’humeur sereine qu’avait le don de procurer la nature et l’air pur du soir, et pénétrai la petite pièce sombre, seulement éclairée d’une bougie, sans bruit. Laissant mon sempiternel sac de cuir à l’entrée, j’allai me percher un peu derrière lui pour lire par-dessus son épaule, me reconnaissant à peine moi-même dans ce tempérament si calme, si normal. De la paperasse, en somme ; comme il l’avait promis. Je m’en désintéressais à l’instant même où il me remarqua, se retournant vers moi pour communiquer. J’éprouvai le besoin pressant de trouver quelque chose destiné à l’éloigner d’un certain sujet sensible.

« Ah, et, euh, ils ont des chevaux à ma taille, à l’écurie ? Comme, euh, des chevaux… En plus petit... ? Parce que, eh bien, c’est vraiment grand, un cheval, euh, adulte.. ! »
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